Anabela Becho : Comment avez-vous rencontré Georges Dambier et quand a commencé votre collaboration ?
Micheline Decamps : Je venais d’être engagée au magazine ELLE afin de créer le laboratoire de développement couleur. Je collaborais avec Jean Chevalier qui était alors le principal photographe de la rédaction. C’est à cette époque que j’ai fait la connaissance de Georges. Il m’a très vite parlé du projet qu’il avait avec ses deux associés Yves Colleau et Jean Pierre Rossignol. « C.D.R.T. – Conception, Diffusion, Réalisation, Technique », l’idée de Georges m’a tout suite intéressée, pouvoir proposer aux clients, la presse magazine et les agences de publicité tout le processus de production d’un bout à l’autre. Deux plateaux de prise de vue, un laboratoire de développement, la direction artistique mise en page jusqu’au suivi chez les imprimeurs. Nous nous sommes installés en 1955 au 48 rue de la Bienfaisance dans le huitième arrondissement. Chacun avait un rôle bien défini : par ma formation de chimiste, j’étais en charge du laboratoire de développement, Colleau des photos de nature morte, Rossignol des reportages et Georges des prises de vue mode.
Assistiez- vous Georges dans toutes les étapes de productions ?
M.D. : Oui, très rapidement, le laboratoire de développement était opérationnel et Georges s’est alors très vite appuyé sur moi pour gérer le studio dans sa totalité.
Préparer en amont les prises de vues, si il y avait un thème, faire des recherches préparatoires afin de prévoir les accessoire nécessaires, recevoir les mannequins, les rédactrices, et bien sûre garder un œil sur le laboratoire. J’étais en contact permanent avec les maisons de coutures pendant les collections qui rythmaient alors la vie du studio. C’était follement existant, nous partions de nuit dans un Paris désert récupérer discrètement les modèles de la collection chez les couturiers pour que le secret de leurs nouvelles créations soit préservé. Tout s’est encore accéléré avec l’arrivé du prêt à porter mais nous étions prêt notre complicité professionnel et amical était parfaite ce qui faisait de CDRT une formidable petite usine à glamour. Notre complicité s’est encore renforcée lorsque Georges racheta les parts de ses deux associés.
Rossignol et Colleau n’étant plus là il fallait que quelqu’un continu à faire tourner le studio quand Georges photographiait les collections été sous des cieux plus clément.
Je devais gérer les plateaux que nous louions à d’autres photographes et le laboratoire qui en plus des productions de Georges développait le travail des photographes d’une grosse agence publicitaires (technique et diffusion). Nous avons travaillé ensemble trente-sept ans, de 1955 à 1992.
Quel était l’originalité de Georges Dambier et sa contribution à la photographie de mode ?
M.D. : La photographie de mode de l’époque privilégiait le vêtement, il fallait voir la poche, le boutonnage, le dos, Georges photographiait le modèle. On perdait les détails du vêtement mais c’était vivant ! Ses photographies de mode étonnaient complètement.
Il fut l’un des premiers photographes à faire des prises des reportage de mode dans la rue. Dans la rue mais avec la même exigence technique qu’en studio. Certaines prises de vue nocturnes étaient de véritable production de cinéma, autorisation, éclairage, camion cabine tout cela était inédit à l’époque… C’était pour ça que j’aimais travailler avec lui, ça bougeait l’adrénaline du monde de la presse, nous adorions ça, c’était passionnant.
Combien de gens assistaient Georges pendant les shootings ?
M.D. : Cela dépendait de la complexité de la photo, en reportage un seul chargé de gérer les appareils et surtout les approvisionner en magasins chargés.
Un Rolleiflex ou un Hasselblad n’ont que douze vues et Georges doublait toujours les prises de vue noir et blanc et couleur. Il fallait aller vite pour la fluidité de la prise de vue et surtout pour ne pas rater la lumière. Pour les photos demandant de l’éclairage alors un autre assistant lui était nécessaire.
« Regarde-moi avec beaucoup de tendresse dans le regard », il semblait avoir une grande complicité avec ses modèles…
M.D. : Georges aimait beaucoup séduire, il était très bel homme, très tendre, il avait du talent, un don. Les mannequins, même les plus célèbres avaient vraiment confiance en lui.
Il savait très bien séparer sa vie professionnelle de sa vie privée, même si il sortait parfois avec certaines de ces charmantes femmes. C’était une personne très droite, Georges, il n’était pas tortueux, comme pouvait l’être d’autres photographes.
L’interview se poursuit dans l’article suivant.








