Qui n’a jamais été attiré par l’inconnu ? Savoir à quoi ressemble le monde et le partager autour de soi, tel fut la mission que s’est donnée Albert Kahn au début du XXI siècle. Il a envoyé 12 opérateurs parcourir le monde et le photographier. C’est ainsi que s’est constituée une collection de 70 000 autochromes – des images couleurs reproduites sur du verre – visible au Musée Albert Kahn à Boulogne-Billancourt (92).
Les jardins sont le second trésor de ce musée. Ayant chacun leur propre style, ils sont accessibles aux visiteurs et accueillent en ce moment le festival « Mondes en communs » dédié à la photographie. Depuis deux ans, le festival et les Amis d’Albert Kahn organisent un concours de photographie. « Les photographes nous soumettent leur travail en lien avec la recherche d’inventaire », explique Françoise Bornstein, fondatrice de la galerie Sit Down et membre du jury.
Inventorier la Bretagne et le Soudan
Cette année, le festival a exceptionnellement récompensé deux photographes : Claude Iverné et Aurélie Scouarnec. Le premier a vécu 25 ans au Soudan. « J’étais au Caire et j’ai rencontré des Soudanais qui m’ont proposé de me faire découvrir leur pays. Initialement, j’y suis allée pour écrire ». De ce long séjour naît huit livres de photographies au format original car ces derniers sont composés de feuilles A3 volantes, non liées les unes aux autres. « Le lecteur peut ainsi éditer les photographies dans l’ordre qu’il souhaite », explique le photographe. Ses ouvrages sont composés d’images de rues et de monuments immortalisés en noir et blanc.
Aurélie Scouarnec, également lauréate du prix, a photographié pendant trois ans la préparation des danseuses traditionnelles bretonnes. « Aucune photographie n’a été posée. Je photographiais les danseuses lorsqu’elles se préparaient dans les coulisses », explique la photographe. De ces photographies se dégagent une ambiance mystique. Ces gestes, précis et ordonnés se transmettent de génération en génération apparaissent comme des fragments d’instant suspendu dans le temps. La serre où a lieu l’exposition rappelle les dentelles des danseuses. Rien n’est choisi au hasard, les lieux d’exposition mettent en valeur les photographies.
Réinventer l’inventaire
Les vaches d’Ursula Böhmer, installées au cœur de la forêt, ont retrouvé leur pâturage. La photographe allemande réalise des portraits de veaux, vaches et taureaux. Peut-être rencontreront-ils les épouvantails de Peter Mitchell, objets presque disparus des campagnes ? Pour autant, les oiseaux n’ont pas disparu des champs, comme le montre l’inventaire de Rebecca Topakian dédiée aux perruches à collier, cette espèce importée en France. Au cours de la promenade dans les jardins, les visiteurs découvriront également les photographies de Siân Davey, thérapeute anglaise. Pendant le confinement, Davey et sa famille ont transformé leur friche en un splendide jardin. Ce lieu a vite suscité la curiosité des voisins qui l’ont depuis investi pour discuter ou poser sous l’appareil bienveillant de Siân Davey. Une diversité d’espèces à protéger, comme le montre la série de Pedro David dédiée aux effets dévastateurs des monocultures d’Eucalyptus au Brésil. Luiz Braga s’est également intéressé au Brésil et plus spécifiquement aux pêcheurs vivant au nord de la forêt amazonienne. Lève tôt, le photographe brésilien parcourt ce territoire à l’aube et capture de magnifiques couleurs. Après la golden hour, la morning hour ?
La poésie des ruines
Roberto Giangrande s’est intéressé aux travaux inachevés en Italie. Centre commerciaux, usines, immeubles… la construction de ces bâtiments a été stoppée pour des raisons diverses dont les faillites d’entreprises et les interventions de la mafia sont les principales causes. Levons les yeux vers le ciel et découvrons le travail de Thomas Paquet. L’artiste capture la trajectoire du soleil sur une image unique en combinant empreinte de la lumière du soleil et compression du temps. Pour constituer un corpus total de 365 images, il lui faudra au moins huit ans. Un projet prometteur, à suivre de près.
Festival « Mondes en commun 2025 » Poursuivre l’inventaire d’Albert Kahn
Du 17 mai au 7 septembre 2025
Plus d’informations sur le site du Musée Albert Kahn.














