Tout repose sur l’expérimentation, les projets étant continuellement mis à jour et enrichis. Rien n’est définitif, tout est sujet à changement, notamment dans les réalités et communautés périphériques.
Tels sont les thèmes de COMMUNAUTÉS Projets 2005-2025, l’exposition personnelle de Mohamed Bourouissa à la Fondazione Mast, à Bologne, où sont présentées les œuvres de l’artiste franco-algérien. L’exposition comprend les séries Périphérique, Horse Day, Shoplifters et l’inédite Hands.
Le projet de recherche de Bouroissa, qui s’étend sur vingt ans et ne semble pas près de s’achever, relie photographie, musique, dessin, sculpture, vidéo et installations pour mettre en lumière les communautés périphériques. L’exposition explore également les transformations de la photographie dans le monde d’aujourd’hui, en pleine mutation, où la relation entre individus et société se complexifie dans un contexte social fragile. Bouroissa explore également des thèmes tels que la ville, la migration, le travail et leurs représentations, en se concentrant sur l’hybridation et la stratification du langage. La scénographie de l’exposition vise également à traduire cette complexité. De fait, comme le dit le commissaire Francesco Zanot : « La photographie descend des murs, occupe l’espace d’exposition et, d’une certaine manière, “entoure” le spectateur. »
Mohamed Bourouissa explique, Hands « s’inspire d’une citation d’Antonin Artaud : “La grille est un moment terrible pour la sensibilité, la matière”. C’est un projet que je viens de démarrer, que j’explore actuellement et pour lequel je n’ai pas encore de plan de développement précis. » Les images sont des fragments de séries antérieures, reconfigurés pour créer de nouvelles significations. Elles sont réimprimées sur plexiglas et montées contre une grille métallique (symbole de coercition) : les mains et les gestes évoquent un sentiment de malaise.
Dans sa série la plus connue, Périphérique, il donne une visibilité aux protagonistes des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises. La référence à des œuvres d’art qui occupent une place prépondérante dans l’imaginaire collectif est ici évidente, Bourouissa ayant étudié l’histoire de l’art. « Parmi les références figurent des œuvres telles que La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, ainsi que des images d’August Sander et de Jeff Wall », explique l’auteur. Au cœur du projet se trouvait une réflexion sur l’utilisation des images dans les médias de masse, leur création, leur construction et leur instrumentalisation. D’où le choix de recourir à la mise en scène avec des amis et des acteurs pour créer des images qui, tout en représentant des événements réels, constituaient une sorte de tableau vivant.
Dans Shoplifters, Bourouissa reproduit une série de photographies vues à l’entrée d’un supermarché de Brooklyn en 2014. Prises comme une accusation par le gérant du magasin, elles montrent les visages de personnes prises en flagrant délit de vol à l’étalage. L’artiste renverse la situation, la transformant en une dénonciation de la pauvreté consumériste de la société.
Une autre série intéressante, Horse Day, traite des écuries sociales d’une banlieue de Philadelphie, fondées par des membres de la communauté afro-américaine locale. Elle déconstruit l’imagerie du cow-boy, longtemps exclue de la culture équestre américaine en raison des préjugés véhiculés par le cinéma hollywoodien et le mythe du Far West. Un véritable « tournoi » y fut organisé, où la création des harnais joua un rôle majeur. Il s’agissait presque d’une réinterprétation des tournois médiévaux élaborés, mais avec des harnais fabriqués à partir de vieux CD et de rubans voyants. Bourouissa a également réalisé un film documentant l’événement dans son intégralité. L’intérêt de Bourouissa pour le mélange de disciplines et de supports variés transparaît dans cette série, qui associe photographie, vidéo et dessin. Des sculptures photographiques, créées en imprimant des images des écuries et de leurs employés sur des pièces de carrosserie, mêlant l’habillage des chevaux à la personnalisation de voitures et de pick-up, sont disposées dans l’espace, soulignant le rôle central du cadre technico-industriel dans la société contemporaine.
Les œuvres de Mohamed Bourouissa ont été présentées dans de nombreuses expositions personnelles, de la Fondation Barnes de Philadelphie au Centre Pompidou de Paris et au Stedelijk Museum d’Amsterdam (2016) ainsi que dans de nombreuses Biennales et Triennales, notamment celles de Venise, Liverpool, Sidney et Alger.
Paola Sammartano
Mohamed Bourouissa : COMMUNAUTÉS Projets 2005 – 2025
Du 23 mai au 28 septembre 2025
Fondazione MAST
Via Speranza, 42
40133 Bologne
Italie
https://www.mast.org














