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Le Questionnaire : Victor Ferreira par Carole Schmitz

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Victor Ferreira : L’œil du Légionnaire

Ancien adjudant-chef de la Légion étrangère, Victor Ferreira a troqué l’uniforme pour l’appareil photo, mais sans jamais quitter l’univers qui l’a façonné. Portugais d’origine, Français d’adoption, il a passé près d’un quart de siècle au cœur des opérations extérieures – du Tchad à la Bosnie, de la République centrafricaine à la Côte d’Ivoire – avant de choisir de raconter par l’image ce qu’il avait longtemps vécu dans sa chair. Son regard, d’une précision presque chirurgicale, porte moins sur le geste guerrier que sur l’empreinte humaine laissée par l’engagement. Là où d’autres photographes traqueraient l’exotisme ou le spectaculaire, Ferreira capte les silences, les stigmates, les tatouages, les visages traversés par l’attente et la mémoire. Ses séries consacrées aux légionnaires – La Légion dans la peau, Légionnaire, Ils ouvrent la voie – révèlent une fraternité souvent fantasmée, ici restituée dans toute sa densité charnelle et psychologique. Ce passage du combattant au témoin, du soldat à l’auteur visuel, confère à son œuvre une force singulière : elle conjugue l’œil du professionnel de terrain – habitué aux situations extrêmes – à la sensibilité de celui qui interroge ce qu’il a lui-même incarné. En photographiant les légionnaires, il ne fige pas des icônes mais révèle des existences, des failles, des identités en perpétuelle tension entre mythe et réalité. Ferreira inscrit ainsi la photographie militaire dans un espace hybride : ni pure documentation, ni simple hommage, mais un travail de mémoire et de dévoilement, où l’humain reprend ses droits sur l’uniforme. Son parcours atteste que la Légion ne se raconte pas seulement par les armes, mais aussi par l’art – un art où la loyauté, le sacrifice et la fragilité trouvent enfin leur juste lumière.

 

Site Web : www.victorferreira.fr\
Instagram : @victorferreira.fr

Actu : Participe à l’édition 2025 de Moderne Art Fair s’installe du 23 au 26 octobre 2025 place de la Concorde à Paris, avec l’exposition « La Légion dans la peau » au travers de laquelle Victor Ferreira explore les tatouages de ses frères d’armes. Signes d’appartenance ou prières gravées dans la chair, ses images capturent une mémoire corporelle intime et silencieuse. Réalisée sans mise en scène, la série témoigne d’un lien de confiance rare et révèle des histoires de loyauté, solitude et fierté. Le projet est né de sa rencontre avec Vincent Courcelle-Labrousse, avocat et écrivain, à l’origine du lien avec la foire.

 

Votre premier déclic photographique ?
Victor Ferreira : Lors de mon séjour à Djibouti en 1985, j’ai photographié une jeune africaine avec une bouteille d’Orangina à la main (j’ai gardé la photo)

L’homme ou la femme d’image qui vous inspire ?
Victor Ferreira : Robert Capa.

L’image que vous auriez aimé réaliser ?
Victor Ferreira : L’image du premier homme sur la lune.

Celle qui vous a le plus ému ?
Victor Ferreira : La petite fille au napalm.

Celle qui vous a mis en colère ?
Victor Ferreira : Les photos de Srebrenica.

Une image clé de votre panthéon personnel ?
Victor Ferreira : La photo que j’ai faite du démineur qui est entré au Bataclan le 13.11.2015.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Victor Ferreira : Je n’ai qu’une seule photo de mon enfance : un portrait d’écolier.

L’image qui vous obsède ?
Victor Ferreira : Une de mes photos de légionnaire tatoué avec l’inscription : « Comme toi j’ai souffert ».

Celle qui a changé le monde ?
Victor Ferreira : La photo de Che Guevara capturé dans sa cachette.

Celle qui a changé votre monde ?
Victor Ferreira : La photo d’un ours polaire amaigri à la dérive sur un débris d’iceberg.

Sans limite de budget, quelle serait l’œuvre que vous rêveriez d’acquérir ?
Victor Ferreira : La nuit étoilée de Van Gogh, mais elle doit rester au musée.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Victor Ferreira : La générosité.

Le secret de l’image parfaite, s’il existe ?
Victor Ferreira : Les choses ne valent que si elles sont partagées, donc il n’y a pas de secret ou alors prendre la photo au 125ème.

La personne que vous aimeriez photographier ?
Victor Ferreira : Un condamné tatoué dans les couloirs de la mort aux USA

Un livre de photos indispensable ?
Victor Ferreira : Celui de mes vacances au Mexique.

L’appareil photo de votre enfance ?
Victor Ferreira : C’est un instamatic Kodak que la mère m’a offert quand j’avais 16 ans et qui est toujours sur mon étagère de bureau.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Victor Ferreira : Un Canon 5D Mark4.

Votre drogue préférée ?
Victor Ferreira : L’empathie.

Le meilleur moyen de déconnecter pour vous ?
Victor Ferreira : Pédaler.

Quelle est votre relation avec l’image ?
Victor Ferreira : Mettre en perspective plutôt que juxtaposer.

Votre plus grande qualité ?
Victor Ferreira : La persistance.

Votre dernière folie ?
Victor Ferreira : Mon chien Aston.

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Victor Ferreira : Des arbres.

Le travail que vous n’auriez pas aimé faire ?
Victor Ferreira : Banquier.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Victor Ferreira : Photographier des tirs de mortier sur le Mont Igman en 1995 et plus récemment photographier des démineurs en action au Mali.

La photographie a-t-elle le pouvoir de changer la perception collective d’un événement ou d’une époque ?
Victor Ferreira : Évidemment, l’angle de vue choisi peut modifier jusqu’à la vérité même d’un événement.

Comment percevez-vous l’influence des réseaux sociaux sur la manière dont les photographies sont créées et perçues aujourd’hui ?
Victor Ferreira : Est-ce encore de la photographie ? Tout le monde peut se prétendre photographe ou journaliste, c’est une approche différente qui peut provoquer de la désinformation et pour laquelle il faut absolument adopter un regard critique.

Un compte Instagram à suivre absolument ?
Victor Ferreira : Jamais un seul, il faut croiser les regards à partir de comptes d’actualités.

Quelle est la dernière chose que vous ayez faite pour la première fois ?
Victor Ferreira : Faire des photos depuis le toit des Invalides il y a une semaine.

C’est quoi, une photo réussie ?
Victor Ferreira : Une photo qui décale le regard.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Victor Ferreira : Le témoignage qu’elle imprime.

Quelles différences entre photographie et photographie d’art ?
Victor Ferreira : La validation par le temps qui passe.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Victor Ferreira : Goa en Inde.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Victor Ferreira : Ma bergerie dans les Pyrénées.

Votre plus grand regret ?
Victor Ferreira : Aucun.

Couleur ou N&B ?
Victor Ferreira : Couleur puisque ma vie est en couleur.

Lumière du jour ou lumière artificielle ?
Victor Ferreira : Lumière du jour.

Quelle est, selon vous, la ville la plus photogénique ?
Victor Ferreira : Londres.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
Victor Ferreira : Si Dieu existait, je choisirais de faire son portrait.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Victor Ferreira : Je n’ai besoin de personne pour organiser mes repas de famille.

L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Victor Ferreira : Les photos des tranchées en Ukraine.

Si vous deviez tout recommencer ?
Victor Ferreira : Je referais la même chose.

Le mot de la fin ?
Victor Ferreira : Encore !

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