Armin Morbach : Beauté maîtrisée
Armin Morbach est un créateur protéiforme qui repousse sans cesse les limites de l’image. Photographe, directeur artistique, coiffeur et maquilleur, il transforme chaque projet en un laboratoire visuel où la beauté, loin d’être un simple idéal, devient acte, questionnement et expérience sensorielle. Issu de l’univers exigeant de la coiffure et du maquillage, il a rapidement élargi son champ à la photographie et à la direction artistique, s’imposant comme l’une des figures les plus influentes de sa génération. Fondateur de TUSH, magazine culte qui bouscule depuis vingt ans les conventions esthétiques, il y invente un langage visuel radical et singulier. Chaque image est pensée comme un récit : chaque posture, chaque détail, chaque silence y est signifiant, porteur d’émotion et de sens. Rigoureux dans la conception, audacieux dans la forme, il mêle la discipline conceptuelle à une sensibilité profonde, offrant une vision contemporaine de l’image qui dépasse la mode et la photographie classiques. Son travail ne se limite pas à l’esthétique : il interroge, provoque, fascine. Entre invention et performance, chaque projet d’Armin Morbach témoigne d’un regard unique, capable de transformer le quotidien en poème visuel et de révéler, derrière la surface, l’intensité de l’expérience humaine. Héritier spirituel de F.C. Gundlach, dont il fut l’ami et le protégé, le photographe privilégie une approche de l’image où la mise en scène n’écrase jamais l’humain, mais le révèle. Ses photographies sont autant de dialogues entre le réel et l’imaginaire, entre la discipline technique et l’émotion, où la transformation, la performance et l’identité deviennent des motifs de réflexion et d’expression. Dans son univers, l’art et la mode se confondent, la photographie devient médium et langage, et chaque projet se transforme en manifeste visuel. Armin Morbach ne cherche pas seulement à capturer la beauté : il en révèle les tensions, les paradoxes et la puissance. Son œuvre, à la croisée du documentaire, du portrait et de la création conceptuelle, impose une vision où l’esthétique se conjugue avec la profondeur, où le minimalisme devient force et où chaque image se lit comme une expérience à la fois sensorielle et intellectuelle.
Instagram : @arminmorbach / @tushmagazine
Website : www.arminmorbach.com
Votre premier déclic photographique ?
Armin Morbach : Ma première impulsion fut la prise de vue de la première collection de mon meilleur ami, le créateur de mode Sascha Gaugel, fondateur de HAUSACH. Ce fut le moment où j’ai eu le courage de prendre l’appareil photo et de diriger la séance en studio.
Un souvenir photographique de votre enfance ?
A.M. : La photographie classique ou d’art n’a pas vraiment marqué mon enfance. Il n’y avait que ces portraits typiques de rentrée scolaire et de communion le cône d’école, la bougie, la clôture, le tricycle. De la nostalgie kitsch ! Mais très loin du monde dans lequel je vis aujourd’hui.
L’appareil photo de votre enfance ?
A.M. : Un Polaroid. Je n’ai jamais possédé d’appareil professionnel. C’est peut-être une bonne chose : je n’ai pas tout documenté, j’ai pu profiter de mon environnement en temps réel.
Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
A.M. : Le Nikon Z9.
L’homme ou la femme d’image qui vous a inspiré ?
A.M. : Les grands photographes — Peter Lindbergh, Karl Lagerfeld, Annie Leibovitz, Mario Testino, avec qui j’ai eu l’honneur de travailler, et surtout F.C. Gundlach, qui fut un ami et un mentor. Ils m’ont tous inspiré. J’ai toujours été attiré par la photographie classique et mise en scène, jamais par les effets techniques.
L’image que vous auriez aimé prendre ?
A.M. : Si j’avais su peindre : la Mona Lisa.
Celle qui vous a le plus ému ?
A.M. : Quand F.C. Gundlach m’a appelé après avoir vu mon travail dans TUSH Magazine et qu’il a ensuite intégré 28 de mes œuvres à sa collection. Ce fut un moment profondément émouvant, un rêve devenu réalité.
Et celle qui vous a mis en colère ?
A.M. : Que tout le monde craigne soudain l’intelligence artificielle. Cela m’agace que certains croient que la créativité peut être remplacée. La médiocrité, peut-être mais jamais ce qui est unique.
Quelle photo a changé le monde ?
A.M. : The Afghan Girl de Steve McCurry.
Et celle qui a changé votre monde ?
A.M. : À 16 ans, j’ai fait des photos de mode de moi en tant que mannequin et j’ai compris à quel point le style et la transformation pouvaient tout changer et combien j’aimais ce sentiment.
Une image clé dans votre panthéon personnel ?
A.M. : Ma première photo en drag. La transformation a défini toute ma vie et mon art cette image est sacrée pour moi.
Ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
A.M. : Tout le processus qui y conduit la préparation, la construction créative avant le premier clic.
Quels détails cherchez-vous dans un visage, un paysage ou un objet ?
A.M. : Pas les détails superficiels. Je cherche une étincelle, peut-être une symétrie, mais surtout une personne qui correspond au concept et me parle.
Elliott Erwitt a dit : “La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif.” Êtes-vous d’accord ?
