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Le Questionnaire : Steve Korn par Carole Schmitz

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Steve Korn : Photographies en accords majeurs

Photographe transdisciplinaire Steve Korn repousse les frontières entre les arts visuels et la musique. Ancien batteur de jazz, il a gardé de la scène le goût du tempo parfait, l’instinct de l’improvisation et cette conscience aiguë du moment où tout bascule — celui où la note juste ou l’éclair de lumière donne toute sa force à l’ensemble. Aujourd’hui, il transpose cette sensibilité musicale derrière son objectif, orchestrant chaque image comme une composition. Les lignes deviennent des portées, les couleurs des accords, l’ombre et la lumière improvisent un dialogue intense.

Il évolue avec aisance dans des univers multiples : mode, publicité, sport, éditorial, fine art… Autant de terrains où il conjugue exigence technique, innovation et sens du récit. Pour lui, la photographie ne se limite pas à figer un instant : elle doit transmettre une énergie, révéler une présence, raconter une histoire. Inspiré par la rigueur d’Ansel Adams et la poésie narrative d’Andrew Wyeth, Steve Korn construit des images qui frappent par leur précision formelle autant que par leur charge émotionnelle.

Sa force réside dans cette capacité à voir au-delà de l’évidence : capter la tension d’un geste, la pulsation d’une atmosphère, la lumière fugace qui transforme un regard. Qu’il travaille pour une campagne publicitaire, une série de mode ou un projet artistique personnel, il insuffle toujours à ses images une vitalité presque musicale — vibrante, expressive, vivante. Avec Steve Korn, chaque image devient un morceau à écouter avec les yeux, une histoire qui résonne longtemps après l’avoir vue.

 

Website : www.stevekornphoto.com
Instagram : @steve_korn

News : Workshop « Portrait » en collaboration avec David Shoukry à Londres le 7 septembre prochain. Pour plus d’infos DM sur Instagram @steve_korn

 

Votre premier déclic photographique ?
Steve Korn : J’ai grandi dans une famille d’amateurs de photographie, de peinture et de dessin, ce qui m’a permis de voir et d’apprécier l’art dès mon plus jeune âge.

Lhomme ou la femme dimage qui vous a inspiré ?
Steve Korn : J’ai été inspiré par de nombreux grands photographes, notamment Irving Penn, Richard Avedon, Herb Ritts, Horst P. Horst, Albert Watson, Annie Leibovitz et bien d’autres encore. Je pense que le fait d’avoir grandi en étudiant, puis en travaillant comme musicien professionnel, a eu tout autant d’impact sur mon développement. Des compositeurs comme Béla Bartók, Igor Stravinsky, Steve Reich et bien d’autres ont contribué à façonner l’esthétique qui guide ma vision.

Limage que vous auriez aimé prendre ?
Steve Korn : Je ne peux pas dire que j’aie jamais souhaité avoir pris l’image de quelqu’un d’autre. J’essaie vraiment de me concentrer sur la création de ce que je veux voir dans une image, et ce processus est tellement intimement lié à qui je suis que je n’ai jamais essayé de faire autrement. Je suis bien sûr inspiré par le travail des autres, que j’apprécie beaucoup, mais je suis toujours avant tout intéressé par ce que crée la rencontre entre ma créativité, celle de mon sujet, et tous les autres facteurs qui interviennent à un moment donné.

Celle qui vous a le plus ému ?
Steve Korn : Une image qui me revient toujours en tête comme point de référence est celle du photographe Roy DeCarava, prise pour la pochette de l’album Porgy and Bess de Miles Davis. J’aime la douceur de ce moment, la sensation qu’il s’agit d’un geste entre deux instants, imprévu et intime. J’aime l’histoire que cette image crée dans mon esprit : Frances tentant d’attirer l’attention de Miles. Je suis de plus en plus attiré par la douceur technique de cette photo, et j’utilise de plus en plus le flou de mouvement pour apporter à mon travail des éléments à la fois cinétiques et éphémères.

© Roy DeCarava

 

Et celle qui vous a mis en colère ?
Steve Korn : Les seules images qui me mettent en colère sont celles qui paraissent paresseuses ou sans inspiration, surtout quand ce sont les miennes… Mais je comprends aussi que tout fait partie d’un processus et qu’il nous arrive de produire des images qui ne résonnent pas avec soi. Il faut les accepter, car elles nous poussent souvent à explorer et à comprendre dans quelle direction aller ensuite.

