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Best of juillet – Arles 2017: « La vache et l’orchidée », photographie vernaculaire colombienne

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Collectionneur atypique, Timothy Prus est le commissaire de « The Archives of Modern Conflict » (AMC, archives des conflits modernes). C’est également à lui que l’on doit l’assemblage controversé « Nein, Onkel ! », avec ses soldats Nazi à la mine joviale qui se détendent, en marge de la guerre et de ses horreurs. « On peut sillonner le monde et découvrir des genres de photographie très liés à l’individu ou à la nature de l’endroit. On rencontre des gens, des amis d’amis, dans les cafés, les marchés, les petites boutiques, et quand on le demande, les photos commencent à émerger », explique-t-il.

À l’occasion des Rencontres d’Arles, il présente une collection de photographies vernaculaires colombiennes, « La vache et l’orchidée ». Ici encore, la curiosité et le hasard ont abouti à un portrait original de ce pays. Les images couvrent plus d’un siècle et demi, avec un large éventail de sujets, des découvertes dues à des expéditions botaniques d’antan à la vie quotidienne en passant par l’actualité. « Entre mer et océan, montagnes et jungles, la Colombie n’est pas unifiée au travers de sa géographie. En outre, certains lieux sont difficiles d’accès. C’est donc un bon endroit pour que la photographie s’épanouisse », explique-t-il. C’est là la raison instinctive qui motive son intérêt. Ensuite, il y a sa rencontre décisive avec Manuel Rodriguez. « Il avait un studio et travaillait depuis la fin des années 1930. Journaliste assidu, il avait pris les portraits de la plupart des présidents et des intellectuels. Sa façon de raconter Bogota était extraordinaire, pas seulement du point de vue des actualités mais aussi pour communiquer l’atmosphère de la ville au quotidien. Quand j’ai vu son travail, je me suis dit qu’il était exceptionnel, et qu’il ne pouvait pas être seul. C’est comme ça que m’est venue l’idée de partir en chasse pour dénicher des photos en Colombie. »

La collection de Timothy Prus fait écho à ce qu’il a vécu dans ce pays et la violence des conflits en est donc en grande partie absente, à l’exception de quelques évocations anecdotiques. « Il y a un groupe intéressant de photos prises par TX Tizenez, et nous avons découvert un film réalisé en Colombie en 1970 et financé par Hollywood. Il s’intitule « Les derniers aventuriers », et Charles Aznavour joue dedans. Le film raconte l’histoire d’un dictateur renversé. À un moment donné, on voit une foule de personnes en train de se battre. Mais si on regarde de plus près, beaucoup sont en train de rire. Avec 17 millions de dollars, ils n’ont pas trouvé mieux pour réaliser une scène de combats et de révolution » !

C’est un élément incongru qui donne son nom à l’exposition « La vache et l’orchidée ». « Les deux sont liés par tout un tas d’histoires assez drôles. J’ai entendu parler d’un collectionneur d’orchidées qui collectionnait également les vaches. Il a eu du mal à empêcher ses vaches de manger ses orchidées », raconte Timothy Prus en riant. « J’aime la résonnance entre ces deux images. Les gens peuvent vraiment en faire ce qu’ils souhaitent. C’est en quelque sorte un commentaire sur notre façon de penser la photographie », ajoute-t-il. L’exposition présente de quatre à cinq-cents photos en divers formats, organisées par thème. Tirages vintage et récents se mêlent les uns aux autres.

On y voit un grand nombre de clichés signés Henri Ernest Coppola, un français d’origine qui a eu une grande influence sur le développement de la photographie en Colombie. « Il est arrivé en Colombie au début des années 1870, 1880, pour monter un studio dans les Caraïbes, puis à Barranquilla et Bogota, précise Timothy Prus. Il a fait des choses qu’on n’avait encore jamais vues en Europe ». Le parcours intègre un groupe intéressant de portraits pris par des photographes de rue. Il en reste encore quelques-uns de nos jours, mais c’est au cours des années 1930 à 1980 qu’on en voyait le plus. Jusqu’en 1990, c’était le moyen traditionnel de se faire photographier en Colombie ».

Parmi ces clichés professionnels se trouvent des photos de famille ou autres prises par des amateurs. « Certaines font partie de mes préférées. Il y a du sport, des événements culturels, et même quelques-unes d’un festival hippie dans les environs de Medellin, vers 1970. Nous exposons également de nombreuses pochettes de disques, dont certaines sont vraiment drôles, car le sens de l’humour colombien ressort souvent dans la musique. » Pour nous plonger dans cette atmosphère, un jukebox affiche une sélection de vidéos musicales. Il est installé dans une pièce qui a été installée pour reproduire un bar local, dans lequel les visiteurs sont invités à s’asseoir pour prendre une bière. « C’est un lieu d’échange, où les gens bavardent et se donnent des nouvelles. Nous avons perdu cette mentalité en Europe », se désole Timothy Prus.

Pour ceux qui s’intéressent à d’autres projets de ce personnage prolifique : sachez que l’un de ses travaux récents, « The Luton Auguries », sera projeté au cours de la soirée « The Night of the Year ». La collection, teintée à la fois de fantastique de vie réelle, est également publiée par RVB Books. Elle est issue des archives des journaux de Luton et l’œil malicieux de Timothy Prus en a fait une œuvre surréaliste.

Laurence Cornet

Laurence Cornet est journaliste spécialisée en photographie. Commissaire indépendante, elle vit entre New York et Paris.

La vache et l’orchidée

Rencontres de la Photographie d’Arles 2017
3 juillet – 24 septembre 2017
Arles, France

www.rencontres-arles.com

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