Richard Tronson, ou la photographie comme terrain d’étrangeté maîtrisée.
À contre-courant des esthétiques lisses et convenues, Richard Tronson interroge la photographie dans ce qu’elle a de plus trouble, de plus mouvant. Chez lui, l’image n’est jamais figée, jamais simplement décorative : elle vacille, elle résiste, elle dérange parfois — et c’est précisément là qu’elle devient intéressante. Le photographe ne cherche ni la beauté immédiate ni la perfection technique ; il traque plutôt cette faille minuscule par laquelle le réel se défait, se transforme, se transcende. Une ombre étrange, un regard déplacé, un silence palpable : ses photos portent toujours en elles un léger vertige. Sa pratique photographique repose sur une tension féconde entre spontanéité et construction, entre hasard et pensée. Il crée des images qui ne donnent pas à voir, mais à penser. Il ne photographie pas pour expliquer, mais pour soulever des questions, susciter des sensations, installer une distance. Influencé par les grands noms de l’expérimentation visuelle — Man Ray, August Sander, les symbolistes — il affirme une approche à la fois intellectuelle et profondément instinctive. Son univers, traversé de références artistiques et littéraires, reste pourtant farouchement personnel. Il ne cherche pas à séduire, mais à instaurer un dialogue – parfois inconfortable – avec le spectateur. Photographe du doute, de la curiosité, de la remise en question, Richard Tronson se joue des codes, détourne les attentes, et prend le risque de l’étrangeté comme d’autres prennent celui de la beauté. Son œuvre est le reflet d’un regard libre, exigeant, et pleinement vivant.
Website : richardtronson.com / Instagram : @richard_tronson
Actuellement :
« PRESENCES » – Solo Show until May 10, 2025.
Galerie 20 THORIGNY, 20, rue de Thorigny Paris 3e
@galerie20thorigny
Votre premier déclic photographique ?
Richard Tronson : Assez tard, lors de mariage d’amis. On m’avait demander de faire quelques photos pour immortaliser ce moment unique. J’ai créé des images mais complètement en décalage avec ce qui m avait été demandé de faire.
L’homme ou la femme d’image qui vous inspire ?
Richard Tronson : Celui ou celle qui me surprend par sa présence lorsque je mets mon oeil dans l’objectif.
L’image que vous auriez aimer réaliser ?
Richard Tronson : N’importe quelle photo de Man Ray.
Celle qui vous a le plus ému ?
Richard Tronson : Les photos très anciennes des albums de famille.
Celle qui vous a mis en colère ?
Richard Tronson : les photos fake.
Une image clé de mon panthéon personnel ?
Richard Tronson : Rétroprojection 1.
Un souvenir photographique de votre enfance ?
Richard Tronson : Moi enfant en Istrie en famille devant la vieille 404.
L’image qui vous obsède ?
Richard Tronson : Les portraits du photographe Auguste Sander
Sans limite de budget quelle oeuvre ?
Richard Tronson : Un Vermeer.
Quelle est la qualité necessaire pour etre un bon photographe ?
Richard Tronson : La connaissance des univers des photographes précédents.
Le secret de l image parfaite ?
Richard Tronson : Son caractère insaisissable.
La personne que j aimerai photographier ?
Richard Tronson : Celle qui m émeut quand je la découvre à travers mon objectif.
Un livre indispensable ?
Richard Tronson : Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke.
L’appareil photo de votre enfance ?
Richard Tronson : Pentax 6×7 Asahi.
Celui d’aujourd’hui ?
Richard Tronson : Le même.
Votre drogue préférée ?
Richard Tronson : La curiosité.
Le meilleur moyen de déconnecter ?
Richard Tronson : Le sommeil.
Votre relation personnelle à l’image ?
Richard Tronson : Très compliquée.
Votre plus grande qualité ?
Richard Tronson : Le doute.
Votre derniere folie ?
Richard Tronson : M’être remis au vélo.
Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Richard Tronson : La photo d’une forêt.
Le job que vous n’auriez pas aimé faire ?
Richard Tronson : Critique d’art.
Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Richard Tronson : avoir travaillé nu au musée de l école de médecine toute la séance photo, parce que mes modèles l étaient puis m’avaient demandé de l être aussi.
Quelle photo a changé le monde ?
Richard Tronson : Les toutes premières photographies.
La derniere chose que vous avez faite pour la première fois
Richard Tronson : Ranger mon atelier.
Qu’est ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Richard Tronson : La surprise, et dans mes images, le sentiment d’étrangeté que je provoque chez le spectateur.
Quelle est pour vous la différence entre photographie et photographie d’art ?
Richard Tronson : Le prix.
L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Richard Tronson : La mer Méditerranée.
Votre plus grand regret ?
Richard Tronson : Ne pas avoir plusieurs vies pour aller encore plus loin.
Quel est le réseau social sur lequel vous êtes le plus actif ?
Richard Tronson : Instagram, car très pratique.
Couleur ou noir et blanc:
Richard Tronson : Couleur.
Lumiere du jour ou lumière studio ?
Richard Tronson : Naturelle ou artificielle selon le cas.
La ville la plus photogénique selon vous ?
Richard Tronson : Celle que l’on aime.
Si Dieu existait, lui demanderiez vous de poser pour vous ou de prendre un selfie avec vous ?
Richard Tronson : Je lui demanderai de poser pour moi. Mais pas dans le drame, comme son fils à la fin de sa vie.
Si je pouvais organiser votre diner idéal, qui serait autour de la table ?
Richard Tronson : Avec Odilon Redon et les représentants du courant symboliste du 19ème siècle.
L’image qui représente pour vous l’état actuel du monde ?
Richard Tronson : Le selfie.
Que manque-t-il au monde d’aujourd’hui ?
Richard Tronson : La mesure.
Si vous deviez tout recommencer ?
Richard Tronson : Ne pas perdre de temps avec choses qui ne sont pas essentielles.
Le mot de la fin ?
Richard Tronson : « Il n’y a pas de fin. Il n’y a pas de début. Il n’y a que la passion infinie de la vie ». (F. Fellini)














