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Le Questionnaire : Payram par Carole Schmitz

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Payram : Porter le poids de l’image

Payram ne photographie pas pour produire des images, mais pour en assumer le poids. Son travail s’inscrit à distance de l’instantané, du commentaire et de la séduction visuelle. Il procède d’une nécessité intérieure, forgée par l’exil, par l’histoire et par une conscience aiguë de ce que regarder veut dire. Chez lui, la photographie n’est jamais décorative : elle est une prise de position silencieuse. Le choix du noir et blanc relève d’un engagement plus que d’un style. Le grand format impose un temps long, une frontalité, une responsabilité. Il travaille la matière de l’image comme on travaille une mémoire fragile : avec lenteur, précision et retenue. Ce qui l’intéresse n’est pas le sujet spectaculaire, mais ce qui persiste — une présence floue, une trace, une tension morale inscrite dans le tirage lui- même. De l’intime au politique, aucune hiérarchie ne s’impose. Un portrait de femme enceinte, une image de famine, un territoire ravagé par la guerre relèvent d’un même geste : regarder sans détour, sans pathos, sans mise en scène. La maîtrise technique n’y est jamais une démonstration de savoir-faire, mais la condition nécessaire pour laisser émerger l’émotion — une émotion contenue, presque austère, qui ne cherche ni l’adhésion ni le choc.

Payram ne choisit pas ses projets : ils s’imposent à lui comme des urgences. Photographier devient alors un acte de fidélité — à ceux qui ne sont plus là, à ceux que l’histoire efface, à une idée exigeante de la justice. Le silence, omniprésent dans ses images, n’est pas une absence de discours mais une forme de résistance au vacarme du monde.

Ce questionnaire revient sur les images fondatrices, les manques irréversibles, les choix radicaux et les doutes qui traversent son travail. Il dessine le portrait d’un photographe pour qui chaque image engage non seulement un regard, mais une responsabilité éthique.

 

Représenté par la Galerie Maubert 20 rue Saint Gilles Paris 3e – https://www.galeriemaubert.com/

 

Votre premier déclic photographique ?
Payram : Mon frère ainé, qui était passionné de chimie.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Payram : Traîner devant les cinémas à Téhéran, à regarder dans les vitrines les photos extraites des films.

L’appareil photo de votre enfance ?
Payram : Lubitel 2, un appareil 6×6.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Payram : Philips & Son, un appareil format 20×25 cm, des années 1960.

Celle qui vous a le plus ému ?
Payram
: La photo de l’Homme de Tian’anmen.

Et celle qui vous a mis en colère ?
Payram : Les images de famine des enfants à Gaza.

Une image clé de votre panthéon personnel ?
Payram : Un portrait de mon épouse Fati, floue et enceinte.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Payram : La matérialité du tirage.

Elliott Erwitt disait : « La couleur est descriptive. Le noir et blanc est interprétatif. » Êtes-vous d’accord ?
Payram : Je préfère cette affirmation de Walker Evans, qui dit « La photo couleur traite les sujets banals, le noir et blanc traite le sujet noble ».

Selon vous, la technique peut-elle parfois primer sur l’émotion en photographie ?
Payram : La maîtrise de la technique nous emmène vers l’émotion.

Quels éléments peuvent rendre le silence visible dans une photographie ?
Payram : Par définition, le silence accompagne les photos.

Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Payram : Avoir un regard frais.

Comment choisissez-vous vos projets ?
Payram : Ce sont mes projets qui me choisissent.

Un projet à venir qui vous tient particulièrement à cœur ?
Payram : Retour en Syrie : un projet photographique pour voir le désastre après une décennie de guerre.

La personne que vous aimeriez photographier ?
Payram : Orson Welles.

Celle par qui vous aimeriez être photographié(e) ?
Payram : Richard Avedon.

Un livre de photographie indispensable ?
Payram : Photographie américaine de Walker Evans.

Quelle est la dernière photo que vous avez prise ?
Payram : Quelques photos de mon fils lors d’un de ses concerts.

Couleur ou noir et blanc ?
Payram : Noir et blanc.

Lumière naturelle ou lumière artificielle ?
Payram : Les deux.

Quelle ville vous paraît la plus photogénique ?
Payram : Boukhara en Ouzbékistan.

La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Payram : Le Japon.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Payram : Mon jardin.

Selon vous, qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
Payram : La justice.

Votre meilleure façon de déconnecter ?
Payram : La lecture.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
Payram : Chauffeur de taxi.

Quelle question vous déroute le plus ?
Payram : Toutes celles de votre interview auxquelles je n’ai pas répondu.

Votre plus grand regret ?
Payram : De ne pas avoir photographié le bazar de Téhéran à mes quinze ans.

Si je pouvais organiser votre dîner idéal, qui serait à table ?
Payram : Mon père.

La seule chose que l’on doit absolument savoir sur vous ?
Payram : L’exil.

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