Huis Marseille, Museum for Photography présente l’exposition Martine Gutierrez : Wunderkind.
L’artiste naît-il ou se fait-il ? L’identité d’une personne est-elle fixée dès la naissance, ou se découvre-t-elle plus tard ? Martine Gutierrez aborde ces questions dans une vaste exposition personnelle, Wunderkind, soulignant l’importance de la créativité et de l’expression — des qualités qui ont marqué son enfance et fait d’elle l’artiste de renommée internationale qu’elle est devenue.
L’identité est une performance
Artiste interdisciplinaire, Martine Gutierrez travaille avec la photographie, la vidéo, la musique et la performance. Par l’autoportrait et des tableaux cinématographiques, elle réimagine l’identité, non seulement comme matière, mais aussi comme méthode. À la 58ᵉ Biennale de Venise, elle a capté l’attention du monde de l’art avec une série d’autoportraits transformés dans lesquels son corps devient le foyer de la transformation et de la critique. « L’identité est une performance », dit-elle. « Avec un peu de pratique, on peut être presque n’importe quoi. »
L’enfance comme « seuil du moi »
Martine considère l’enfance comme le « seuil du moi », et l’art a toujours été son médium, dans une pratique délibérée et continue de réinvention personnelle. L’exposition Wunderkind reconstitue l’énigme qu’est Martine, à travers des œuvres inédites remontant à son enfance.
Martine Gutierrez est née en 1989, d’une mère américaine et d’un père guatémaltèque. Dès son plus jeune âge, elle a joué avec les attentes liées aux noms et aux apparences, ajoutant un « e » à son prénom Martín pour éviter les stéréotypes de genre. Dans ses toutes premières expériences, Martine utilisait déjà l’art pour affronter le défi central de l’enfance : déterminer qui l’on est et comment on veut être perçu. Son identité actuelle, multiple, en tant que femme transgenre de métissage culturel, et ses « doubles » dans les autoportraits, sont le prolongement de ces créations d’enfance, dans lesquelles réalité et mythe demeurent fluides et interchangeables. Wunderkind invite le spectateur dans le monde de Martine — dressant le portrait d’une vie en perpétuelle performance, et révélant les fondements d’une pratique artistique ancrée dans la construction et la déconstruction continues du moi.
Les jouets comme avatars
Dans Wunderkind, de nombreux jouets — certains transmis de génération en génération et conservés depuis l’enfance de Martine, d’autres créés par elle-même — continuent d’inspirer de nouveaux récits, à la fois personnels et collectifs. Pour des enfants idiosyncrasiques comme Martine, tenus de se conformer à des normes culturelles rigides, les jouets sont devenus des avatars. Ces collections originales puisent à la fois dans ses archives familiales et dans ses origines multiculturelles, mêlant autobiographie et art.
L’artiste et sa mère
Aujourd’hui, Martine va plus loin encore, s’inspirant des célébrités de la Renaissance auxquelles elle était comparée dans sa jeunesse. Se substituant à Léonard de Vinci, elle peint son propre portrait en célèbre Joconde, et dans Vitruvian woman, elle représente le corps masculin idéal sous les traits du sien. Dans sa réinterprétation contemporaine de La Création d’Adam de Michel-Ange, Martine prend la place d’Adam, tandis que la main tendue de sa mère se substitue à celle de Dieu, dans un dialogue intime entre l’artiste et sa créatrice.
En 2025, Martine a reçu une bourse Guggenheim pour son travail en cours sur Wunderkind. Cette nouvelle œuvre tant attendue est exposée pour la première fois à Huis Marseille cet été.
Martine Gutierrez : Wunderkind
27 juin – 18 octobre 2026
Huis Marseille, Museum for Photography
Keizersgracht 401
1016 EK Amsterdam, NL
www.huismarseille.nl














