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Swiss Photomonth 2025 : 2e édition – Partie 1

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Pour sa deuxième édition, le Mois suisse de la photographie s’affirme comme un rendez-vous à l’échelle nationale. Du 29 août au 5 octobre 2025, près de soixante lieux à travers toutes les régions linguistiques ont conjugué leurs forces : musées, galeries indépendantes, festivals et écoles d’art déploient une programmation foisonnante. Une plateforme digitale recense l’ensemble des événements et propose une carte interactive permettant de situer géographiquement chaque lieu à travers le pays. Si le mois officiel s’est achevé, plusieurs expositions prolongent l’expérience jusqu’en 2026, invitant à poursuivre cette exploration du médium photographique sous ses multiples facettes.

 

Massao Mascaro – « Ici, là » au Centre de la photographie Genève

Déployée sur les murs de béton de la Maison de l’enfance et de l’adolescence des HUG (Genève) jusqu’au 9 janvier 2026, l’exposition de Massao Mascaro met en regard deux séries : l’une suit le cours du Rhône le long des rives genevoises, l’autre saisit la table familiale dans l’appartement bruxellois de l’artiste. Les tirages argentiques monochromes apparaissent presque évanescents, comme si un voile de songe s’était fixé devant l’objectif.

La paternité a transformé le rapport de Mascaro au temps et à l’espace, développant une attention contemplative aux infimes variations du quotidien. Les photographies de l’intérieur domestique bruxellois transfigurent le désordre de la fin des repas : la lumière du soleil révèle la beauté d’un citron, de miettes éparpillées, d’objets dispersés, autant de scènes que l’on croit banales. Cette sensibilité se manifeste dans son rapport à la lumière, matière première de toute photographie, qu’il capte avec une subtilité qui adoucit ses tirages. En renouant avec la nature morte, le photographe valorise ce que l’œil traverse ordinairement sans s’y attarder.

 

“Flash ! Petite histoire de la photographie allumée” au Musée suisse de l’appareil photographique, Vevey

Au Musée suisse de l’appareil photographique à Vevey, l’exposition « Flash ! Petite histoire de la photographie allumée » retrace jusqu’au 22 février 2026 l’évolution d’une technique qui a élargi les possibilités du médium photographique. Modeste dans son ampleur mais rigoureuse dans sa construction, cette exposition explore comment le flash, des premières expérimentations au magnésium jusqu’aux dispositifs électroniques contemporains, a permis de révéler des espaces jusqu’alors inaccessibles au regard photographique.

La première section, particulièrement réussie, documente les débuts périlleux de cette conquête de la lumière artificielle. Les risques liés à l’éclair magnésique – combustions, fumées, accidents – rappellent que cette maîtrise technique s’est construite dangereusement. Le parcours montre ensuite comment le flash a progressivement éclairé les mondes souterrains et nocturnes, avant de devenir un outil de mise en scène dramatique dans le photojournalisme de Weegee ou l’univers des paparazzi. Les expérimentations d’Harold Edgerton sur la captation de l’instantané côtoient les accidents esthétiques de la photographie amateur, yeux rouges, surexpositions, jusqu’aux usages contemporains de Martin Parr qui exploite l’exagération des couleurs pour créer une distance ironique avec le réel.

Si l’on aurait souhaité un corpus photographique plus étendu pour embrasser l’ampleur du sujet, l’exposition est essentielle pour comprendre l’impact esthétique d’une innovation sur le langage photographique. Elle s’adresse autant aux néophytes qu’aux connaisseurs et rappelle l’importance d’interroger l’histoire technique de la photographie, aspect trop souvent négligé du médium.

 

“Domestiques photogéniques” à la Médiathèque Valais, Martigny

À la Médiathèque Valais de Martigny, l’exposition « Domestiques photogéniques » déploie jusqu’au 28 mars 2026 plus de 600 images d’archives issues des collections de l’État du Valais et du Musée d’histoire du Valais. Le propos opère un vertigineux grand écart temporel : ces photographies de la fin du XIXe et du début du XXe siècle dialoguent avec les découvertes de l’archéozoologie, remontant jusqu’au Néolithique et à l’invention de l’agriculture et de l’élevage au Moyen-Orient il y a 7000 ans.

Le parcours interroge la domestication animale à travers les espèces qui ont coévolué avec l’homme dans les Alpes : vache, mouton, chèvre, cochon, mulet, mais aussi poules, abeilles, chevaux, chats et lapins. Ces images témoignent d’une économie agro-pastorale de subsistance aujourd’hui disparue, documentant la complexité de la gestion animale en altitude avec ses contraintes de saisonnalité, de pente et d’aridité des terres morainiques. L’exposition rend ainsi hommage à l’ingéniosité nécessaire pour triompher des tâches montagnardes avant l’arrivée de la route, de l’électricité et de l’eau courante.

Didactique sans être simpliste, l’exposition s’adresse à tous les publics. La scénographie, qui intègre des reconstitutions d’enclos et de parcelles pour les animaux, capte particulièrement l’attention des plus jeunes. Les textes, accessibles aux enfants, mêlent rigueur scientifique et anecdotes. Fait notable : de nombreux Valaisans viennent redécouvrir leurs villages d’il y a plusieurs décennies, reconnaissant parfois des membres de leur famille sur les clichés. L’archive photographique retrouve ainsi sa fonction première de mémoire collective.

 

Adrien Golinelli : « The Sour Taste of Pomegranate » à la Galerie Focale, Nyon

À la Galerie Focale de Nyon, Adrien Golinelli présente jusqu’au 9 novembre 2025 un travail photographique réalisé en Syrie durant l’été 2025, quelques mois seulement après l’effondrement du régime Assad. Cette urgence documentaire constitue le cœur de l’exposition : peu de photographes peuvent accéder à ce territoire où la situation demeure explosive, nécessitant l’accompagnement de pisteurs armés connaissant le terrain. Golinelli, déjà remarqué pour son immersion en Corée du Nord, saisit ici un moment historique fragile.

Dans la scénographie signée Aurélien Garzarolli, une quarantaine d’images alternent formats encadrés et grands wallpapers. Les portraits lacérés de Bachar al-Assad témoignent de la destruction des symboles du pouvoir déchu. Le panorama d’Alep, saisi depuis les hauteurs de la citadelle, montre une cité blessée où les strates d’habitations superposées au fil des siècles composent un paysage de ruines contemporaines. La tension du pays se lit jusque dans les ruines de Palmyre : le site antique, transformé en position militaire par différents groupes armés, porte désormais les stigmates d’un double effondrement – celui de l’Antiquité et celui du conflit contemporain.

Mais au-delà de la destruction, Golinelli documente aussi la résilience d’un peuple :  une femme tenant un bouquet de ballons gonflés à l’hélium dans un village en reconstruction, des cargos naviguant au large de la Méditerranée. Si la tension et l’instabilité persistent, son accès exceptionnel à ce territoire fermé fait de cette série un document photographique crucial sur une Syrie que la presse internationale peine à couvrir. Comme le suggère le titre « The Sour Taste of Pomegranate », ce goût à la fois doux et âcre de la grenade exprime toute la complexité du présent syrien.

Maeva Dubrez

 

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