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Close UP : Hannah Esquenazi by Patricia Lanza

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Hannah Esquenazi est une photographe et artiste visuelle colombienne qui étudie au Savannah College of Art and Design (SCAD) aux États‑Unis. Son travail mêle photographie de mode et techniques mixtes, intégrant la sérigraphie et des éléments texturés afin d’élargir la narration visuelle. Portée par l’observation et l’expérimentation, sa démarche créative vise à fusionner supports numériques et physiques pour créer des récits stratifiés et tactiles.

Son travail a été exposé dans le cadre de la Leica x SCAD Showcase Power in Perspective (2024), et elle a été mise à l’honneur en tant que Spotlight Artist au SCAD Fine Art Showcase (2025). Elle a récemment été sélectionnée comme finaliste du concours international Arte Laguna Prize 2026 à Venise, en Italie. Ses photographies ont été retenues pour les Annual Photography Awards (2025) et publiées dans Noise Magazine, Savannah Made Simple et SCAD Manor. En parallèle de sa pratique personnelle, Esquenazi a travaillé comme Visual Media Production Assistant, collaboré avec Matte Projects, et été assistante photo de la photographe Valheria Rocha.

 

Website link: https://www.hannahesquenazi.com/

https://www.instagram.com/hannahesquenaziart/?hl=en

 

Qu’est‑ce qui a initié votre parcours dans les arts et la photographie ? En tant que Sud‑Américaine, Colombienne, qui ou qu’est‑ce qui vous a influencée ?

Hannah Esquenazi : Mon rapport à l’art a commencé avec une sculpture publique dans ma ville natale de Cali. En grandissant près d’El Gato del Río, de Hernan Tejada, ce grand chat au bord de la rivière, je ne l’ai jamais vécu comme un simple objet. Enfant, je lui ai donné une personnalité. Je l’ai dessiné, j’ai inventé des histoires à son sujet, et je l’ai traité comme s’il était vivant. Sans m’en rendre compte, j’apprenais qu’une image pouvait porter, à la fois, un récit et une présence.

Cette idée m’est restée : la réalité peut être ordinaire, mais la perception la rend fictive. Il existe un cliché qui dit que l’on ne choisit pas sa passion, c’est elle qui nous choisit et, même si j’aimerais dire le contraire, c’est assez vrai pour la photographie. Les appareils photo ont toujours été une curiosité pour moi. J’ai insisté pour utiliser celui de ma mère jusqu’à obtenir le mien, à quatre ans.

La photographie est devenue une manière de montrer aux autres non pas à quoi les choses ressemblent, mais ce que cela fait de les remarquer. Recréer la sensation de voir l’instant où quelque chose de familier paraît soudain mis en scène ou symbolique. Le fait d’être colombienne a façonné mon langage visuel : la couleur, la densité, la chaleur, et la coexistence du chaos et de l’harmonie. Le quotidien avait déjà quelque chose de théâtral, alors mon instinct est devenu construire des mondes plutôt que de les enregistrer.

 

Vous combinez les arts des techniques mixtes dans votre travail de mode ; pouvez‑vous décrire votre processus ?

Hannah Esquenazi : Mon processus ne s’arrête pas quand je prends la photographie : c’est en réalité là qu’il commence. Je considère l’appareil photo comme un outil de collecte plutôt que comme un outil de finalisation. Je recueille des fragments qui deviendront ensuite autre chose.

Avant de photographier, je construis un monde souple : casting, lieu, vêtements, et textures qui portent déjà une charge émotionnelle. Mais je n’essaie pas de résoudre l’image sur le plateau. Je préfère laisser une place à la découverte plus tard.

Ensuite, j’imprime les photographies et je travaille dessus à la main. Ce moment est essentiel : une fois que l’image existe dans l’espace, elle cesse d’être uniquement photographique. Je peux la découper, la superposer, écrire dessus, la répéter, ou la combiner avec d’autres matériaux. L’image devient un objet.

Quand je photographie en argentique, le laboratoire fait partie de cette transformation. Je m’intéresse moins au contrôle parfait qu’au fait de laisser les accidents, les distorsions et les interventions façonner la pièce finale. Le processus se rapproche davantage de la peinture ou de la sculpture que de l’editing.

La mode vit à l’intérieur du travail, mais n’en est pas le sujet — c’est un personnage dans un environnement construit. Je n’essaie pas de représenter des vêtements ; j’essaie de bâtir un monde auquel ils appartiennent.

 

Expliquez en quoi le storytelling est un élément important de votre travail ?

Hannah Esquenazi : J’ai lu un jour une citation de Lewis Hine : « If I could tell the story in words, I wouldn’t need to lug around a camera, (Si je pouvais raconter l’histoire avec des mots, je n’aurais pas besoin de trimballer un appareil photo). » et je suis entièrement d’accord. Le storytelling est au cœur de l’humanité. Les gens sont attirés par les histoires parce qu’elles donnent une structure à notre expérience et rendent le chaos de la vie plus compréhensible. Elles nous permettent d’entrer dans la perspective de quelqu’un d’autre et de ressentir ce qu’il ressent, créant empathie et connexion. L’attention est une émotion puissante, et mon travail cherche à inviter le spectateur à entrer dans cet état.

