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Galleria Nazionale dell’Umbria : Mario Giacomelli : Papaveri Rossi (Coquelicots rouges)

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Depuis le 15 octobre 2025, la Galleria Nazionale dell’Umbria, à Pérouse, a rendu hommage à Mario Giacomelli (1925-2000), figure majeure de la photographie du XXe siècle. Avec Papaveri rossi, exposition conçue par Alessandro Sarteanesi dans l’espace Camera Oscura, consacré à la photographie et intégré au parcours du musée —, l’institution met en lumière un aspect moins attendu de l’œuvre du maître de Senigallia.

Le parcours révèle pour la première fois une série de vues du paysage ombrien où la couleur se déploie avec une intensité presque picturale. Une approche rare chez Giacomelli, dont le nom reste d’abord associé à un vocabulaire visuel fondé sur les contrastes tranchés du noir et blanc. Ici, la couleur n’adoucit rien ; elle ouvre au contraire une nouvelle lecture de son œuvre, confirmant combien le photographe pensait son médium comme un véritable langage plastique.
Le cœur du parcours réunit cinq photographies inédites, réalisées dans les années 1960 sur le plateau de Colfiorito et à Castelluccio di Norcia. À cet ensemble s’ajoute une douzaine d’œuvres abstraites contemporaines, elles aussi nourries par le paysage et la couleur.
Le conservateur Alessandro Sarteanesi souligne : « C’est à travers un parcours qui traverse les siècles, documenté par les œuvres de la collection du musée, que le travail de Giacomelli trouve un terrain propice à une réflexion contemporaine radicale, en contraste avec la banalité obsessionnellement répétitive de l’étalage de fleurs immortalisé par les réseaux sociaux. Le plateau de Colfiorito, autrefois habité et cultivé, alors que sa renommée grandit, se dépeuple peu à peu, et la vitalité du paysage, consommée comme une image/vitrine et non comme une expérience, s’érode progressivement. » La citation éclaire au-delà de l’hommage, notre manière de regarder les paysages, de les transformer en images.
Le parcours présente également deux photographies parmi les sujets les plus emblématiques de Giacomelli, dont celle des célèbres Pretini, montrant une ronde de prêtres, visible pour la première fois à Pérouse, y compris dans une version en couleur.

Né à Senigallia, dans les Marches, en 1925, Mario Giacomelli perd son père à l’âge de neuf ans et grandit auprès de sa mère. À treize ans, il entre à la Tipografia Giunchedi, avant de fonder en 1950 la Tipografia Marchigiana. Il commence la photographie en 1953 et rencontre bientôt Giuseppe Cavalli, qui l’encourage à participer à ses premiers concours. En 1955, Paolo Monti le décrit comme « la figure montante de la photographie». Son réalisme magique dépasse alors le néoréalisme pour imposer une vision plus intérieure et charnelle du réel.
Des séries comme Vita d’ospizio (1954), Mattatoio (1961) et Verrà la morte e avrà i tuoi occhi (1966) frappent d’emblée par leur brutalité et leur puissance existentielle. En 1963, la rencontre avec Nemo Sarteanesi le conduit vers Alberto Burri, avec qui il noue une longue amitié. En 1964, il est le seul Italien sélectionné pour The Photographer’s Eye, l’exposition organisée par John Szarkowski au MoMA de New York, qui acquiert sa série Scanno. Cette reconnaissance marque son affirmation sur la scène internationale.
Il poursuivra ensuite une œuvre profondément liée à la poésie, de Caroline Branson da Spoon River (1967-1973) aux cycles des années 1980 et 1990. En 1978, il participe à la Biennale de Venise avec A contatto della natura negli spazi puri. À partir de 1996, il entreprend son ultime travail visionnaire, Questo ricordo lo vorrei raccontare. Il meurt le 25 novembre 2000.
Au-delà de cette exposition, le projet Camera Oscura. La Galleria Nazionale dell’Umbria per la fotografia, porté par Marina Bon Valsassina et Costanza Neve, interroge la fonction même de la photographie. En s’appuyant sur le principe originel de la chambre noire, il rappelle que ce médium naît de la rencontre entre la lumière et l’ombre. Dans cet espace signalé par une enseigne au néon et plongé dans une pénombre évocatrice, le visiteur est invité à penser le temps, l’exposition, la profondeur et la mise au point comme autant de clés pour comprendre la photographie, à la fois technique, langage et art du regard.

Jean-Jacques Ader

Catalogue Magonza, avec des textes du commissaire d’exposition, Costantino D’Orazio et Bartolomeo Pietromarchi. L’exposition a été organisée avec le soutien de L’Orologio società cooperativa – Business Unit Sistema Museo.
Du 15 octobre au 6 avril 2026 Galerie Nationale de l’Ombrie de Pérouse.

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