Asylum
Ma série « Asylum » m’a permis de trouver refuge en cette période difficile marquée par la pandémie de Covid-19. Chaque image a nécessité une planification minutieuse, un souci du détail et de nombreux jours, voire des semaines, de travail. Historiquement, l’essentiel de mon œuvre relève du documentaire, un genre où, pour des raisons éthiques, le post-traitement est très limité. « Asylum » m’a toutefois permis de m’aventurer à l’autre extrémité du spectre photographique, où j’ai pu me laisser aller à toutes sortes d’expérimentations, notamment en matière de composition, de clonage et de fusion d’images. Il n’y avait aucune limite à ce que je pouvais ou ne pouvais pas faire, si ce n’est celle de mon imagination.
Je souhaitais créer une série qui remette en question la photographie traditionnelle, où chaque image pourrait être confondue avec une peinture ou un dessin plutôt qu’avec une photographie. Je voulais également créer une série jouant de manière abstraite sur des expressions ou des adages connus.
Grâce à l’utilisation de textures, de modes de fusion et d’autres outils de Photoshop, j’ai pu créer un récit paysager quelque peu différent de la norme. Bon nombre de ces images ont été prises aux quatre coins du monde lors de mes voyages dans de nombreux pays. Certaines images sont restées en sommeil sur mes disques durs pendant plusieurs années avant de trouver enfin une nouvelle vie dans cette série.
Certaines images sont composées de plus de vingt photographies différentes, et il n’était pas rare de passer de longues heures à travailler sur des images qui ne verraient jamais le jour. Elles ne fonctionnaient tout simplement pas, malgré mon optimisme et ma ténacité initiaux. J’avais une vision de l’image finale, mais y parvenir n’était pas toujours facile.
Cette série m’a vraiment aidé à « profiter de la vie ». Je me suis mis à m’intéresser de très près à mon environnement, toujours à la recherche de ce que j’appelais des « atouts » : des éléments que je pouvais intégrer à chaque cliché, comme une rangée de boîtes aux lettres, un arbre ou une vieille maison intéressante. Pourrais-je utiliser cette fleur sur mon arbre, ou en quoi ce papillon de mon jardin enrichirait-il ma photo ? Je pense qu’il y a quelque chose de vraiment salutaire dans ce raisonnement. Si je ne parviens pas à trouver les images dont j’ai besoin, je les construis. Par exemple, dans l’image « Multi-tasking », j’ai créé des maquettes de cerfs-volants en plein vol.
En plus de rechercher des « atouts », j’ai pris davantage conscience de mon environnement, notamment en ce qui concerne les textures telles que le plâtre ou les troncs d’arbres. Les textures font partie intégrante de chaque image, car elles contribuent réellement à créer un effet pictural.
J’ai toujours veillé à ce que cette série reste intemporelle. Comme j’ai utilisé de vieux bâtiments, des machines et des environnements anciens, il était difficile pour le spectateur de situer l’œuvre dans le temps, car chacune d’entre elles est intemporelle. De plus, j’ai rarement inclus de personnages, car je voulais que l’environnement soit au centre de l’attention.
Je dois avouer que j’ai pris beaucoup de plaisir à créer cette série et, même si j’ai parfois rencontré des difficultés et des obstacles, il est essentiel de ne jamais perdre de vue ce qui compte vraiment : prendre du plaisir à créer son art, à donner vie à sa vision. Il faut toujours que ce soit un moment de pur bonheur. Le jour où je me sentirai frustré ou en colère face à la photographie sera le jour où je devrai envisager d’y renoncer.