Pour traduire ces récits visuellement, je puise dans des références personnelles  livres, histoire de l’art, souvenirs d’enfance afin de construire une identité visuelle qui paraisse authentique, tout en m’immergeant dans les histoires de ceux qui m’entourent et en explorant les aspects partagés de l’expérience humaine. Les environnements que je construis deviennent partie intégrante du récit : décors maximalistes et éléments surréalistes restent cohérents lorsqu’ils suivent une intention émotionnelle claire. J’y parviens souvent par essais et expérimentations : fabriquer des accessoires, réorganiser des matières, ajuster la lumière, jusqu’à ce que l’espace commence à devenir crédible selon sa propre logique.

 

Que souhaitez‑vous faire une fois diplômée de SCAD ?

Hannah Esquenazi : Après l’obtention de mon diplôme à SCAD, j’espère continuer à développer ma pratique tout en apprenant auprès de grands photographes et d’équipes créatives. Je me sens très chanceuse d’être entourée d’artistes et constamment inspirée par les histoires des autres. Le fait d’être colombienne m’a donné le courage de frapper aux portes, où qu’elles se trouvent. Il existe une expression en espagnol qui me représente bien : « me quiero comer al mundo », ce qui signifie que je veux vivre le monde autant que possible.

Je suis enthousiaste à l’idée d’aller là où mon travail me mènera : New York, l’Europe ou l’Amérique latine, pour acquérir de l’expérience tout en continuant à construire mon propre corpus. À long terme, je veux équilibrer commandes et pratique personnelle, en créant des images à la frontière entre éditorial et arts plastiques. Je continue à faire évoluer ma pratique d’artiste, tout en portant fièrement mon identité colombienne, en honorant ceux qui m’ont précédée et en continuant à créer un travail qui me touche réellement.

 

Comment SCAD a‑t‑elle abordé l’aspect business de la photographie, essentiel pour promouvoir une carrière ?

Hannah Esquenazi : Pour moi, SCAD a abordé la photographie comme un apprentissage sur la manière de s’épanouir dans la vie en la pratiquant. Grâce à des cours comme Professional Practices for Fine Art Photography et Business Acumen for Commercial Photographers, j’ai commencé à comprendre ce qui se passe réellement après que la photo existe : comment on se présente, à qui l’on parle, comment on continue à travailler et comment on grandit.

Nous avons appris des choses très concrètes : stratégies marketing, séquençage de portfolio, networking, négociation des droits d’usage, budgets de production, et même gestion de studio. Cela m’a fait comprendre qu’être photographe n’est pas seulement une question de style, mais de positionnement : savoir où se situe votre travail et comment en communiquer la valeur.

En dehors des cours, c’était honnêtement tout aussi important. SCAD invite en permanence des professionnels de l’industrie — des personnes comme Tyler Mitchell, Karla Martinez de Salas, Jahmad Balugo, Valheria Rocha, Robert Fairer, Rebekah Campbell, Grace Ann Leadbeater, Susanna Brown, Mark Mahaney et Jim Wright. On peut entendre les réalités derrière leurs carrières et leur poser des questions qui démystifient l’industrie. On travaille sur des factures, des call sheets, des timelines, et sur les erreurs pas seulement sur l’image finale.

Les projets fonctionnaient aussi comme de vrais jobs. Travailler en production aux côtés de Valheria Rocha, participer au Matte Projects Design Sprint, aux collaborations SCADpro, et au Fine Art Showcase spotlight, m’a obligée à communiquer avec des équipes, respecter des délais et défendre des décisions créatives. Les conseillers carrière ont aidé à affiner la manière dont je parle de mon travail, et les concours ainsi que les connexions avec les alumni ont ouvert des opportunités de stage qui sont devenues de véritables points d’entrée plutôt que des hypothèses.

Tout cela pour dire que SCAD a été extrêmement important pour moi. Je ne serais pas ici sans le département et les ressources qu’il m’a apportées. Mes parents m’ont appris à toujours remercier les personnes qui vous aident, et ici cela inclut notamment le Department Chair of Atlanta Michael James O’Brien, le Department Chair of Savannah Josh Jalbert, et des mentors comme Chris Lane, Tim Keating, Rebecca Nolan, Dillon McMillan, Vivien Allender, Jaclyn Cori Norman, Debora Oden, Jon Horey, Jonathan Sage, et beaucoup d’autres à SCAD qui m’ont aidée en chemin — faisant de ma décision de venir ici l’une des meilleures que j’aie prises.

Texte et interview par Patricia Lanza

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