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Le Questionnaire : Denis O’Regan par Carole Schmitz

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Denis O’Regan : « L’Oeil du Rock »

Il n’a jamais eu besoin d’ampli pour faire entendre sa voix.
Dans l’arène électrique des années 70 et 80, où la sueur se mêle au cuir, où les guitares hurlent plus fort que les cœurs, Denis O’Regan avançait en coulisses, silencieux mais acéré. Photographe de la scène rock, mais surtout témoin privilégié de ses métamorphoses, il a su gagner la confiance des géants sans jamais chercher à les dompter. Son objectif ? Ne pas figer les idoles, mais les révéler. Sans artifice, sans emphase. Juste avec ce qu’il faut d’instinct, de patience et de flair pour saisir l’instant qui trahit tout : une main nerveuse avant l’entrée en scène, un regard échappé dans le vide après un rappel, une complicité hors cadre entre deux génies du chaos.

O’Regan, c’est l’œil qui ne tremble pas quand David Bowie lui confie les clefs de sa tournée Serious Moonlight. C’est l’homme que Freddie Mercury laissait approcher au plus près, même dans les heures de tension, de vertige ou de grâce. C’est aussi celui qui a suivi Duran Duran en pleine hystérie médiatique ou les Rolling Stones sur les routes brûlantes de l’hémisphère sud. Dans chaque photo, une narration visuelle maîtrisée — pas de folklore ni d’idolâtrie, mais une vraie lecture du mythe en train de s’écrire.

À l’heure où la photographie musicale s’est souvent réduite à l’illustration, Denis O’Regan fait figure d’auteur. Ses clichés sont des archives vivantes, des instantanés d’Histoire, avec un grand H et une grande gueule. Il ne se contente pas de montrer ; il construit, cadre, éclaire — sans artifices, mais avec une science du rythme presque musicale.

Aujourd’hui encore, ses tirages se collectionnent comme des vinyles rares. Chaque exposition, chaque livre — de Ricochet à Careless Memories — est un retour vers ces années incandescentes où la musique n’était pas un fond sonore mais une manière de vivre, d’aimer, de brûler.

Denis O’Regan n’a jamais été un photographe parmi d’autres. Il est le rockeur qui shootait le rock, l’œil lucide d’une époque démesurée, l’homme qui a su photographier le bruit — et le silence qu’il laissait derrière lui.

 

Instagram : @thedenisoregan
Website : www.denis.uk

News : David Bowie by Denis O’Regan publié par ACC Art Books (https://www.accartbooks.com/uk/book/david-bowie-by-denis-oregan/www.accartbooks.com)

 

Quest-ce qui a déclenché votre passion pour la photographie ?
Denis ORegan : Ma petite amie, la rosée sur les toiles d’araignée, Jimmy Page, David Bowie et un voyage en train à travers l’Europe.

Quel photographe vous a le plus inspiré ?
Denis ORegan : J’ai été inspiré par la musique et les artistes, pas par les photographes. J’avais neuf ans quand j’ai vu les Beatles, et dix-neuf lorsque David Bowie a bouleversé mon monde en Ziggy Stardust au Hammersmith Odeon.

Quelle photo auriez-vous aimé prendre ?
Denis ORegan : La vue de la Terre depuis la Lune.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
Denis ORegan : La vue depuis le Waterloo Bridge, sur la Tamise, en direction de la cathédrale Saint-Paul — en route depuis Somerset House vers un parking sous le National Theatre.

Quelle est la photo la plus étrange que vous ayez prise — volontairement ou non ?
Denis ORegan : Je ne sais pas si elles sont étranges, mais j’ai photographié sans le vouloir des moments légèrement historiques de la musique. Pete Townshend embrassant Keith Moon sur le crâne à la fin de sa dernière performance avec The Who. L’hélicoptère de Queen arrivant au-dessus du public au dernier concert de Freddie. Sid Vicious en coulisses après son ultime concert au Royaume-Uni. David Bowie au pied du mur de Berlin, un an avant sa chute.

Comment choisissez-vous vos projets ?
Denis ORegan : Je photographie ce que j’aime ou ce qui m’intrigue.

Quel équilibre faites-vous entre intuition et réflexion dans la création dune image ?
Denis ORegan : 95 % d’intuition.

