L’Éphémère Galerie – Comptoir des Voyages présente jusqu’au 12 juin, Les Matriarches, une exposition de Nadia Ferroukhi. Elle écrit :
Depuis près de vingt ans, je parcours le monde à la rencontre de communautés où les femmes occupent une place centrale dans l’organisation sociale, culturelle ou familiale. Au fil de dix-sept reportages réalisés sur plusieurs continents, j’ai découvert des sociétés matrilinéaires, des communautés préservant des traditions ancestrales, mais aussi des femmes engagées dans des transformations profondes de leur société.
Loin des fantasmes associés au terme « matriarcat », ces réalités ne reposent pas sur une domination féminine en miroir du patriarcat. Alors que les sociétés patriarcales sont construites autour d’une concentration du pouvoir masculin, les sociétés matrilinéaires que j’ai rencontrées privilégient davantage la transmission, la complémentarité des rôles et la recherche d’équilibre. Les femmes y occupent souvent une place essentielle dans la préservation des savoirs, la gestion des ressources ou la transmission de l’héritage culturel, tout en intégrant pleinement les hommes dans l’organisation sociale.
Avec ce second volume, l’exploration des sociétés matrilinéaires se poursuit, mais la perspective s’élargit également à d’autres réalités féminines à travers le monde. J’ai souhaité raconter des histoires de femmes sous différentes formes : gardiennes de traditions ancestrales, actrices du changement social ou confrontées à des pratiques complexes. En Colombie, Magalis apporte l’électricité solaire dans son village isolé de la Guajira, permettant aux enfants d’étudier après la tombée de la nuit. Du Népal, où certaines femmes pratiquent encore la polyandrie fraternelle en épousant plusieurs frères, à la Gambie où l’excision demeure largement pratiquée malgré son interdiction, en passant par les villages de femmes Samburu au Kenya, refuges créés par des femmes ayant fui les violences des hommes, ou les défenseuses de la forêt au Cambodge, ces reportages témoignent de la diversité des expériences féminines et des défis auxquels elles font face.
Certaines traditions disparaissent sous l’effet de la mondialisation et des nouvelles technologies. D’autres ont été profondément transformées par la colonisation et l’influence des religions monothéistes, qui ont souvent contribué à affaiblir les systèmes matrilinéaires. D’autres encore résistent, se réinventent ou émergent. Mon intention n’est ni de juger ni d’idéaliser, mais de documenter ces transformations et de préserver la mémoire de femmes qui, chacune à leur manière, façonnent l’avenir tout en portant l’héritage du passé.
Je remercie profondément celles et ceux qui m’ont ouvert leur porte, partagé leur quotidien, leurs croyances et leurs combats. Au fil de ces rencontres, j’ai découvert qu’il existe mille façons de faire société et que, partout, les femmes en sont souvent l’un des piliers les plus discrets et les plus essentiels. Une leçon d’humanité, d’équilibre et de possibles.
Nadia Ferroukhi
Photoreporter Nadia Ferroukhi, née d’une mère tchèque et d’un père algérien, a grandi entre plusieurs cultures, dans un esprit profondément nomade. Depuis son plus jeune âge, elle parcourt le monde, appareil photo à la main, à la recherche d’histoires humaines et de fragments de vie. Son travail a été publié dans la presse française et internationale et exposé dans des galeries et des musées.
Polyglotte et animée d’une curiosité sans limite, elle porte un regard sensible et engagé sur la diversité du monde, donnant de la visibilité à celles et ceux que l’on regarde trop peu et une voix à des réalités souvent méconnues.
À travers ses images, elle raconte des histoires singulières qui enrichissent notre compréhension du monde. À une époque où les frontières se referment parfois autant dans les esprits que sur les territoires, son travail cherche à rappeler la beauté de la diversité culturelle et l’importance de préserver les liens entre les peuples. Depuis plusieurs années, elle développe des projets photographiques au long cours, avec une attention particulière portée à la condition des femmes à travers le monde.
Fascinée par les grandes exploratrices du XIXe siècle — ces pionnières qui affrontaient à la fois des territoires hostiles et les préjugés d’une époque où les femmes ne bénéficiaient pas des mêmes droits qu’aujourd’hui (même si le chemin vers l’égalité reste encore long) — elle ne s’identifie pas à leur époque, mais à leur audace et à leur détermination à témoigner du monde malgré les obstacles.
En 2008, elle fonde l’association Douniatou afin de soutenir Ltungai, un village de femmes samburu au Kenya, au cœur de son projet Les Matriarches.
Nadia Ferroukhi : Les Matriarches
4-13 Juin 2026
L’Éphémère Galerie – Comptoir des Voyages
12 rue Saint-Victor, 75005 Paris
www.comptoirdesvoyages.fr
Horaires :
Du 5 au 12 juin : 15h – 18h30
Samedis 6 et 13 juin : 11h – 18h30
Fermé le dimanche














