Il y a peu de chances que les abonnés de l’Oeil de la Photographie connaissent le nom de Marcel Meys, photographe d’avant-guerre très spécialisé dans la photo de nus. Ce n’est pourtant pas tout à fait un inconnu, et si la notice que lui consacre Wikipédia, quoique instructive, s’avère regrettablement courte, quelques sites d’amateurs passionnés de photos comme La petite mélancolie(.net), DantéBéa(.com) et Un regard oblique(.com) font place à de nombreuses images de sa production, même si parfois les confusions avec son oncle entraînent des affirmations un peu ridicules ou lorsque la recherche est rendue compliquée par des index ordonnés par ordre alphabétique de prénoms ! Chacun de ces sites affiche un certain nombre de clichés identiques, provenant des mêmes sources internet ou imprimées, d’autant que, ‒ c’est de bonne guerre, les emprunts aux concurrents ne sont pas rares ; mais certains se distinguent par des reproductions originales, ainsi Danté Béa qui propose beaucoup d’autochromes (dont certains sont bien douteux quant à leur autochromie, nous justifierons cela plus loin). Des opérateurs de ventes publiques assez spécialisés (Ader, Marie St Germain, Le Mouel) exhument aussi parfois des originaux dont tous, loin de là, ne sont pas des photos de nus : paysages, natures mortes, scènes de genre….
Né en 1886, Marcel Meys entra dans la carrière photographique peu après ses vingt ans. Auparavant, comme son oncle, le jeune Meys avait entamé des études artistiques, mais c’est bien l’oncle, non le neveu, qui avait fréquenté les ateliers de Puvis de Chavannes et de Gustave Moreau. Néanmoins, la formation esthétique de Marcel Meys est absolument perceptible dans sa pratique photographique : choix des sites naturels, cadrages, profondeur de vision, vénusté des modèles et, encore, remarquable dans son usage de la couleur, un sens aigu de l’harmonie chromatique. Avant tout un œil artiste ; et c’est tant mieux qu’il se soit assez rapidement focalisé sur la photo de nus (… ou plutôt de nues), en tirages stéréoscopiques dans le courant des années 30, qui rendent le volume au point qu’on résiste difficilement à l’envie de toucher, de palper, de caresser. Pratiquement toutes ses publications ont été éditées en petites séries plus ou moins clandestines par des éditeurs d’éroticas.
La collection complète de ses publications ne dépasse pas à ma connaissance six titres (mais seulement 2 ou 3 sont connus des sites cités plus haut qui les reproduisent parfois in-extenso… ou presque) ; par ordre chronologique supputé, citons :
* Nus et paysages. Études artistiques. Éditions artistiques de Paris, s.d. (vers 1928-30). 44 photos en 32 pp. Cousu sous couv. à fenêtre. 24 x 16 cm. Imprimé en héliogravure [Ill. 1-5]
* Plein Air N° 1 [Mer]. 37 splendides photographies de nu par M. Meys. Les images de Paris n° 6. Éditions de Paris,, 1931. 32 pp. de photos N & B pl. page. 15 x 24 cm à l’ital., agrafé sous couv. ill. d’une photo de nu ; héliogravure impr. en gris-bleu [Ill. 6-10]
* Plein Air N° 2 [Montagne]. 35 photographies de nu par M. Meys. Les images de Paris n° 7. Éditions de Paris, 1931. 32 pp. de photos N & B pl. page. 24 x 15,5 cm. agrafé sous couv. ill. d’une photo de nu. Héliogravure impr. en alternance en sépia et brun, [Ill. 11-15]
* Plein Air N° 3 [La chanson de l’eau et de la forêt]. 36 photographies de nu par M. Meys.
Les images de Paris n° 8. Éditions de Paris, 1932. 32 pp. de photos N & B pl. page + couv. 15,5 x 24 cm à l’italienne. agrafé sous couv. ill. d’une photo de nu. Héliogravure impr. en sépia et bleu, en alternance chaque double page [Ill. 16-20 ]
* Nus académiques dans la nature; en relief par les anaglyphes. Ed. en anaglyphes, Paris s.d. (fin des années 30). 16 pp. R°/V° de nus en relief. 25 x 32 cm, agrafé sous couv. cartonnée avec jaquette repliée. Impr. en hélio. L’ouvrage est anonyme, mais la majorité des photos est de M. Meys, à l’exclusion des pl. 6-7 et 12-13 dont la paternité reste hypothétique [Ill. 21, 22].
* Nus Plein Air en relief par le procédé des anaglyphes. [Éd. en anaglyphes?], Paris, s.d. (fin des années 30). 6 pl. en relief toutes signées de M. Meys. 15,5 x 21 cm ; reliure hélicoïdale sous couv. cartonnée [Ill. 23].
Il n’est pas superflu enfin de relever que, comme de nombreux photographes auteurs exclusivement ou non de photos de nus, Marcel Meys a été sollicité par les meilleurs mensuels de charme de son époque (dans lesquels d’ailleurs on rencontre les signatures les plus prestigieuses telles celles de Brassaï, Kertèsz, Sougez, Ergy Landau, G. Krull…). Quelques-uns de ses nus en plein-air se remarquent d’ailleurs à feuilleter Paris Magazine ou Allo Paris de 1933-34 [Ill. 24-25].
(suite dans la prochaine chronique)
Alain-René Hardy
L’ivre de nus
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