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Fondation Carmignac : Interview d’Emeric Glayse

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La Galerie Saatchi à Londres accueille jusqu’au 13 décembre prochain la rétrospective du Prix Carmignac de Photojournalisme. L’occasion pour L’Œil de la Photographie de faire le point sur 5 ans de récompenses et de rencontrer Emeric Glayse, en charge du Prix depuis 2015. Il nous accompagne dans la découverte de cette exposition qui rassemble pour la première fois tous les lauréats dans un même lieu. Six regards très divers sur des sujets tout aussi différents mais réunis avec un même objectif : témoigner, rendre compte, avec leur écriture visuelle, des grands sujets contemporains qui agitent la planète, de Massimo Berutti à Newshat Tovakolian en passant par les zones de non-droit de Christophe Gin, dernier lauréat du Prix Carmignac.

L’Œil de la Photographie : Vous êtes « nouvellement en charge » du Prix Carmignac du photojournalisme. Votre regard sur le photojournalisme a-t-il évolué ?

Emeric Glayse : Ce poste m’a permis de reprendre une réflexion sur le photojournalisme que j’avais jusque-là laissée de côté. Je me suis toujours intéressé à la monstration de la photographie sans jamais avoir encore pu me confronter à l’image journalistique. Une des grandes qualités du Prix est sa déclinaison sur différents supports – qui ont chacun leur temporalité : la presse, l’exposition et le livre. Pour moi, cette déclinaison de supports est une réponse positive à une « crise » du photojournalisme que je pense principalement identitaire. Le lien entre le photojournalisme et la presse est à mon avis une notion purement historique et non consubstantielle – de fait, la publication dans la presse est un moyen et pas un but. Avec le Prix, notre objectif est de donner du temps et un maximum de moyens à un photographe de témoigner sur une région du monde que le public ne connaît pas, ou peu. Chaque projet a un message, mais une image ne raconte pas la même chose quand elle est dans un magazine, sur internet ou exposée au mur. Il est passionnant de réfléchir avec le photographe aux moyens d’exploiter au mieux chaque support pour, qu’une fois réunis, ils forment un tout au service du projet.

ODLP : La Fondation Carmignac propose les travaux de ses lauréats hors de France. Est-ce une nouvelle impulsion que vous souhaitez insuffler au Prix?

EG : J’ai commencé à travailler à la Fondation en août 2013 avec comme mission de trouver des lieux et des partenaires à l’étranger pour faire circuler l’exposition du Prix puis organiser les expositions. L’exposition de Davide Monteleone a ainsi  voyagé en Italie, à Milan, en Allemagne, au Fotografie Forum Frankfurt de Francfort et en Angleterre, à la Saatchi Gallery à Londres. Cette année, nous avons organisé deux expositions à Paris à quelques mois d’intervalle – avec l’édition de deux catalogues –  ce qui était un vrai challenge pour les équipes, et nous avons dû faire une pause dans l’itinérance. Nous avons voulu cette pause la plus courte possible, c’est pourquoi nous revenons dès aujourd’hui à la Saatchi avec l’exposition Retrospective.

ODLP : Pouvez-vous nous parler de l’accrochage que vous proposez chez Saatchi Gallery ? Comment est née l’idée de cette exposition ? Comment s’est faite la sélection des tirages exposées (ce n’est pas évident de raconter le reportage primé en si peu d’images). Quels sont les retour des photographes sur cet événement ? Pourquoi autant de place pour le travail de Newsha Tavakolian ?

EG : L’exposition a été imaginée en 2014 car nous voulions organiser une vraie rétrospective à l’occasion des cinq ans du Prix. Plus d’un an après, le concept n’a pas réellement changé. La première partie est effectivement consacrée à Newsha Tavakolian, selon le principe de l’itinérance du lauréat de l’année précédente comme cela a été le cas pour Davide Monteleone l’an dernier. Le visiteur pourra y découvrir son projet sur la classe moyenne iranienne dont le commissariat a été assuré par Anahita Ghabaian. La seconde partie est consacrée aux 5 autres lauréats : Davide Monteleone (Tchétchénie), Robin Hammond (Zimbabwé), Massimo Berruti (Pachtounistan), Kai Wiedenhôfer (Gaza) et Christophe Gin (Zone de non droit en France). En effet, chaque année, à l’issue de la dernière exposition, la Fondation acquiert 4 œuvres qui intègrent la collection. Notre volonté avec l’exposition Retrospective était de créer un lien entre les différents Prix. Il me semble qu’en voyant l’exposition, on constate que le jury dont la composition est pourtant différente à chaque édition, a fait le choix de primer des lauréats aux regards profondément humanistes.

ODLP : L’an dernier, le thème avait été ouvert aux « zones de non-droit en France ». Cette année, il est revenu sur une zone géographique, la Libye. Pourquoi ? Combien de projets avez-vous reçus pour cette édition ? Est-ce un chiffre constant ? Y’a-t-il une montée en qualité dans les sujets proposés ? Quels sont les profils (agences, autodidactes, freelance, etc.) des photographes ?

EG : Une des idées fondamentales du Prix est que le photographe doit proposer un sujet dans son dossier de candidature. Ensuite le jury choisi le lauréat en fonction, entre autres critères, de la pertinence de ce sujet. En donnant un thème, comme cela a été le cas avec les « zones de non droit en France », le nombre de sujets avec des angles différents a été moindre et c’est pourquoi nous avons choisi de revenir à la notion de zone géographique. Nous avons reçu cette année, une centaine de dossiers, ce qui me semble très élevé pour une région comme la Libye. Nous avons eu beaucoup de profils différents – des photographes de news, des photographes locaux, des photographes documentaires, des artistes, etc. –  et une chose les rassemblait : ils avaient quasiment tous une expérience et/ou un vécu en Libye. Les projets proposés étaient, comme chaque année, de grande qualité. La seule différence que j’ai pour ma part notée est que nous avons reçu beaucoup de dossiers de photographes d’agence.

ODLP : Quelles sont les ambitions de la Fondation pour les prochaines années en faveur de la photographie ?

EG : La Fondation dirigée par Gaïa Donzet a pour ambition de renforcer la visibilité nationale et internationale du Prix du photojournalisme avec des expositions itinérantes, l’édition de monographies, ainsi que de consolider sa position d’acteur majeur de cette discipline en menant une réflexion sur son évolution et ses enjeux. A l’issue des six éditions, nous avons pu nous rendre compte que ce Prix est de plus en plus attractif pour les photographes et les professionnels d’une part, et qu’il attire également le grand public, particulièrement sensible à ce type d’expression.

En 2017, la Fondation Carmignac ouvrira un lieu d’exposition sur le site préservé de Porquerolles afin d’y présenter une partie de la collection dans le cadre d’expositions temporaires. Le photojournalisme y trouvera également sa place dans un espace dédié qui permettra d’inscrire le lieu dans le parcours de la photographie dans le sud de la France.

EXPOSITION
Prix Carmignac du Photojournalisme : Rétrospective
Jusqu’au 13 décembre 2015
Saatchi Gallery
King’s Road
London, SW3 4RY
Royaume Uni
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h. Dernière entrée à 17h30.

www.fondation-carmignac.com

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