Quest-ce qui fait quune photo est ussie” selon vous ?
Denis ORegan : Pour un musicien en live, capturer l’essence de l’artiste créer un moment décisif qui pourra marquer sa légende.

Quest-ce qui rend une photo mémorable ? Et intemporelle ?
Denis ORegan : Le bon moment. Même une scène mise en scène ou longuement attendue aura toujours une image phare.

Quels détails recherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
Denis ORegan : Allez savoir.

La technique peut-elle surpasser l’émotion en photographie ?
Denis ORegan : J’en doute.

La beauté en photographie est-elle purement esthétique pour vous ?
Denis ORegan : Probablement.

Quels éléments permettent de rendre le silence visible dans une photo ?
Denis ORegan : Toute photographie est un exercice de silence.

Lunicité dune photo vient-elle du moment ou de la mise en scène ?
Denis ORegan : Je mets rarement en scène mes photos. Donc, cela vient du millième de seconde où je déclenche, ou des circonstances autour du sujet.

En un mot, comment décririez-vous votre relation à la photographie ?
Denis ORegan : Une histoire d’amour dans le meilleur des cas. Transactionnelle dans le pire. J’adore les images et je me délecte à les scruter — surtout les scans de mes vieilles photos, observer les visages dans la foule, revoir des amis ou des légendes telles qu’ils étaient.

Quest-ce qui vous attire le plus dans une image ?
Denis ORegan : Une singularité qui m’attire irrésistiblement.

Plutôt couleur ou noir et blanc ?
Denis ORegan : Noir et blanc.

Lumière naturelle ou studio ?
Denis ORegan : Lumière naturelle.

La couleur peut-elle raconter une histoire ?
Denis ORegan : Pas vraiment.

Peut-on parler de photographie sans évoquer le temps ?
Denis ORegan : Une photographie est un fragment de temps.

Quel rôle joue linvisible dans vos images ?
Denis ORegan : En concert, l’énergie qui circule entre l’artiste et le public est capitale.

Une photo peut-elle être plus vraie que la réalité ?
Denis ORegan : Je le pense. Cela dépend du domaine photographique, mais dès l’instant du déclenchement, le photographe choisit ce qu’il capte. Ensuite vient la sélection. Et ce choix-là, c’est encore lui qui le fait.

Une photo peut-elle changer notre perception dun événement ?
Denis ORegan : Oui, surtout si c’est le seul témoignage auquel le spectateur a accès. Elle devient alors sa mémoire.

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
Denis ORegan : Cela dépend du photographe, de l’éditeur ou de l’artiste qui choisit quelle image montrer. Tout est dans la selection.

Quelle image a changé votre vie ? Et laquelle a changé le monde ?
Denis ORegan : La naissance de mon fils a changé ma vie. Je l’ai filmée  et il l’a vue ! Si je devais citer une photo qui a changé ma vie, ce serait ma toute première vente : Freddie Mercury au Hammersmith Odeon, en 1975. Je ne vois pas de photo qui ait changé le monde.

Quelle est la première image qui vous a profondément ému ? Et celle qui vous a mis en colère ?
Denis ORegan : Celle de deux amants abattus par un sniper dans les années 90 alors qu’ils fuyaient Sarajevo pour la Serbie. Triste et révoltante.

Si vous pouviez photographier lintérieur de vos pensées, à quoi cela ressemblerait-il ?
Denis ORegan : Le labyrinthe de Shining dans lequel j’ai réellement marché aux studios d’Elstree, pendant le tournage.

Quelle est la dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
Denis ORegan : Adopter un chaton il y a deux jours.

Une image clé dans votre panthéon personnel ?
Denis ORegan : L’hélicoptère de Queen arrivant au-dessus de 120 000 personnes pour le concert de Freddie Mercury. Avec le recul puisque toute photo est une affaire de rétrospection c’était un moment historique. On ne voit pas les membres du groupe, mais leur nom s’étale en grand sur l’appareil.

Un souvenir photographique denfance ?
Denis ORegan : Debout à côté d’une boîte aux lettres rouge, le jour de ma première rentrée, à cinq ans.

Votre plus grand regret ?
Denis ORegan : Dans ma carrière ? Ne pas être monté dans la chambre de Keith Richards à l’hôtel Carlton Tower de Londres, le dernier soir de la tournée européenne de 1982. Il m’a appelé deux fois, mais je me suis assoupi. Je n’ai jamais su pourquoi. Il s’est marié l’année suivante…

Une photo vous appartient-elle encore une fois partagée ?
Denis ORegan : Bien sûr que oui ! Et c’est même souvent le désir de la partager qui m’a poussé à la prendre. C’est pour cela que je publie des livres.