A.M. : Absolument. En noir et blanc, tout devient interprétation. Le potentiel réside dans la Leerstelle le vide que le spectateur remplit lui-même avec ses émotions. Comme une toile blanche.
La technique peut-elle, selon vous, primer sur l’émotion en photographie ?
A.M. : En photographie de mode, peut-être. L’émotion y a souvent été étouffée. Mais dans les portraits d’artistes jamais. L’émotion vient toujours de la personne.
La beauté en photographie est-elle pour vous purement esthétique ?
A.M. : Je suis définitivement un esthète. Mon travail est toujours propre, structuré et équilibré. Même le chaos a besoin d’ordre pour moi.
Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
A.M. : Les choses entre les choses une chaise dans un coin, une fille masquée, des yeux clos. Tout ce qui ne communique pas directement crée du silence.
L’unicité d’une photographie vient-elle du moment ou de la mise en scène ? Une photo peut-elle être plus vraie que la réalité ?
A.M. : Des deux. La photographie documentaire comme la mise en scène peuvent chacune créer quelque chose d’unique l’une n’exclut pas l’autre.
Une photo peut-elle changer notre perception d’un événement ?
A.M. : Absolument. Un seul détail peut changer tout le récit, surtout dans le monde médiatique d’aujourd’hui.
La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
A.M. : Les deux. C’est le témoignage d’un moment, d’un savoir-faire, d’une existence — mais cela peut aussi être de la pure manipulation.
Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
A.M. : Lorsqu’elle crée un dialogue.
Selon vous, quelle qualité est indispensable pour être un bon photographe ?
A.M. : La discipline.
Comment choisissez-vous vos projets ?
A.M. : Par passion. La photographie n’est pas mon moyen de survie, c’est ce qui me comble artistiquement.
Comment décririez-vous votre processus créatif ?
A.M. : Inspiration quotidienne, discipline, et une équipe solide, des gens qui croient même aux idées les plus folles.
Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
A.M. : Mon magazine TUSH, que j’ai fondé il y a vingt ans.
La personne que vous aimeriez photographier ?
A.M. : Madonna elle est à son apogée.
Et celle par qui vous aimeriez être photographié ?
A.M. : Robert Mapplethorpe si je pouvais voyager dans le temps.
La dernière photo que vous avez prise ?
A.M. : Heidi Klum.
Côté réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok — et pourquoi ?
A.M. : Instagram j’aime l’échange visuel.
Qu’est-ce qui a changé en photographie depuis le succès des réseaux sociaux ?
A.M. : Tout le monde pense être photographe.
Un compte Instagram à suivre absolument ?
A.M. : @tushmagazine
Votre point de vue sur l’intelligence artificielle ?
A.M. : Un outil vital qui nous rappelle ce qui est réel et ce que signifie être humain.
Couleur ou noir et blanc ?
A.M. : Couleur.
Lumière du jour ou lumière artificielle ?
A.M. : Lumière du jour.
Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
A.M. : Varsovie.
La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
A.M. : Prague, République tchèque.
L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
A.M. : Mon jardin.
L’image qui, selon vous, représente l’état actuel du monde ?
A.M. : The Woman in White, la photographie d’Alaa Salah la jeune étudiante debout sur une voiture lors des manifestations de masse de 2019 à Khartoum, symbole de la révolution soudanaise. Pour moi, elle reflète l’essence de notre époque : l’appel au changement, l’émancipation, la montée de la voix des femmes, l’action collective et la façon dont la technologie peut transformer un seul moment en mouvement mondial.
Selon vous, que manque-t-il au monde d’aujourd’hui ?
A.M. : L’humanité et l’honnêteté.
Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous ou préféreriez-vous un selfie avec Lui ?
A.M. : Ni l’un ni l’autre. Je profiterais du moment pour parler avec Lui de sa vision du monde.
Votre drogue favorite ?
Armin : Le maté de ChariTea.
La meilleure façon de déconnecter pour vous ?
A.M. : Dormir — c’est le seul moment où je débranche vraiment.
Votre dernière folie ?
A.M. : Avoir accidentellement lavé un pull en laine avec le l’eau trop chaude. Je suis trop contrôlé pour de vraies folies.
Votre plus grande extravagance professionnelle ?
A.M. : Avoir le luxe de travailler avec les plus grandes stars du monde et de les montrer dans des rôles inattendus.
Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
A.M. : Travailler sur une plateforme pétrolière.
La question qui vous déstabilise ?
A.M. : « Comment allez-vous aujourd’hui ? »
Votre plus grand regret ?
A.M. : Que la photographie iconique soit en voie de disparition.
Si vous deviez tout recommencer ?
A.M. : Je deviendrais vétérinaire.
Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
A.M. : Tous ceux que j’ai perdus dans ma vie.
Ce que vous aimeriez qu’on dise de vous… après ?
A.M. : Que c’était rapide, simple, qu’ils se sont sentis à l’aise et que je les ai compris.
Ce qu’il faut absolument savoir sur vous ?
A.M. : Je n’ai pas de cheveux.
Un dernier mot ?
A.M. : Comment allez-vous ?














