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Collezione Ettore Molinario : Dialogues #47 : Giacomo Brogi / Kiki Smith

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Le 47ᵉ dialogue est un jeu de boîtes – l’une dans l’autre, l’une à côté de l’autre – conçu pour révéler le lien entre un chef-d’œuvre de l’art arabo-normand du XIIIᵉ siècle et l’une des œuvres les plus emblématiques de Kiki Smith.
C’est une histoire qui se déroule entre Palerme et New York, entre les secrets du pouvoir et le pouvoir de ceux qui savent se livrer au mystère.

Ettore Molinario

Vers le mystère sa contemplation, sa crainte, et donc son désir nous sommes attirés très tôt. Une boîte, trompeusement appelée cadeau, enveloppée de cette innocence et de cette légèreté auxquelles des adultes inconscients exposent les yeux de leurs héritiers : c’est là que l’obsession commence à prendre racine, dans l’esprit comme dans le corps.

Tout emballage soigneusement scellé met les sens au défi et, en même temps, tout contenant, apparemment inaccessible, invite à inspirer profondément.

Calme ! – pratique à la fois divine et diabolique – car les secrets se révèlent progressivement, la douleur de l’attente et de la distance servant de récompense.

C’est ce que nous apprennent les cadeaux, où le don est avant tout l’art de l’imagination : se précipiter, déchirer le papier, forcer une serrure : c’est de la folie. Je suis né agité, avec un feu que j’ai dû apprendre à tempérer au fil des années. La preuve ? Il a fallu près de trente ans pour que l’image que Kiki Smith a créée de sa célèbre sculpture Upside Down Body with Beads trouve dans ma collection sa compagne sa sœur d’élection, tout aussi secrète.

La « rencontre » a eu lieu il y a seulement quelques mois, à Palerme, dans le Trésor de la chapelle palatine, où est conservée une collection extraordinaire de coffrets en ivoire, joyaux de l’art arabo-normand du XIIIᵉ siècle, qui contenaient peut-être autrefois d’autres joyaux. Giacomo Brogi, Florentin, les photographie vers la fin du XIXᵉ siècle, souvenir raffiné mais innocent du Grand Tour. Au premier regard, l’image est posée, calme. Et pourtant, ces clous pointus, comme des griffes acérées agrippant les coins de la boîte comme s’il s’agissait de chair, cette serrure de fer – simple et brutale – et l’ivoire qui rappelle la blancheur de la peau disent bien plus encore. Ces coffrets sont des lieux de pouvoir, cachés et précieux, tout comme notre boîte crânienne : le coffre inviolable de nos secrets, de nos pulsions, de nos souvenirs, que le corps, réalité à la fois physique et politique, met ensuite en mouvement, traite, digère, expulse.

Notre corps, précisément, est le royaume de Kiki Smith. Nulle autre artiste, dans le New York frappé par l’épidémie de sida, n’a célébré la fragilité humaine comme elle : son caractère fragmentaire, son être à la fois vie et maladie. Une structure d’os qui soutient et donne forme, mais aussi du fluide : le sperme qui féconde, l’infection qui épuise, l’excrément qui achève le cycle nutritif. Et notre boîte crânienne, sans visage dans l’œuvre de Kiki Smith, tout comme les coffrets qui gardèrent jadis les trésors des rois normands, de Roger Iᵉʳ à l’empereur Frédéric II, jusqu’à la dernière descendante, la reine Marie de Sicile, quelle histoire célèbrent-ils ? ils sont un cadeau : difficile à accepter, mais nécessaire pour accéder à la conscience et à la maturité. Quelqu’un qui vous offre la certitude que tout ne peut pas être connu ni maîtrisé chaque événement, chaque désir. Quelqu’un qui vous invite à respecter l’indéchiffrable, l’incontrôlable, l’informe, même en vous-même. Un cadeau de roi. Un cadeau d’artiste.

Ettore Molinario

 

DÉCOUVREZ LES DIALOGUES DE LA COLLECTION
https://collezionemolinario.com/en/dialogues

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