Les confins
Les légendes sont des récits structurant qui transmettent les croyances, tentent d’expliquer ce qui n’est pas palpable, sont le terreau de communautés confrontées à des phénomènes naturels qui conditionnent leurs existences. Souvent, elles peuplent les montagnes d’être magiques aux intentions incertaines : parfois maléfiques, joueurs, insaisissables, ils apparaissent quand bon leur semble et l’on ne sait si c’est un bon présage.
Au travers de cette série, je pars à la recherche de l’Esprit de la Haute Valgrisenche en Italie, ces montagnes reculées et isolées que j’habite.
A rebattre les photographies faites avec cet homme d’une fascinante beauté, je comprends que je n’ai pas tant fait son portrait que celui de l’environnement dans lequel nous avons choisi de vivre. Lui et moi sommes des étrangers dans cette communauté de montagne. Nous portons une singularité qui paradoxalement trouve sa place dans ce lieu sauvage. Notre complicité s’est construite autour de l’idée de liberté dans un cadre contraint : celui de l’exiguïté d’une vallée. Dans un autre contexte, nous n’aurions probablement pas construit ce dialogue et développé une écoute attentive.
A lire le prologue de Quitter la vallée de Renaud de Chaumaray, je prends conscience de l’ambiguïté dans mes photographies : cet homme existe-t-il vraiment ? Est-il une illusion, une incarnation furtive de la glace, de la neige, des saisons…?
Massimo a choisi de vivre dans ce lieu alors que la Covid sévissait. Citadin de Milan, il a coupé les amarres pour venir garer son camping-car dans cette contrée inhospitalière, défigurée par un projet de barrage hydroélectrique. Vêtu de ces combinaisons colorées qu’il porte au quotidien, sorte de double-peau protectrice, il s’est fondu dans le paysage et s’est trouvé une place dans une communauté montagnarde reserrée.
Au cours des trois hivers où nous nous sommes vus régulièrement, une complicité s’est nouée. J’ai voulu le confondre avec l’environnement de haute montagne dans lequel nous sommes immergés, et en même temps donner corps aux éléments naturels alpins.
La série est donc née de ce dialogue, est construite en miroir et en diptyque. Ceci aussi car j’imagine toujours mes travaux sous forme d’opus.














