Dans son vaste ouvrage Désert le célèbre photoreporter se plonge dans son amour et sa connaissance de ce territoire aride qui a guidé toute sa vie. Ses mots ainsi que celui du prix Goncourt 2024 Kamel Daoud accompagnent une panoplie de photographies inédites et pleines d’un autre temps.
Raymond Depardon le dit lui-même : avec les paysans en France, c’est un sujet de prédilection dans sa carrière de photographe. Le désert. Là où il se rend pour la première fois en août 1960. Sur un cliché, on le voit dans un avion, à l’âge de dix huit ans, en train de décoller pour cette destination qui va devenir tellement importante dans sa vie. « Il faisait extrêmement chaud, plus de 40 °C, et il fallait boire cinq à dix litres d’eau par jour pour survivre. » note-t-il alors que le jeune photographe qu’il est débarque à Hammaguir en Algérie, là où un capitaine de l’armée cherche son contingent parti chasser la gazelle et demande à l’aide. Raymond Depardon documente le sauvetage de ces jeunes militaires en proie à une déshydratation terrible au cœur du Sahara.
Que ce soit ensuite à Abu Dhabi en Arabie Saoudite, au Tchad, au Mali, le photographe poursuit l’objectif d’immortaliser ces zones à la fois hostiles et chargées d’un charme à nul autre pareil. C’est là aussi où des événements tragiques et politiques ont lieu, en particulier l’affaire Claustre du nom de l’archéologue française Françoise Claustre enlevée par des forces armées au Nord du Tchad en 1974 et que Raymond Depardon se fait fort de couvrir, notamment les négociations opérées par l’époux de l’archéologue.
« J’aime bien ce sable »
Le désert est ainsi un endroit plein de dangers. La soif qui vous prend, le soleil qui vous tape dessus, mais aussi et surtout les groupes armés qui rôdent un peu partout. Les mitraillettes sont légion dans les photographies de Raymond Depardon. Le photographe s’est frayé un chemin dans ce territoire tellement à part, faisant des images qui restent, comme ce camion chargé à ras bord d’affaires et de touaregs sur le toit qui fait route vers la Libye ou encore cette caravane de dromadaires au fin fond du Niger.
Mais c’est aussi le regard d’un homme qui navigue dans un espace particulièrement singulier et qui s’en amuse. En témoignent les fréquentes images que Raymond Depardon fera de sa compagne Claudine Nougaret, notamment au Mali, ou encore celles de la cinéaste Franssou Prenant.
Le photographe écrit : « C’est quelque chose qui peut être formidable, le désert. Il fait bon. On se sent bien. J’aime bien ce sable, cet espace. Et puis très vite, ça peut devenir quelque chose qui nous fait très peur. Des murs, comme un hôpital psychiatrique. Vous ne savez plus où vous êtes. Vous ne savez plus où est la piste. »
Des mots que Raymond Depardon partagea ce mardi 8 juillet aux Rencontres d’Arles. La Fondation Cartier a organisé une conversation avec le photographe et Kamel Daoud animée par Stéphane Paoli, suivie d’une signature de l’ouvrage, le mardi 8 juillet à 16h dans l’auditorium de l’École nationale supérieure de la photographie (30, avenue Victor Hugo – 13200 Arles). Un moment rare pour entendre Raymond Depardon qui, depuis plus de soixante ans, arpente les lignes mouvantes du monde avec une fidélité unique au désert – ce lieu à la fois refuge et vertige pour l’œil et l’esprit.
Jean-Baptiste Gauvin
Raymond Depardon: Desert
Éditeur : Fondation Cartier pour l’art contemporain, ParisLangues : version française
Format : Relié, 30,5 × 21,8 cm, 344 pages
250 photographies noir et blanc
Conception : Atelier Dyakova
ISBN 978-2-86925-189-2
59 €
https://eshop.fondationcartier.com/en/products/raymond-depardon-desert-3














