Say Their Names
« Say Their Names » documente les lieux, ou des lieux très proches de ceux où une personne transgenre a été assassinée. Ces images rendent hommage au danger omniprésent auquel est confrontée la communauté transgenre, où la peur de vivre pleinement son identité se traduit souvent par une menace concrète pour sa sécurité personnelle. Les statistiques indiquent qu’une personne transgenre sur quatre a subi une agression transphobe. Cette violence, souvent mortelle, touche de manière disproportionnée les femmes transgenres de couleur.
Lors de mes voyages à travers le pays pour photographier des couples et des familles transgenres dans le cadre de mon projet « Transcending Love », je cherchais à offrir une représentation positive d’une communauté qui a trop longtemps besoin de compassion, de respect et de reconnaissance de ses droits fondamentaux. Cependant, j’ai ressenti un besoin impérieux d’aller plus loin. J’ai compris la nécessité de présenter une vision globale qui prenne en compte la culture de violence dont est victime la communauté transgenre, alimentée par la peur et l’ignorance. Mes portraits de couples amoureux ne reflétaient qu’une infime partie de la réalité. En militant pour l’acceptation de cette communauté, je savais qu’il me faudrait montrer les aspects les plus sombres de leur réalité. Tragiquement, dans chaque ville que j’ai visitée, il y avait eu au moins un meurtre, celui d’une personne qui avait eu le courage de vivre sa vie honnêtement.
J’ai mené des recherches sur les lieux de ces violences mortelles. Utilisant autant d’informations que possible, glanées dans les médias et sur Internet, je me suis rendue sur les lieux approximatifs, voire exacts, des agressions. Dans un moment de recueillement pour les victimes, j’ai documenté chaque scène, prononçant solennellement leurs noms et implorant l’univers de créer un monde plus sûr pour mes frères et sœurs transgenres et non binaires.
Ces lieux sont photographiés en plein jour et, au premier abord, semblent être des vues anodines d’un quartier, d’un commerce, voire d’un lac paisible. Ces scènes sont désertes, vides, et ce vide amplifie la tragédie qui s’y est déroulée. L’histoire macabre de ces lieux reste largement méconnue, tout comme la communauté transgenre a été historiquement ignorée dans la lutte pour les droits humains, même par les organisations LGBTQ+.
La violence à l’encontre de cette communauté a connu une augmentation exponentielle depuis 2016, et ce, de multiples façons. Recenser précisément les meurtres de personnes transgenres est souvent complexe en raison de nombreux facteurs, notamment la mégenration de la victime. Leur identité transgenre est tout simplement niée.
Au cours de la seule année écoulée, la communauté transgenre a subi une vague incessante d’attaques odieuses à travers le pays, visant à saper les droits pour lesquels elle s’est battue. De l’interdiction faite aux jeunes transgenres de participer à des compétitions sportives au refus d’accès aux soins de santé, en passant par l’enrôlement forcé dans l’armée, et même jusqu’à exposer les parents d’enfants transgenres ou leurs médecins à des accusations de maltraitance infantile, cette communauté est littéralement agressée, parfois mortellement.
La violence n’est pas toujours visible. Collectivement, nous devons prendre conscience que le racisme, le sexisme, la misogynie, l’homophobie et la transphobie, conjugués, peuvent empêcher de nombreuses victimes d’accéder à l’emploi, au logement, aux soins de santé, à l’éducation et à d’autres besoins fondamentaux. C’est à cette intersection de préjugés que la communauté est en danger, et c’est là que le changement doit commencer.
Mon projet, « Transcender l’amour : Portraits de couples et de familles transgenres et non binaires », souligne l’importance de la visibilité, illustrant que la représentation au sein de notre culture est valorisante. Cependant, pour certains, cette valorisation est une arme à double tranchant : une visibilité accrue rend plus vulnérable aux agressions. « Dites leurs noms » nous rappelle brutalement cette sombre réalité. Des personnes perdent la vie simplement pour vivre en accord avec leur véritable identité.
B. Proud, 2025













