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Génération Sipa : –Peter Northall

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Je n’étais jamais allé à Dubrovnik, l’une des plus belles villes du monde, avant cet automne 1991. Depuis des jours et des jours, la cité et ses remparts étaient assiégés et toute la région était bombardée par l’Armée populaire yougoslave à majorité serbe et l’appui de forces paramilitaires. Très peu de photographes avaient réussi à pénétrer à l’intérieur de la ville. Avec deux autres collègues des agences AP et Reuters, pour voyager léger, nous avions décidé de partager films et produits de développement, modem et scanner Leafax. Nous travaillions dans des conditions extrêmement difficiles. Le moindre déplacement était dangereux, et comme il n’y avait plus de transport, l’accès à la vieille ville devait se faire exclusivement à pied. L’eau courante était coupée et nous étions contraints de développer nos films à l’eau minérale. Je me souviens aussi que j’allais me laver dans la mer, ce qui signifiait m’exposer à d’éventuels tirs serbes. Dans un registre plus drôle, le manque d’eau nous valait aussi, à mes confrères et à moi, de boire du vin... Trouver un téléphone relevait du défi. Et dans l’hôtel Argentina où j’étais logé, obtenir une ligne tenait du miracle. À la fin, seul le téléphone de la mairie fonctionnait encore et il fallait argumenter pour pouvoir l’utiliser. » C’est d’ailleurs de ce dernier poste qu’a été transmise cette image. Ce jour-là, les attaques s’intensifiant et s’accélérant, nous n’avions même pas pu quitter l’hôtel, et avec un autre photographe de Gamma, nous regardions ce spectacle effroyable du balcon. Étrangement, nous étions fascinés par la puissance visuelle de la scène. Mais n’est-ce pas aussi le rôle du photojournaliste d’extraire la beauté de l’horreur ?

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