Cette année, Penninghen, mécène de KG+, satellite du festival international Kyotographie, présente l’exposition « Contre-Courant » de Kostia Hornain Debain.
L’école, qui expose pour la sixième fois à Kyoto pendant cette haute période de la photographie, avait privilégié jusqu’à maintenant des expositions de groupe, fruits des promotions d’étudiants. 2025 marque un tournant, avec une approche plus ciblée, puisqu’elle présente un seul travail de fin d’année et un investissement accru. En effet, Penninghen devient sponsor de KG+, ce qui témoigne de l’attachement profond de l’école à cette discipline et de sa volonté de valoriser l’image photographique.
Cette année c’est le travail de Kostia Hornain Debain, qui a été sélectionné. Un choix qui s’explique « tant pour son approche sensible d’auteur que son expérimentation technique maîtrisée ; à savoir effectuer un voyage intime et introspectif au travers d’outils numériques et moteurs de recherche », explique Gilles Poplin, Directeur de Penninghen.
Deux mots sont clés ici : Intime et numérique. Car oui, pour ce projet, Kostia Hornain Debain a parcouru l’Ukraine, son pays natal, mais pas de façon « classique », en arpentant les rues appareil photo à la main. Il l’a fait depuis derrière son écran, sur Google Earth et Street View. Il explique : « Je suis né en Ukraine, j’ai été recueilli un an dans un orphelinat situé dans la ville de Donetsk avant d’être adopté par mes parents français. J’ai grandi à Paris. À l’âge de 20 ans, j’ai eu envie de retourner dans mon pays de naissance. Un besoin profond de reconnexion avec mes origines. Mais très peu de temps après, en février 2022, le conflit qui a frappé l’Ukraine a tout changé. Aujourd’hui je me sens à “contre-courant”. »
Un sentiment qui s’est concrétisé en un projet, d’abord un livre, puis aujourd’hui une exposition. « Contre-Courant, récit d’un retour aux sources » ; un nom et sous-titre qui raconte aussi sa démarche, car il a décidé de faire ce voyage malgré tout, retraçant l’itinéraire à rebours de celui qu’il avait fait il y a plus de vingt ans. Le voyage commence à Kiev, ville d’envol vers la France, passe par Donetsk, ville de son orphelinat, et se termine à Sejnoia, ville natale.
Une déambulation spatio, mais aussi temporelle, car les images qu’il voit sur son écran et qui lui permettent de découvrir ces villes sont de datation incertaine. Ce flou temporel lui plaît : il navigue alors entre fiction et réalité — sa propre fiction, qu’il projette sur ces lieux encore inconnus, et une réalité tangible rendue accessible grâce à la précision des outils de géolocalisation.
À ces images, s’ajoutent des récits poignants, ceux de réfugiées ukrainiennes en France. Ils arrivent comme des pauses, un retour brutal à l’actualité, comme si cette quête intime était elle aussi à contre-courant des nouvelles du monde. Si on croise un tank dans une rue, c’est surtout beaucoup de photographies de paysages, de personnes en action… comme un reportage de street photography qui évolue au gré des villes.
Car chacune d’elles a un traitement particulier qui a nécessité un long travail de post-production. « Chaque image était comme une peinture » nous confie-t-il. Une approche qui n’est pas sans rappeler les mots de Susan Sontag, qui écrivait déjà au siècle dernier que la photographie reste « autant une interprétation du monde que les tableaux et les dessins ». On passe du bleuté, au noir et blanc, jusqu’à des couleurs plus vives à la source, à l’arrivée à Sejonia. Une façon pour l’auteur d’évoquer un espoir, empreint d’humanité.
Marine Aubenas
Plus d’informations















