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«Art» par Thierry Maindrault

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Chronique Mensuelle de Thierry Maindrault

Les définitions fondamentales de l’Art sont aussi nombreuses et aussi variées que le nombre d’amateurs d’Art et de créateurs d’Art.

Les preuves de l’Art varient également avec le Temps. Quelques œuvres que nous considérons aujourd’hui comme de l’Art, n’en étaient pas encore hier et n’en seront peut-être plus demain, sous réserve qu’elles en soient vraiment aujourd’hui. Par ailleurs, il existe les strates dégressives de l’Art qui sont liées à l’importance quantitative d’une œuvre (Art, Art décoratif, Artisanat) et une richesse à travers un florilège de formes dans l’expression (toutes nos perceptions sensorielles actives supportent les innombrables formes de messages artistiques).

L’Art est une notion exclusivement réservée à l’Homme dans sa tentative de matérialisation de la pensée. L’Art est arrivé après la pensée, lorsque l’Homme a pris conscience de son impossibilité de cloner, de reproduire, de transvaser sa pensée. Le geste ou l’objet se transmettent. L’esprit ne se transmet pas, il s’évoque, il se contourne, il s’expose, même par l’absurde s’il lui est impossible de faire autrement ; mais, il disparaît inexorablement avec son propriétaire. C’est ainsi que l’Art est apparu dans la tentative de figer une idée, une émotion, un sentiment, un ressenti, …

Comment traduire et fixer une pensée ou une idée purement éphémères en une matérialisation concrète et pérenne pour les générations de l’après. Cela est l’action d’un créateur.

Au début de notre ère, Claude Galien (philosophe et père de la médecine) évoque la finalité du mot et de son contenu : «L’art est le système des enseignements universels, vrais, utiles, partagés par tous, tendant vers une seule et même fin.»

Mais attention, la réalité de l’Art est l’œuvre et non pas, comme d’aucun se l’imagine dans notre Moderne Universalité de la Mondialisation, l’artiste et son ego. Restons modestes, le créateur, éventuel artiste en devenir, pour incontournable qu’il soit dans la genèse de l’Œuvre, n’est absolument rien dans l’Art. Dans le cadre de circonstances particulières cet auteur pourra être associé à un courant de pensée, à une époque, à une série d’œuvres homogènes, à la mise au point d’une technique améliorant la durabilité d’une œuvre ou la richesse de son rendu, rien de plus. Plus de 90% des œuvres répertoriées comme appartenant au domaine des objets de l’Art sont totalement orphelines. L’art, l’œuvre d’Art, l’objet d’Art, c’est la pérennité. Sans pérennité, il n’y a pas d’Art. Toutefois dans la construction naturelle dans lequelle nous vivons, il n’y a pas de pérennité absolue. Les mutations ainsi que les évolutions sont permanentes et toute chose connaît une fin dans son existence.

Depuis l’origine des premières œuvres de la photographie moderne la question s’est posée de les considérer, ou non, comme des œuvres d’Art. Cette interrogation a fini rapidement par rebondir car bon nombre des premiers photographes étaient issus des ateliers de peinture (secteur où l’évolution de sa partie créative avait l’Art pour finalité). Mais à technique nouvelle un purgatoire probatoire était indispensable, une durée minimale pour entrer dans l’histoire de l’humanité.

A l’origine comment justifier d’une intervention de l’esprit derrière un matériel, cet étrange appareil qui donnait l’impression de tout faire par lui même et d’être l’auteur de l’image obtenue. Avec la photographie les personnes pensaient détenir l’objectivité à l’état pur, plus d’interprétations dues aux erreurs supposées d’un peintre ou d’un sculpteur de qui un rendu fidèle était exigé, à la condition induite bien entendu que maîtres ou rapins valorisent leur sujet.

Et puis rapidement, la maîtrise de la lumière, l’angle de prise de vue, la composition de l’image, la position du sujet, la personnalité des sujets, et mille autres détails se sont imposés pour sublimer, plus ou moins, l’image finale. Le créateur devenait indispensable aux bons usages des outils photographiques. Le lecteur de l’image comprit que cette image pouvait raconter une histoire, qu’elle pouvait également sublimer des sentiments, qu’elle imposait des émotions. Le constat devint inéluctable il n’y aurait pas d’œuvres photographiques sans un auteur.

Les œuvres nées de la photographie devaient faire le dos rond, se montrer patientes et conscientes que certaines d’entre elles renaîtraient dans leur lumière originelle. Les auteurs sont morts, très souvent dans l’anonymat, c’est la dure Loi de l’Art. Mais, leurs photographies se sont invitées dans les collections muséales, chez des collectionneurs avisés, dans la formation et dans l’inspiration des futurs créateurs photographes.

Aujourd’hui, avec les évolutions scientifiques et technologiques Monsieur Toutlemonde (de deux ans à cent dix ans) est tombé dans le mirage de la photographie. C’est devenu la marotte universelle de notre début de millénaire, même l’espionnage photographique est descendu dans la rue puisque tout un chacun peut photographier avec son téléphone, sa montre, son stylographe ou ses lunettes. A l’affût de ventes démultipliées et d’asservissements consensuels, de gigantesques monstres financiers entretiennent leur moulin à monnaie en nous faisant croire que nous sommes tous des artistes, à la seule condition de s’abonner à leur boniment. Au passage ils sont passés de la vente de vent à l’abonnement au même vent beaucoup plus fiable pour remplir leurs coffres bancaires en douceur. Aujourd’hui s’imaginer artiste c’est adhérer aux promesses (peu importe les enchanteurs numériques choisis), c’est se mettre en valeur à tous propos (si possible plusieurs fois par jour) et c’est s’appliquer résolument la méthode Coué. Au passage il est un peu inquiétant de voir des dépositaires de l’Art (secteurs publics comme privés) décalquer les procédés très limites des géants de la finance pour assurer leur mission. L’Art est un bien universel gratuit et se doit d’être accessible à tous. Quelle qu’elle soit une œuvre issue de la pensée, elle est destinée librement à d’autres pensées. L’impôt collectif se doit d’assurer expositions et préservations. Il doit garantir l’accès de tous à toutes rencontres avec une œuvre (payer assez cher pour voir une exposition, des œuvres de Van Gogh, qui est réservée à une élite est assez paradoxal au regard de sa vie).

Il en est de la photographie comme pour les autres formes d’expressions créatives, l’auteur exprime humblement pour l’avenir, même si durant sa vie contemporaine, toujours polluée par des modes sociétales ou des courants temporels, d’aucuns tentent de s’approprier les œuvres de cet auteur pour gagner quelques profits.

L’Art ne triche pas. Faisons en sorte qu’il en soi de même pour la photographie afin qu’elle y garde sa place si justement acquise.

12 février 2021

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chroniques@maindrault.art

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