La photo qui a changé le monde ?
Steve Korn : Je ne pense pas que toutes les photos portent un objectif aussi ambitieux, mais il est clair que le reportage nous permet de voir des choses qui se passent ailleurs dans le monde, que nous ne ressentirions pas aussi profondément en ne faisant que les lire. Les photos de zones de guerre, des attentats du World Trade Center, des crises humanitaires… toutes montrent l’effet humain direct d’un événement, et par l’humanisation, elles amènent à une personnalisation.

Et celle qui a changé votre monde ?
Steve Korn : Ce n’est pas une photo mais un tableau : Christinas World d’Andrew Wyeth. La dynamique de cette peinture a guidé une grande partie de mon esthétique. Ce moment semble se situer entre deux événements, peut-être un bruit soudain juste avant, cette tension dans le corps de Christina et l’action qui va suivre. Quand j’étais enfant et que je l’ai vu, je ne savais pas que Christina était paraplégique. J’ai imaginé qu’elle avait entendu un coup de feu dans la maison, qu’elle avait été surprise et que, l’instant suivant, elle s’était levée et avait couru. Même si je me trompais sur l’histoire, cela m’a rendu curieux quant à la manière dont une seule image peut raconter une histoire, comment je pouvais imaginer trois moments dans une seule image. Cela a clairement influencé ma photographie de danse : je veux toujours que l’image donne l’impression de traverser un moment, et non d’être figée. C’est également vrai pour mes portraits, mais à un niveau plus subtil.

Ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Steve Korn : Ce qui me plaît le plus, ce sont les choses intuitives. Celles qui résonnent en vous, que vous ne pourriez identifier que si l’on vous demandait de réfléchir et d’expliquer vos sentiments. Cette sensation de voir une image une fraction de seconde et de se dire : « Waouh. » Pour moi, c’est souvent de belles lignes, une géométrie, une palette de couleurs, une expression, et la façon dont tous ces éléments interagissent et s’équilibrent dans le cadre.

La dernière photo que vous avez prise ?
Steve Korn : Mes dernières images sont de la danseuse Shannon Adams.

© Steve Korn

 

Une image clé dans votre panthéon personnel ?
Steve Korn : Je ne sais pas si j’en ai une. J’ai tendance à créer, à aimer une image, puis à passer à autre chose et à m’en détacher. Je pense que le véritable travail est en moi, et que les photos ne sont que les révélations de l’endroit où je me trouve à un moment donné.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Steve Korn : Mes grands-parents m’ont offert un très vieil appareil Ansco 120 quand j’avais 8 ou 9 ans. Je me souviens avoir pris des photos de la façade de ma maison et, malgré le fait qu’on m’avait dit qu’il fallait avancer le film manuellement entre chaque prise, j’oubliais… ce qui a donné des doubles expositions qui m’ont vraiment intrigué.

Selon vous, quelle est la qualité indispensable pour être un bon photographe ?
Steve Korn : La curiosité.

Quest-ce qui fait une bonne photo ?
Steve Korn : Qu’elle résonne d’une manière ou d’une autre avec quelqu’un. Elle ne doit pas plaire à tout le monde, mais si elle laisse tout le monde indifférent… c’est la mort.

La personne que vous aimeriez photographier ?
Steve Korn : Il y a beaucoup de personnes que j’aimerais photographier, et cette liste change probablement tout le temps. La plupart du temps, je suis heureux d’avoir qui que ce soit devant mon objectif. Je trouve le processus de travail avec un sujet fascinant et j’adore chercher le meilleur que je peux créer avec lui. Côté célébrité : peut-être Benicio del Toro. J’aime le voir jouer et je suis intrigué par ce qui se passe derrière ses yeux à tout moment.

Un livre photo indispensable ?
Steve Korn : J’aime les livres Sharp et Blunt de Nigel Parry. De magnifiques portraits, de grands tirages, superbement reproduits. Le travail de Nigel est incroyablement créatif dans sa simplicité.

Lappareil photo de votre enfance ?
Steve Korn : À part l’Ansco, mon premier appareil était un petit Kodak 110.

Celui que vous utilisez aujourdhui ?
Steve Korn : J’utilise des appareils Canon pour la plupart de mes travaux depuis vingt ans.

Comment choisissez-vous vos projets ?
Steve Korn : Tout ce qui m’enthousiasme et m’inspire.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
Steve Korn : J’aime laisser les idées infuser dans mon subconscient. J’écris une idée, je cherche des informations ou des matériaux inspirants, je réfléchis un peu à l’exécution, puis je la laisse reposer. Cette pause permet à mon esprit de ruminer et de voir apparaître d’autres éléments qui enrichissent le concept. J’accorde de l’importance à la lenteur pour le travail personnel.

Un projet à venir qui vous tient à cœur ?
Steve Korn : J’ai hâte de photographier dans l’un des lieux du film Blow-Up de Michelangelo Antonioni (1966). C’est un de mes films préférés et je serai à Londres le mois prochain, et j’ai trouvé un modèle avec qui travailler.

