En conclusion de ma précédente chronique je m’étais engagé à vous présenter les praticiens allemands qui dans les débuts du XXe siècle développèrent et illustrèrent la photographie de nus dans leur pays, un pays qui allait bientôt se retrouver pionnier du naturisme. Parmi les plus actifs, représentés dans beaucoup de publications, retenons des photographes comme Otto Schmidt [Ill. 2], Ernst Schneider [Ill. 3/4], E. Büchler [Ill. 5] qui, quoique parfois lourds ou naïfs, firent néanmoins preuve d’un véritable talent ; et bien sûr, de plus grande renommée, Wilhelm (Guglielmo) Plüschow [Ill. 6-8], italien d’adoption et Hermann von Jan [Ill. 9-14] (dont Philippe Lutz, grand connaisseur de son œuvre, vous l’a présentée à ma demande, il y a un peu plus de deux ans). Relevant de la génération suivante l’œuvre de nu publiée de Lotte Herrlich [Ill. 17-18] est abondante et appréciée à l’instar de celle d’Alice Bloch, créatrice d’une méthode de gymnastique naturelle, dont l’auteur des impressionnants clichés [Ill. 19-20] est resté malheureusement dans l’anonymat. Et les apparitions de postérieurs dans ces compilations n’étaient pas rares, et même souvent de très belle qualité en ce qui concerne composition, posture et lumière [Ill. 4, 7, 10, 14, 20]. A cet égard, et pour terminer, l’œuvre de Germaine Krull, de réputation internationale, grâce notamment à Calavas, l’éditeur parisien qui publia ses Études de nu [Ill. 21-22], initia ostensiblement un bouleversement indéniable de l’esthétique pratiquée depuis un quart de siècle.
En tout cas, les nombreuses et belles compilations allemandes de l’époque, ‒ dont on pourra récapituler la bibliographie à partir de mes légendes d’illustrations, souvent présentées sous forme de portfolios de planches ou d’ouvrages exclusivement illustrés, et toujours matériellement très soignés dans leur réalisation et leur qualité d’impression, parfois même assez luxueux (Klemm & Beckmann à Stuttgart, Singer à Berlin [Ill. 1], Schumann à Leipzig), faisant preuve d’une culture très attachée à la reproduction visuelle des corps au naturel, regorgent de très beaux culs, comme si l’absence de confrontation directe avec le regard de son modèle accordait à l’œil rivé derrière l’objectif une bien plus grande liberté et une concentration accrue
Dans l’intention de limiter le nombre de mes reproductions, je m’en tiendrai aujourd’hui à illustrer ces photographes et éditeurs allemands ; présentation que je compléterai dans quelques jours, ‒ avec un texte d’accompagnement réduit à l’essentiel, par une sélection des plus séduisants postérieurs, désirablement galbés, photographiés en Europe au cours des années d’après-guerre. Démarche destinée en partie à montrer que, dans la seconde moitié du siècle, avec Günter Rössler, Josef Breitenbach et Günter Blum, pratiquants plutôt fervents que demeurés du N&B, les allemands persistèrent incontestablement à figurer parmi les plus remarquables représentants de la photographie de nu. Mais, ce choix très personnel, qui n’a pas été effectué exclusivement parmi mes préférences (puisque si Lucien Clergue y occupe une place de choix, en revanche André de Diénès, John Everard et Fernand Michaud n’y figurent pas), a aussi pour objectif de (re)mettre en évidence les créations d’artistes rarement présents dans l’édition comme Martin Munkacsi et Nell Dorr, ainsi que de partager avec vous des découvertes qui m’ont séduit récemment (Atze, Fabrizio Ferri, Hervé Lewis…), intentionnellement choisies de manière à composer un florilège contemporain cosmopolite de la fesse. J’y reviendrai dans quelques jours.
Alain-René Hardy
L’ivre de nus
[email protected]














