Rechercher un article

Žilvinas Kropas

Preview

Code de surface

Žilvinas Kropas doit être considéré comme un créateur exceptionnel de photographie expérimentale. Il n’existe probablement aucune technique photographique que l’artiste ne souhaite explorer. Non seulement il expérimente avec le médium photographique, mais il développe également un langage artistique méthodique et unique. En combinant les techniques et en recherchant l’harmonie compositionnelle, Kropas crée un monde inédit. Dans son récit visuel, nous ne reconnaissons que partiellement les objets de notre réalité. Ils deviennent nouveaux, différents, incroyables, déformés – une facette cachée et différente de la réalité.

De plus, à travers ses expérimentations, Kropas nous montre que la photographie, qu’elle soit statique ou en mouvement, demeure un moyen privilégié de visualiser la réalité. Autrement dit, la photographie est une source d’inspiration qui détermine les stratégies de création et de diffusion de l’image.

En renouant avec l’utilisation de technologies plus anciennes, Žilvinas Kropas semble revisiter les progrès et les mutations de la création visuelle. À la suite de Frances Guerin, on peut noter que ce geste de révision développé par l’artiste est lié au domaine de la culture numérique, où les méthodes photographiques reconnues et amateurs ne sont plus distinguées. Cependant, il ne faut pas s’y tromper : la principale différence réside dans le contenu philosophique de l’œuvre, comme le souligne Guerin :

[…] la photographie a acquis une place centrale dans la vie quotidienne, ainsi que dans l’art, le monde universitaire et la communication. […] La photographie devient un moyen de construire du lien social entre ceux qui interagissent avec elle. […] Le sens ne dépend plus uniquement de l’intention du photographe ; […] la photographie favorise l’engagement citoyen. […] nous percevons encore la photographie comme un document ou une fenêtre sur le monde. […] Par la répétition des représentations ou la défamiliarisation de l’image, nous constatons l’absence de ceux qui n’ont ni voix ni image ; la photographie crée une autre facette de la réalité.

La dernière série d’œuvres de Žilvinas Kropas, créée en 2024-2025 et intitulée Paviršiaus kodas (Code de surface), est saisissante et mérite assurément qu’on s’y attarde. Cette série interroge les liens entre photographie et représentation graphique. Un corps circulaire est mis en avant comme élément central du récit visuel. Sur certaines photographies, il évoque clairement la Lune, tandis que sur d’autres, il apparaît comme une sphère volumineuse et indéfinie.

Sur les photographies, on distingue des marques, apparemment laissées par des réactions chimiques : fissures et processus chaotiques et incontrôlables qui se produisent lors de la collision de substances liquides. L’ensemble crée le charme alchimique de la photographie argentique.

Ici, la matérialité chimique transforme le corps sphérique en un élément d’un paysage onirique, créant l’impression d’un espace astronomique inexploré. De plus, l’impression d’une surface en décomposition chimique invite à réfléchir à l’impermanence des supports technologiques et des réactions atmosphériques ; elle incite également à réévaluer le problème de la perte de mémoire, la disparition progressive des archives dans l’oubli.

Les photographies corrodées, ou leurs imitations, inspirent la métaphore visuelle de l’histoire, que Rosalind E. Krauss qualifie de témoignage de la fragilité de la mémoire. Au lieu de préserver, l’archive devient un lieu de perte de mémoire. Ceci crée l’impression que le médium s’efface de lui-même. Ainsi, l’environnement créé par Kropas peut être perçu comme une esthétique optiquement inconsciente, où la fonction de représentation photographique est rejetée et où l’on retourne aux origines du médium (effets chimiques, lumineux, résultats inattendus, etc.). Commentant des images similaires, R. E. Krauss déclare :

La photographie est présentée ici comme une matière façonnée par la lumière, le temps et les accidents chimiques – non comme un moyen de représentation, mais comme le corps même du médium. […] La surface de la photographie révèle tout un spectre de rayures, de taches et de marques incontrôlables, comme si elle était le champ d’une réaction alchimique. […] Les formes créées par les réactions chimiques contraignent le spectateur à se perdre entre paysage et abstraction. […] Les couches chimiques non seulement recréent l’image, mais la recouvrent aussi de leurs propres marques, la rendant difficile à déchiffrer. L’acte de représentation est ici rejeté – seule la surface demeure, dont les marques parlent d’elles-mêmes. Dans ce cas précis, on peut affirmer sans hésiter que, dans l’œuvre de Kropas, la photographie n’est plus un simple outil. Elle devient un objet visuel, le signe d’une démarche interdisciplinaire, où des fragments de mémoire du monde scintillent comme des fantômes, où la réalité photographique ne représente plus, mais naît de la matière elle-même, telle une parenthèse onirique. La photographie de Kropas témoigne du lien entre visibilité et sa déformation.

La série photographique de Žilvinas Kropas, « Surface Code », se présente comme un espace intermédiaire. L’artiste nous offre la possibilité de nous approcher et de nous éloigner simultanément du reconnaissable ; autrement dit, il nous permet d’observer la transformation du réalisme.

Merci de vous connecter ou de créer un compte pour lire la suite et accéder aux autres photos.

Installer notre WebApp sur iPhone
Installer notre WebApp sur Android