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PhotoMonth London 2025 : The Arts Pavilion, Mile End Park : Longing

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Le pavillon principal de PhotoMonth sera installé au Art Pavilion, dans Mile End Park, où quatre expositions seront présentées simultanément.
Le point fort de la programmation est l’exposition collective intitulée « Longing », sélectionnée à travers un appel à projets (Open Call) par le Comité consultatif de programmation du festival (Monica Allende, Avijit Datta, Cherelle Sappleton, Fiona Shields, Charan Singh).

Quelques projets sélectionnés et leurs informations :

Shreya Jakhar — Beyond Boundaries

« Ce projet explore la résilience silencieuse de ma Naaniji (ma grand-mère maternelle), une femme confrontée aux attentes générationnelles dans une société indienne patriarcale.
En Inde, qu’une femme mariée retourne vivre auprès de ses parents pour s’en occuper reste un tabou — son devoir est censé être auprès de sa belle-famille. Pourtant, Naaniji, défiant les normes, a déménagé à Mandawa, une petite ville du Rajasthan, pour prendre soin de sa mère malade.

Aînée de sept enfants, Naaniji a toujours été le pilier de sa famille. Mais en vieillissant, elle s’est retrouvée isolée — sans soutien émotionnel ni de son mari distant, ni de ses enfants adultes elle est jugée pour avoir enfreint les conventions. Malgré ces contraintes, elle a accompli ses devoirs dans le silence, incarnant un amour qui ne demande rien en retour.

À travers mon objectif, j’ai suivi ses gestes quotidiens : soigner sa mère, cultiver des légumes, gérer la maison, résoudre des litiges fonciers — tout cela sous le regard critique de celle même qu’elle soignait. La maison du village, entourée de clôtures, semblait refléter les murs émotionnels auxquels elle se heurtait chaque jour : son travail invisible, sa présence tolérée plutôt qu’accueillie.

Et pourtant, elle a transformé cet espace en foyer, y insufflant des rituels de soin et d’espérance. Sa mère est décédée après un an, laissant Naaniji dans le deuil, sans véritable apaisement. Que signifie donner sans fin — non pour la reconnaissance, mais parce que l’amour porte en lui un désir silencieux, celui de continuer à donner, même quand personne ne regarde ?

En tant que petite-fille  et femme dans la même société je suis le témoin silencieux de cet héritage. Ces photographies ne sont pas seulement d’elle, mais peut-être aussi de mon futur moi : une femme qui construit sa vie dans les marges, soutenant les autres, et aspirant silencieusement à la reconnaissance, à la chaleur et au repos. »

 

Jay Lim — Singapo-ren Love

Singapo-ren Love explore l’identité de Jay Lim, homme homosexuel sino-singapourien, à travers ses expériences de l’amour, de l’intimité et de l’appartenance, dans une tension entre introspection et résistance. Réalisée entre Londres et Singapour, la série examine les dynamiques familiales et amoureuses, en utilisant le concept d’« insondabilité » pour traduire des expériences queer échappant aux récits dominants.

Les images présentent des scènes familières à tout Singapourien : rendez-vous dans des cafés, escapades, repas de famille, des moments anodins qui servent aussi de camouflage à des réalités invisibles. Ce travail rend visibles les vécus queer dans une société postcoloniale où ces récits restent largement censurés.

Cette archive photographique de vies queer ordinaires propose des manières de raconter et de négocier des expériences qui existent en dehors du cadre imposé. Le projet s’étend également en livre photo, enrichi de notes, lettres, recettes et souvenirs, qui apportent un contexte intime supplémentaire.

En explorant cette notion de regard « insondable », Jay Lim montre comment une vision non utilitaire peut devenir une forme silencieuse mais puissante de résistance. Il crée ainsi un langage visuel de la mémoire et de la résistance, à la fois personnel et universel.

 

Syd Shelton — A Doctor’s Story 1980–1990, Some Lives – David Widgery

« Le médecin généraliste est à la fois témoin et acteur ; un observateur privilégié des douleurs endurées, des tristesses intimes et des guérisons jubilatoires. »
David Widgery, 1990

Pour une génération d’habitants de l’East End, le Dr David Widgery était « The Doc », le médecin que l’on croisait dans la salle d’attente du cabinet du Dr Liebson à Bethnal Green, ou lors de ses visites à domicile dans les cités de Limehouse.
J’ai eu l’occasion de l’accompagner et de photographier nombre de ses patients avant sa mort prématurée en 1991.

Né en 1947, Widgery fut un enfant du NHS, ayant survécu à l’épidémie de poliomyélite des années 1950. Cette expérience a nourri son attachement viscéral au service public de santé, mais aussi sa colère face aux injustices sociales, logements insalubres, pauvreté et racisme qu’il voyait comme les véritables causes des maladies qu’il soignait.

