Chronique Mensuelle de Thierry Maindrault
Qu’il se nomme habillage, emballage, packaging (pour être «up to date») ou costume, le principe est le même : il s’agit d’imaginer une forme afin de présenter un fond.
Pour ce qui nous concerne, nous autres piégeurs de lumières, le fond est notre créativité que nous concrétisons avec l’aide, plus ou moins bienveillante, de la lumière. Ce fond, qualifié de photographique, est un ensemble de réalisations, également appelées le travail d’un photographe. Il me semble à propos de bien repositionner les mots justes sur les objets ou les idées qu’ils définissent.
En effet, cela ne parait pas inutile ; car, nous allons évoquer comment les mots décrivent et expriment les images et plus particulièrement nos images photographiques. Il est notoire que depuis sa découverte, la photographie est très souvent venue en appui des mots qui lors de descriptions incomplètes trouvaient leur limite. Il est à noter que cela s’applique ainsi dans presque tous les domaines dans lesquels la photographie a pris un essor (expertise, recensements, poésie, ethnographie, et des centaines d’autres). Il est patent que la réciproque se vérifie lorsque qu’une construction linguistique tente de nous intéresser ou de nous inciter à pénétrer dans l’image.
Par courtoisie pour nos amis écrivains, nous mettrons immédiatement de côté toutes ces images sans intérêt, sans message ou de piètre qualité. Même si l’on déverse des tombereaux de mots, aussi sophistiqués et aussi emberlificotés soient-ils, jamais une image sans intérêt deviendra une référence attractive. J’ai fréquemment été interpellé par le fait que le niveau des rédacteurs – tous styles confondus – de ces “éloges“ étaient du même acabit que les auteurs des “photographies“ qu’ils encensent. Ceux qui se ressemblent s’assemblent.
Nous resterons donc dans le domaine des photographies qui veulent nous dire quelque chose, qui essaient de nous séduire, qui nous transportent vers d’autres univers. Ces images-là, volontairement ou non, vont engendrer, à titres divers, de la littérature. Un très grand nombre de textes qui s’écrivent sous des formes variées !
Puisqu’il faut commencer par un genre, la photographie s’est montrée capable d’engendrer, avec succès, de l’inspiration pour quelques romanciers. L’imaginaire littéraire avec pour point de départ une ou plusieurs photographies, célèbres ou non. Il n’est guère possible de formuler un avis sur cette démarche. Seule la lecture de ces fictions, nées d’une tierce imagination graphique, peut apporter une satisfaction, une émotion ou un rejet à chaque lecteur.
La poésie n’est pas en reste. Elle a souvent permis des imbrications, ou des parallélismes, entre les images et les mots dans leur symbolisme. Chacun des deux auteurs extrait ses propres œuvres d’un travail commun ou d’une réinterprétation de la création de l’autre. Ce type de démarche a été très largement mis en œuvres par des binômes d’auteurs reconnus dans leurs disciplines réciproques. Il est à noter que peu importe les formes techniques utilisées, de l’un ou de l’autre côté, elles n’ont aucune incidence dans le fond de la présentation finale des résultats matérialisés : le texte et l’image.
Ensuite, viennent les essais, cette démarche qui consiste à décortiquer le travail d’un auteur à travers des ensembles d’éléments permettant des suppositions variées sur les images et éventuellement sur leur auteur. Dans ce cadre rédactionnel, très exploité, le rédacteur est très souvent à la recherche d’un auteur illustre et très connu, pour bénéficier de l’effet d’appel sur sa démarche et acquérir un peu de notoriété, à titre personnel. L’effet “people“ rode !
Pour ce qui concerne les thèses, ces embryons d’essais, leur caractère est généralement universitaire et leur maîtrise littéraire se trouve également très limitée. L’intérêt de ces ouvrages réside dans des arguments plus factuels et des sujets (œuvres ou auteurs) bien moins connus, excepté pour les initiés, membres des jurys.
Le remplissage de quelques pages d’un catalogue, voire d’une préface de livres, nous éloigne, à peu d’exceptions près, de la création littéraire. L’écriture se trouve écartelée entre le désir d’apporter un supplément d’âme à l’évènement ou l’objet à l’origine de l’écrit et le souci de mettre en valeur la perception des photographies pour les lecteurs. J’apprécie toujours lorsque les explications, si elles s’avèrent nécessaires, se retrouvent à la fin de l’ouvrage. Par contre, les anecdotes de la vie privée de l’auteur, aussi palpitantes soient-elles, ne semblent pas indispensables.
Les affichages pédagogiques conjoints dans une exposition sont un travail délicat et subtil à réaliser, avec trop souvent peu de réussite. Les textes de biographies et autres explications sur les œuvres exposées se doivent d’informer, chaque visiteur, de ce que celui-ci devrait déjà connaître, de ce qu’il croit savoir et de ce qu’il devrait pouvoir mémoriser. Il est bien entendu que tout cela ne concerne que le contexte des œuvres qui doivent rester l’essentiel de l’accrochage. C’est pourquoi, je préconise cet affichage à la fin des circuits de visite pour ne pas perturber la relation qui doit se créer entre les images et le lecteur.
La rédaction des annonces reste essentiellement du domaine du racolage. Ce n’est pas une critique puisque c’est précisément le but recherché. Je regrette, dans la majorité des cas, les choix fait tant pour la (ou les) photographie d’accroche utilisée que pour la pauvreté des textes d’incitation. Un peu de créativité et de professionnalisme ne nuirait pas aux documents (affiches, invitations, annonces presse, etc.) construits pour nous inviter à découvrir. Cette remarque vaut autant pour la forme que pour la conception.
J’en terminerai par les articles et critiques qui vont se greffer, a posteriori, dans la présentation des manifestations ou des ouvrages. Nous sommes arrivés au travail journalistique, des constatations autour de ce qui est visible par tous, pour une durée plus ou moins longue. Les articles consistent à rapporter aussi honnêtement que possible des faits, des constatations et des informations pratiques. Ces narrations se doivent donc d’être précises, complètes et néanmoins accessibles pour que chacun s’organise s’il désire voir l’exposition ou lire le livre.
Pour la partie critique, cela devient un peu plus compliqué. D’une part, l’auteur du texte se doit de posséder parfaitement les tenants et les aboutissants du sujet qu’il va prendre en charge. Ce qui inclut les connaissances techniques propres à la photographie et à ses différentes formes de présentation au public. Cela prend également en compte l’impact matérialisé réellement par rapport à la recherche créative. Enfin, une analyse sincère exige une rédaction textuelle qui ne puisse pas porter à confusion dans l’esprit des lecteurs qui s’en inspireront. Une partie objective et factuelle, des réussites et des erreurs, suivie d’un ressenti personnel du rédacteur sans équivoque. Nous ne sommes pas dans le jugement, seulement dans le partage.
La littérature et la photographie ne sont certainement pas antinomiques, comme d’aucuns veulent nous l’inculquer. Toutefois, il est vrai que des mauvaises images que supportent de mauvais textes peuvent entrainer des ravages pour des néophytes. A fortiori, un désastre qui s’annonce pour de futurs photographes.
Mais, soyons clair, ce n’est pas de confier notre intelligence à des machines (fussent-elles remplies de conception binaire) que les choses pourraient s’améliorer pour l’écrivain, pour le photographe et pour leurs fidèles.
Thierry Maindrault, 24 octobre 2025
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