Un livre de photo indispensable ?
Denis ORegan : Je suis autodidacte, donc je n’ai pas de livres photo à part celui que ma mère m’a offert en 1978.

Votre appareil photo denfance ?
Denis ORegan : Le Kodak Brownie de mes parents.

Et aujourdhui ?
Denis ORegan : Un Nikon D6.

Votre addiction favorite ?
Denis ORegan : Le voyage.

Si votre appareil photo pouvait parler, que dirait-il de vous ?
Denis ORegan : Quel propriétaire soigneux !

Quel rôle joue la photographie dans notre perception du monde ?
Denis ORegan : Un rôle puissant.

Quels sont les grands défis à venir pour la photographie ?
Denis ORegan : La technologie.

Comment les réseaux sociaux influencent-ils la création et la réception des images ?
Denis ORegan : Ils démocratisent… et banalisent.

Si la photographie était une arme, quel type de tir” choisiriez-vous ?
Denis ORegan : Un fusil de sniper à longue portée.

Si vous pouviez photographier une figure historique ou contemporaine, qui choisiriez-vous, et pourquoi ?
Denis ORegan : John Lennon, pieds nus sur une plage isolée aux Bermudes — là où il a puisé l’inspiration de son dernier album. Il a été assassiné quelques mois plus tard. Je ne l’ai jamais photographié.

Si la photographie pouvait capturer une émotion autant quune image, laquelle voudriez-vous transmettre ?
Denis ORegan : L’amour.

Si vous aviez un portail interdimensionnel, quelle serait votre première photo dans un autre monde ?
Denis ORegan : La vue de notre monde… depuis là-bas.

Si votre appareil photo était un super-héros, quel serait son pouvoir secret ?
Denis ORegan : Celui d’Ant-Man  qu’il puisse rapetisser pour tenir dans ma poche.

Si une photo de vous illustrait une invention futuriste, à quoi ressemblerait-elle ?
Denis ORegan : Je tiendrais un morceau de verre aux pouvoirs trompeurs, inspiré par Steve Jobs…

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Denis ORegan : Les Beatles en costumes de Sgt. Pepper.

Quelle photo rêveriez-vous de prendre… mais qui pourrait ruiner votre carrière ?
Denis ORegan : Si je vous le disais, je ne pourrais plus rentrer aux États-Unis.

Si vous deviez raconter lhistoire dun objet banal en photo, lequel choisiriez-vous ?
Denis ORegan : Une fraise en train de moisir.

Quelle ville trouvez-vous la plus photogénique ?
Denis ORegan : Venise. J’y suis allé pour la première fois en 1974 lors d’un voyage en train à travers l’Europe. En sortant de la gare, la vue m’a stupéfié. J’y retourne encore régulièrement.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser, ou préféreriez-vous un selfie ?
Denis ORegan : Je ne fais pas de selfies. Mais je pourrais faire une exception pour Dieu.

Si je pouvais organiser votre dîner de rêve, qui serait à table ?
Denis ORegan : David Bowie, John Lennon, Paul McCartney, Barry Humphries en Sir Les Patterson, Audrey Hepburn et Marilyn Monroe — mais j’inviterais surtout mes parents disparus et ne passerais la soirée qu’avec eux.

Quelle image représente le mieux l’état du monde actuel, selon vous ?
Denis ORegan : Une Palestinienne affamée tenant un enfant mourant, squelettique…

Une chose essentielle que les gens devraient savoir sur vous ?
Denis ORegan : Beaucoup croient à la chance ou au “coup de fil décisif”. Ma vie n’a pas fonctionné ainsi. J’ai défini mes ambitions et j’ai su poser les bonnes questions quand une porte s’entrouvrait.

Un dernier mot ?
Denis ORegan : Énergie.

 

David Bowie by Denis O’Regan
ACC Art Books
Pages: 276 Pages
Illustrations: 112 couleur, 58 noir & blanc
ISBN: 9781788842846
RRP £60.00 // $75.00
https://www.accartbooks.com/uk/book/david-bowie-by-denis-oregan/

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