Votre drogue favorite ?
Steve Korn : L’amour.

La meilleure façon pour vous de déconnecter ?
Steve Korn : Passer du temps avec mes amis et ma famille. Jouer de la musique. J’ai un hobby : fabriquer des portefeuilles en cuir. J’aime aussi regarder des films et des séries, et je ne dis pas non à un bon jeu vidéo.

Votre rapport à limage ?
Steve Korn : C’est le reflet de mon esprit et la réaction à mon interaction avec mon sujet.

Par qui aimeriez-vous être photographié ?
Steve Korn : Je n’aime pas être photographié. Autant je suis concentré sur le fait de mettre les gens à l’aise devant mon objectif, autant je me sens extrêmement mal à l’aise lorsque c’est moi qui suis devant la caméra.

Votre dernière folie ?
Steve Korn : Je vis assez simplement. Je ne vois pas vraiment…

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Steve Korn : En tant qu’Américain, je trouverais formidable d’y voir les visages de ceux que l’Histoire a tenté d’effacer, et de reconnaître leur contribution à la société.

Le métier que vous nauriez pas aimé faire ?
Steve Korn : Photographier Donald Trump.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Steve Korn : Je ne suis pas un fou de matériel. J’utilise et j’apprécie un bon équipement, mais je n’en fais pas une obsession. Une extravagance que j’aimerais : aller dans des villages reculés pour photographier leurs habitants. Cercle arctique, îles isolées… L’idée de l’auto-isolement me fascine, surtout après la pandémie. Ceux qui choisissent de vivre isolés m’intéressent, mais je crains qu’ils soient aussi ceux qui veulent le moins être photographiés !

La question qui vous déstabilise ?
Steve Korn : Je n’en vois pas.

La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
Steve Korn : Saut en parachute.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Steve Korn : Les Inuits d’Alaska.

Lendroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Steve Korn : Je suis heureux là où je suis, et je ne me souviens pas m’être lassé d’un lieu. J’adore ma ville, Seattle : elle est belle et intéressante, et après 31 ans, j’y découvre encore de nouvelles choses.

Votre plus grand regret ?
Steve Korn : Chaque fois que j’ai laissé la peur m’empêcher d’agir.

En matière de réseaux sociaux, êtes-vous plutôt Instagram, Facebook, TikTok ou Snapchat ? Et pourquoi ?
Steve Korn : Instagram. J’aime organiser mon flux et découvrir le travail de mes pairs.

Couleur ou N&B ?
Steve Korn : Les deux, sans préférence.Lumière naturelle ou artificielle ?
Steve Korn : Là aussi, les deux. En fait, tant que la lumière fonctionne, ça me va.

Quelle ville est selon vous la plus photogénique ?
Steve Korn : J’aime le défi lancé par Annie Leibovitz : essayer de réaliser une grande photo où que l’on soit. Je pense que si l’on est créatif et ouvert, n’importe quel endroit peut offrir quelque chose de spécial.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous ou opteriez-vous pour un selfie ?
Steve Korn : Entre ces deux options, je lui demanderais de poser pour moi.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Steve Korn : Nadav Kander, Barack Obama, Annie Leibovitz, Dan Winters, Bill Burr et James Baldwin — et il serait toujours vivant.

Limage qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Steve Korn : Question compliquée… La première chose qui me vient à l’esprit est un tableau de Jackson Pollock.

Selon vous, quest-ce qui manque au monde actuel ?
Steve Korn : L’empathie, et la compréhension que nous sommes tous dans le même bateau. Les pays, la richesse, la politique, la religion et le pouvoir sont tous des constructions humaines qui divisent l’humanité et nous empêchent de résoudre des problèmes existentiels.

Si vous deviez tout recommencer ?
Steve Korn : Je ne sais pas par où je commencerais.

Ce que vous aimeriez que lon dise de vous ?
Steve Korn : Steve était gentil et drôle, et j’ai eu l’impression qu’il se souciait de moi.

Une chose quil faut absolument savoir sur vous ?
Steve Korn : Je ne suis pas différent des autres. J’essaie juste de faire ma part, et j’espère apporter plus de bien que de mal dans le monde.

Un dernier mot ?
Steve Korn : Rien de vraiment important n’est facile. Nous sommes tous des êtres extrêmement complexes dans un monde extrêmement complexe. Personne ne sait vraiment ce qui se passe ni ce qui arrivera. Alors essayons simplement de faire de notre mieux, et d’apprécier et d’accepter les parties imparfaites de nous-mêmes et des autres. Nous essayons tous simplement de nous entendre.

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