 

Oliver Woods — Dad Side of the Bed, extrait de You Are My One and Only

« Ces images font partie d’une série plus large sur la maison où j’ai grandi, que j’ai photographiée en détail après la mort de mes parents. Elles racontent aussi mon enfance et ma relation avec eux, marquée par la perte de mon frère et de ma sœur cadets, décédés d’une maladie génétique ultra-rare.

Ma mère me disait souvent : “Tu es mon unique.” Cette phrase a toujours résonné entre amour et perte. Je suis devenu enfant unique, mais je n’étais plus l’aîné — je n’étais ni l’un ni l’autre.

En photographiant la maison, j’ai voulu tout examiner, comme si je cherchais quelque chose. Peut-être cherchais-je une identité. Peut-être voulais-je simplement dire : j’ai été un frère. »

 

Melanie Issaka — Blueprint 16

Blueprint: Black Skin, White Mask explore le terrain émotionnel et politique du désir d’appartenance, de racines et de reconnaissance dans des espaces où les corps noirs sont souvent perçus comme déplacés. Inspirée du livre de Frantz Fanon, la série questionne les effets psychologiques du colonialisme et du racisme intériorisé.

En utilisant la cyanotypie, un procédé qui transforme le corps de l’artiste en silhouette blanche sur fond bleu, Issaka visualise le paradoxe d’une présence à la fois hyper-visible et invisible. Le vide physique du corps, mais la persistance de son contour, évoquent la tension d’exister à travers un regard racialisé.

Le thème du désir traverse ici l’acte même de réappropriation : de l’histoire (par le concept ghanéen du Sankofa), de l’agence (par l’autoreprésentation photographique), et de la voix (dans une société qui cherche à la réduire au silence).
Ce travail devient un plan personnel et collectif de survie, de mémoire et de résistance.

 

Eliska Sky — Miri and Kazuki, extrait de The Red String

The Red String est une série inspirée par l’amour et la connexion au-delà des différences culturelles, religieuses ou physiques.
Inspirée de la légende japonaise du fil rouge du destin, elle capture des couples, familles, frères et sœurs, amis de toutes origines, unis par un fil invisible qui symbolise les liens inaltérables entre les êtres destinés à se rencontrer.

Cette série est une célébration de la connexion humaine, une suite de portraits intimes qui incarnent l’inclusivité et la diversité de l’amour sous toutes ses formes.

 

Reshma Teelar — My Blossoming Graveyards

« Je ne suis pas fière de ce que montre mon corps. Il porte des marques infligées par d’autres, par moi-même, et par la douleur.

Depuis l’enfance, j’ai été humiliée, moquée, oubliée pour mon apparence. À 5 ans, on m’a servi une assiette vide parce que j’étais ronde. À 7, on m’a dit que je ne me marierais jamais. À 12, on m’a décerné un prix pour être la plus grosse de la classe. À 15, mon père m’a donné la plus petite boîte à lunch pour limiter ma nourriture.

Pendant des années, j’ai existé pour exister.

Il y a neuf ans, quand j’ai commencé ce projet, je ne savais pas que c’était le début de ma guérison. Ce travail, c’est ma tentative de retrouver une normalité, d’affronter mes peurs et de me montrer telle que je suis. Si ce monde imparfait peut exister, alors moi aussi. »

 

Margaux Revol — Augustine and Dido, extrait de The Pain Fugue

The Pain Fugue est une série de portraits documentaires sur le désir d’une vie normale, suivant Augustine, une femme dans la vingtaine atteinte d’endométriose sévère — une maladie chronique qui touche une femme sur dix, mais reste méconnue et sous-diagnostiquée.

Ses journées se déroulent entre son lit, sa baignoire et son canapé. La douleur se répète, le temps se fige.
À travers des portraits intimes de ce confinement, des images de son corps marqué par la chaleur des bouillottes et des gestes du quotidien, la série crée un espace visuel poétique et concret pour représenter la souffrance invisible et la quête d’empathie.

The Pain Fugue est à la fois témoignage, résistance et appel à croire les femmes quand elles disent qu’elles souffrent.

 

Marcos Azulay — God’s Garden

Dans de nombreuses traditions, les jardins symbolisent le désir humain de se relier au sacré.
Espaces d’harmonie, de beauté et de contemplation, ils incarnent la relation directe entre Dieu et l’humanité — du Jardin d’Éden aux visions islamiques du paradis.

Le jardin est à la fois origine et aspiration, lieu où l’humanité vivait autrefois en unité avec la création et image d’un monde à restaurer.
Qu’il soit clos ou sauvage, réel ou imaginaire, il nous invite à faire une pause, à réfléchir, à ressentir quelque chose de plus grand que nous.

Il nous rappelle que le paradis n’est pas qu’un souvenir du passé, mais une possibilité présente, là où le spirituel et le terrestre se rencontrent, et où la beauté devient voie vers le divin.

 

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