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Le Questionnaire : Deana Nastic par Carole Schmitz

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Deana Nastic, la photographie après la peinture

Chez Deana Nastic, la lumière ne sert jamais à éclairer le monde ; elle en déplace les contours. Elle ne révèle pas, elle altère ; elle ne fixe pas le réel, elle en brouille les certitudes. L’image cesse d’être un témoignage pour devenir une expérience sensible, où le visible vacille, où les contours s’effacent au profit d’une présence plus intérieure. À rebours de toute photographie descriptive, son œuvre explore cet instant fragile où la figure émerge autant qu’elle disparaît, suspendue entre apparition et effacement, entre mémoire et imagination.Cette approche trouve son origine dans un parcours singulier. Formée à la peinture avant de se tourner vers la photographie, Deana Nastic n’a jamais véritablement quitté son premier langage. Elle en a simplement déplacé les outils. L’appareil photographique n’est pas venu remplacer le pinceau : il en est devenu l’équivalent contemporain. Là où d’autres cherchent la précision, elle revendique l’incertitude. Là où la photographie promet traditionnellement la preuve, elle préfère l’évocation. Son œuvre s’inscrit ainsi dans cet espace de tension où les frontières disciplinaires cessent d’avoir un sens. Les longues expositions, les déplacements de l’appareil, la maîtrise presque chorégraphique de la lumière produisent des images qui semblent moins enregistrées que peintes. Le noir et blanc y joue un rôle essentiel. Débarrassée de l’anecdote chromatique, l’image retrouve une densité presque minérale, faite de transparences, de voiles et de respirations. Les corps apparaissent comme des traces, des rémanences lumineuses davantage que comme des présences affirmées. Il serait pourtant réducteur de rattacher son travail au seul héritage pictorialiste. Si la douceur de ses images évoque parfois le fusain, le lavis ou certaines expérimentations symbolistes, Deana Nastic développe un langage profondément contemporain. Son flou n’est jamais nostalgique. Il constitue une remise en question du regard lui-même. À l’heure où la photographie numérique poursuit une quête obsessionnelle de définition, de netteté et de contrôle, elle choisit au contraire l’imperfection, l’accident maîtrisé, l’indécidable. Ses images résistent à la consommation immédiate ; elles exigent une temporalité lente, presque contemplative. Le corps occupe une place centrale dans cette recherche. Danseurs, nus ou portraits ne sont jamais envisagés comme des sujets mais comme des surfaces de transformation. Ils deviennent des territoires où la lumière agit comme une matière vivante. Les contours s’effacent, les identités se dissolvent, laissant émerger une présence plus intérieure que physique. Le mouvement cesse d’être représenté ; il devient la substance même de l’image. Ce qui se joue devant l’objectif n’est pas une performance, mais une disparition progressive de la forme au profit de son énergie. Cette esthétique de l’effacement confère à son travail une dimension presque métaphysique. Chez Deana Nastic, la photographie ne cherche pas à arrêter le temps mais à rendre perceptible son écoulement. Chaque image semble contenir plusieurs instants superposés, comme si la mémoire s’était déposée sur le papier en fines couches successives. L’œuvre ne montre jamais un moment précis ; elle en révèle la durée. Plus qu’une réflexion sur les possibilités du médium photographique, son œuvre constitue une méditation sur la perception elle-même. Elle rappelle que voir ne consiste pas uniquement à distinguer des formes, mais à accepter leurs zones d’incertitude, leurs silences et leurs absences. Dans cette oscillation permanente entre apparition et disparition, entre photographie et peinture, Deana Nastic construit une œuvre d’une remarquable cohérence, où l’image cesse d’être un enregistrement du visible pour devenir l’expérience sensible de ce qui, précisément, échappe au regard.

 

Siteweb : https://www.gadcollection.com/fr/g/photographes/deana-nastic/
Instagram : @noemiaprada
Representée par la Galerie GADCOLLECTION, 4 rue du Pont Louis-Philippe – 75004 Paris
@galeriegadcollection

 

Votre premier déclic photographique ?
Deana Nastic : Photographier un modèle nu, dont le dos était baigné par la lumière naturelle d’une fenêtre.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Deana Nastic : Un séjour au ski avec mon père.

L’appareil photo de votre enfance ?
Deana Nastic : Un Canon argentique.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Deana Nastic : Un Hasselblad X1D II et un Nikon D800.

L’homme ou la femme de l’image qui vous a inspirée ?
Deana Nastic : Le portrait de Steve Jobs réalisé par Albert Watson. La photographie a été prise au moment où Albert Watson lui a dit : « Pensez à toutes les personnes qui vous ont dit non. »

L’image que vous auriez aimé prendre ?
Deana Nastic : Une photographie de mon père dans son atelier, où il passait ses journées et ses nuits à dessiner et à mettre au propre ses plans d’architecte.

Celle qui vous a le plus émue ?
Deana Nastic : Grace Portrait, d’Erwin Olaf, issu de la série Grief.

Et celle qui vous a mise en colère ?
Deana Nastic : La photographie d’Alan Kurdi, réalisée par Nilüfer Demir.

Quelle photographie a changé le monde ?
Deana Nastic : Migrant Mother, de Dorothea Lange.

Une image essentielle dans votre panthéon personnel ?
Deana Nastic : Circle of Life, une photographie que j’ai réalisée il y a quelques années.

Quelle photographie a changé votre propre monde ?
Deana Nastic : Je ne peux citer qu’une de mes propres photographies : Silhouette V. Elle a été sélectionnée par une galerie européenne pour être exposée. Depuis, je passe davantage de temps en Europe et j’expose dans différentes galeries.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Deana Nastic : L’émotion, qui naît souvent de la force de l’histoire cachée derrière une image.

