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Fondation A Stichting : L’Amérique Latine Éraflée

Preview

En octobre 2012, au sud de Bruxelles derrière une belle façade Art Déco, la Fondation A Stichting a ouvert ses portes sur le site des anciennes usines Bata. La Fondation a pour vocation de soutenir la création, la connaissance et la conservation de l’image photographique. Elle chérit une magnifique collection et depuis le début, la fondation a également mis l’accent sur l’éducation, la sensibilisation sociale et l’engagement.

Au cours de la dernière année, la Fondation a subi une transformation en profondeur. Nouveau logo, équipe rajeunie et nouvelle dynamique. La première exposition «L’Amérique Latine Eraflée» est un succès immédiat.

Le Monde est en profonde mutation.
Il ne sera plus jamais comme Avant.
Le retour aux Valeurs Essentielles est primordial.
Quel sera le Monde que nous léguerons à nos enfants ?
Une « 
Amérique Latine Éraflée » ?

Astrid Ullens de Schooten Whettnall

Là encore, la fondatrice et présidente confirme sans équivoque l’engagement de la Fondation. Le co-commissaire de l’ exposition, Alexis Fabry, dresse un tableau amer. Les anciennes cultures d’Amérique latine ont été envahies et détruites par les colonisateurs. Les utopies du XXe siècle ont apporté des espoirs, mais elles se sont enlisées dans les mégapoles ou ont été noyées dans la violence des révolutions successives. Le résultat est visible dans les images obsédantes de l’exposition ou dans les mots de Fabry :

Ces photographies, parfois grattées, incisées, éraflées, hantées par les déchirures d’un continent, dessinent l’anatomie d’un paysage accablé.

Dans ce contexte, 20 photographes ont été sélectionnés, dont beaucoup inconnus dans «l’Ouest» :

David Consuegra, Pablo Ortiz Monasterio, Luz Maria Bedoya, Fernell Franco, Facundo de Zuviría, Paz Errázuriz, Fernando La Rosa, Adriana Lestido, Miguel Ángel Rojas, Juan Travnik , Luc Chessex, Pablo López Luz, François Dolmetsch, Johanna Calle, Agustín Martín Castro, Paolo Gasparini, Óscar Pintor, Graciela Iturbide, Sergio Trujillo, Jaime Villaseca.

Un premier constat est la qualité générale & la diversité de tous les photographes dans l’exposition, et c’était vraiment un défi de faire une sélection à présenter ici.

Démarches artistiques

De David Consuegra (1939-2004) nous voyons des œuvres de la période 1960-63 comparables par exemple à un Aaron Siskind (1903-1991). À cette époque, Consuegra étudiait à l’Université de Yale, et il est certainement entré en contact avec l’expressionnisme abstrait et la photographie subjective.

Luz Maria Bedoya (1969) – dont certains se souviennent peut-être à la Biennale de Venise 2005 – regarde d’un immeuble à un autre au milieu de la nuit.. Ses images rappellent la série de Merry Alpern (1955) ou de Gail Albert Halaban (1970), mais montrent de nettes différences. Elle met l’accent sur l’anonymat et la solitude dans la métropole, et ses images deviennent presque un motif abstrait.

Pablo Lopez Luz (1979) recherche la mémoire et l’identité d’une communauté dans les pierres de la ville. Les couches successives du palais présidentiel, par exemple, relient toutes les phases de l’histoire, de la période précolombienne à nos jours.

Le point de départ de Johanna Calle (1965) sont des images trouvées qu’elle traite ensuite. Elles ressemblent à des œuvres d’art graphiques gratuites, mais rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Dans sa série Cordilleras and Alto Yavari, elle prend position contre la déforestation et l’impact de la politique sur notre écosystème.

Graciela Iturbide (1942) rejoint la tradition surréaliste. Une femme revient du marché avec des poulets sous les bras. Son passage fugace a quelque chose de menaçant et les éclaboussures sur le mur laissent peu à l’imagination sur l’issue de l’histoire.

Engagement social

Deux séries de Fernell Franco (1942-2006) sont présentées : la série Prostitutas, qui fit sensation en son temps, et la série Retratos de ciudad (Portraits de la ville). Ils ressemblent à des tirages à la gomme bichromatée contemporains qui capturent dans des impressions étranges le marchandage de la ville.

A première vue, l’œuvre de Paz Errazuriz (1944) rappelle «Les amies de Place Blanche» de Christer Strömholm (1918-2002). Le même thème, mais dans les années crépusculaires du régime de Pinochet au Chili. Ce contexte lui donne une dimension supplémentaire : qui devient aussi une histoire d’oppression, d’exclusion et de crimes impunis commis par l’armée.

Adriana Lestido (1955) mélange le personnel et le social. Son reportage sur les femmes incarcérées montre son attachement à leur cause, mais est aussi un hommage silencieux à son partenaire Guillermo ‘Willy’ Moralli, qui a été arrêté par les putschistes argentins en 1978 et a “disparu”. Ses images simples sont de puissants témoignages sur le sort des femmes & mères en confinement.

Les portraits d’enfants de Luc Chessex (1936) dans la série Ayer vi a un nino jugando (Hier j’ai vu un enfant jouer) ont été réalisés à Cuba dans la période 1962-1974. Les enfants jouent à des jeux de guerre comme partout ailleurs dans le monde, mais dans le contexte des révolutions successives en Amérique latine, ce jeu prend un aspect menaçant

L’exposition jette un regard sur l’histoire récente de l’Amérique latine, mais nous montre en même temps que nous avons très peu de connaissances sur la photographie de ce continent. L’histoire de la photographie est un domaine de connaissances récent qui est principalement basé sur des idées basées en Europe, aux États-Unis et au Japon. Même dans notre propre champ de vision, nous avons des angles morts, des développements, des mouvements, des personnes ou des aspects que nous n’avons pas encore découverts.

Une exposition comme L’Amérique Latine Eraflée brise cet «eurocentrisme». et nous montre qu’il faut aussi laisser la place aux photographes, historiens de la photo, conservateurs et collectionneurs d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et d’Océanie pour intégrer leurs découvertes dans la grande histoire.

Une exposition forte et louable !

 

Les expositions suivantes de la Fondation A Stichting ont déjà été publiées dans L’Oeil de la Photographie

https://loeildelaphotographie.com/en/nicholas-nixon-bb/

https://loeildelaphotographie.com/en/event/paolo-gasparini-latinopolis/

Informations Pratiques

Fondation A Fondation
Av.
Van Volxemlaan 304 b 1
1190– Bruxelles
tél: +32 (0) 2 502 38 78
info@fondationastichting.be

Mercredi au dimanche: 13h00 – 18h00 Fermé les lundis et mardis

Page Web de l’exposition

https://www.fondationastichting.be/en/exhibition/89-l-amerique-latine-eraflee

Le site trilingue de la Fondation

https://www.fondationastichting.be/

Le livre de l’expo est vivement recommandée:

Alexis Fabry & Astrid Ullens de Schooten Whettnall: L’Amerique Latine Eraflée (dans la Collection Astrid Ullens de Schooten Whettnall),

Bruxelles / Paris / Barcelone Editions Toluca / RM Verlag 2021

ISBN 13978-2-490161-09-6, 24 × 30 cm, 168 pages, Broché, français, néerlandais, anglais

Pour 40 € vous pouvez le chérir sur votre étagère !

 

johndevos.photo (ad) gmail.com

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