Quel détail regardez-vous en premier dans un visage, un paysage ou un objet ?
Deana Nastic : Les yeux dans un visage, le ciel dans un paysage et la lumière sur un objet.

Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
Deana Nastic : Oui.

Selon vous, la technique peut-elle parfois prendre le pas sur l’émotion en photographie ?
Deana Nastic : Absolument.

Pour vous, la beauté en photographie est-elle uniquement esthétique ?
Deana Nastic : Pas du tout.

Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
Deana Nastic : Le langage du corps, mais aussi l’histoire qui se cache derrière l’image.

L’unicité d’une photographie vient-elle de l’instant ou de la mise en scène ? Une photographie peut-elle être plus vraie que la réalité ?
Deana Nastic : L’unicité peut naître de l’instant comme d’une mise en scène exceptionnelle. Aujourd’hui, avec les appareils numériques, Photoshop et l’intelligence artificielle, une photographie peut donner l’illusion d’être plus vraie que la réalité.

Une photographie peut-elle changer notre perception d’un événement ?
Deana Nastic : Oui.

La photographie est-elle un témoignage ou une forme de manipulation ?
Deana Nastic : Aujourd’hui, elle est les deux. Autrefois, elle relevait principalement du témoignage journalistique. Désormais, avec le numérique, Photoshop et l’IA, la réalité peut être facilement manipulée.

Qu’est-ce qui fait une bonne photographie ?
Deana Nastic : Lorsqu’une idée forte, une histoire puissante, la lumière, la composition et le sujet s’alignent dans un instant unique et intemporel.

Selon vous, quelle qualité faut-il posséder pour être un bon photographe ?
Deana Nastic : Un esprit créatif et un regard.

Comment choisissez-vous vos projets ?
Deana Nastic : Ils naissent toujours d’une expérience personnelle.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
Deana Nastic : Spontané. J’ai toujours une idée de départ sur ce que je souhaite réaliser, mais je laisse une place aux accidents heureux . Je recherche cet instant magique qui fait naître une image unique, intemporelle, impossible à reproduire.

Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
Deana Nastic : Il s’intitule The End of Everything. J’y photographie ma fille de 23 ans, qui part vivre en Europe et quitte notre maison pour la première fois.

La personne que vous rêveriez de photographier ?
Deana Nastic : Yoji Yamamoto.

La personne par laquelle vous aimeriez être photographiée ?
Deana Nastic : Albert Watson.

Un livre de photographie indispensable ?
Deana Nastic : Photographic Works 2013-2025 de Marcus Schaefer, qui mêle photographie, peinture et sculpture dans son travail.

Quelle est la dernière photographie que vous avez prise ?
Deana Nastic : Un portrait de ma fille pour ce nouveau projet.

Sur les réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook ou TikTok ? Pourquoi ?
Deana Nastic : Je suis très peu présente sur les réseaux sociaux. Je n’utilise qu’Instagram pour montrer mon travail photographique.

Qu’est-ce qui a changé dans la photographie avec l’arrivée des réseaux sociaux ?
Deana Nastic : Les réseaux sociaux ont favorisé une photographie souvent médiocre, dépourvue de profondeur et de véritable dimension artistique.

Un compte Instagram que tout le monde devrait suivre ?
Deana Nastic : Je ne pourrais en choisir qu’un. Roger Ballen, Casper Faassen, Marcus Schaefer, entre autres, sont des artistes inspirants qui mêlent dessin, peinture et sculpture à la photographie.

Quel regard portez-vous sur l’intelligence artificielle ?
Deana Nastic : Geoffrey Hinton, considéré comme l’un des pères de l’intelligence artificielle, a averti qu’elle pourrait remplacer toutes les formes de travail intellectuel. Je partage cette inquiétude.

Couleur ou noir et blanc ?
Deana Nastic : Noir et blanc.

Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
Deana Nastic : Lumière naturelle.

Quelle ville vous semble la plus photogénique ?
Deana Nastic : Paris.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Deana Nastic : Le Japon.

Un lieu dont vous ne vous lassez jamais ?
Deana Nastic : L’Hôtel Costes, à Paris.

L’image qui, selon vous, représente le mieux l’état actuel du monde ?
Deana Nastic : La série Water d’Edward Burtynsky.

Que manque-t-il au monde d’aujourd’hui ?
Deana Nastic : Le contact humain et les moments de partage.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous ou préféreriez-vous un selfie avec lui ?
Deana Nastic : Un selfie.

Votre drogue favorite ?
Deana Nastic : Je n’ai jamais consommé de drogue.

Votre meilleure façon de déconnecter ?
Deana Nastic : Danser.

Votre dernière folie ?
Deana Nastic : Avoir acheté un pied-à-terre en France, parce que j’avais besoin de l’Europe dans ma vie pour préserver mon équilibre.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Deana Nastic : Être passée de la peinture à la photographie.

Un métier que vous n’auriez jamais aimé exercer ?
Deana Nastic : Restauratrice.

Quelle est la question qui vous déstabilise le plus ?
Deana Nastic : « Quelle est votre drogue favorite ? »

Quelle est la dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
Deana Nastic : Voyager dans un petit avion.

Votre plus grand regret ?
Deana Nastic : Avoir quitté Athènes après y avoir vécu deux ans.

Si vous deviez tout recommencer ?
Deana Nastic : Je serais sculptrice.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à votre table ?
Deana Nastic : Mon mari.

Qu’aimeriez-vous que l’on dise de vous après votre disparition ?
Deana Nastic : Quoi que l’on pense de moi, ce sera toujours une opinion façonnée par la perception de chacun.

La chose que tout le monde devrait absolument savoir sur vous ?
Deana Nastic : Que j’étais un éclat de rire.

Le mot de la fin ?
Deana Nastic : Chercher.

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