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Paris : La Maison et le Monde, Picturetank

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POP UP ! Pendant 5 jours, du 1er au 5 juin 2016, la coopérative de photographes PICTURETANK investit la Galerie Gare de Marlon à Paris. À cette occasion, elle a demandé à Michel Poivert, historien de la photographie, critique, enseignant à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et multiplicateur de regards, d’y poser le sien. C’est ainsi qu’il en a fait sortir une facette, inattendue, qu’il nous raconte dans un entretien.

Depuis treize ans, Picturetank, c’est 150 photographes, dont des collectifs. Cette semaine, c’est une exposition, un accrochage public lors du vernissage, en partenariat avec le tireur Philippe Guilvard qui produit les images sur place, une vente des photos, des lectures de portfolios, des signatures de livres, des discussions avec les photographes.

L’année dernière, la gérance de l’agence a discrètement changé, avec une équipe qui fourmille, dynamise, et la collaboration des photographes qui, seuls ou dans le collectif, élaborent des projets aussi variés que cohérents. Michel Poivert, commissaire extérieur, invité par l’agence à apporter un regard nouveau, surprenant et non figé sur ce que l’on connaît des icônes de l’agence et des attentes que l’on a des photographes, a passé un mois à décortiquer une partie des archives pour en extraire un thème : La Maison et le Monde. En passant du « corpus à l’opus », selon les mots du commissaire, c’est un corps photographique, incarné par une génération de photographes, qui en émane. Une mise en abîme, une observation de l’homme sur son œuvre, le territoire. Le titre de l’exposition faisant symboliquement référence au film de Satyajit Ray, on se plairait d’y apposer comme sous-titre celui du film de Remy Belvaux, « C’est arrivé près de chez vous ».

La Maison et le Monde est un vaste programme. Abordé comme une galerie de portraits, sorte de miroir contemporain aux Hommes du XXe siècle d’August Sander, moins exhaustif, certes, mais laissant le chemin ouvert pour d’autres propositions. C’est ainsi que l’on a envie d’aborder cette proposition méditative d’un nouveau regardeur comme une invitation à découvrir des images et des photographes là où on ne les attend pas. C’est une série de portraits. Portraits d’habitants ou portraits de villes et de paysages, il s’agit surtout d’un regard porté sur notre société, et celle, si proche, d’à côté. Un corpus photographique qui fait écho aux goûts de celui qui évoque une « ventriloquie optique ». En espérant que cet opus soit le premier d’une longue série.

Rencontre :

Léonor Matet : Quelles sont les origines de la collaboration avec la coopérative Picturetank ?

Michel Poivert : J’ai été contacté par le biais d’une photographe de Picturetank qui m’a fait part de ce projet d’exposition collective et de sa demande d’avoir un regard et un commissariat extérieurs. Ce n’est pas né d’un projet mûri, c’est une proposition qui a été faite du collectif à un commissaire extérieur. Je ne sais pas pourquoi ils ont pensé à moi.

LM : Connaissiez-vous Picturetank avant de travailler sur ce projet ?

MP : Bien sûr, je connaissais le nom de l’agence mais je n’étais proche ni de leur univers ni de leur pratique.  Ce n’est pas mon univers d’origine.

LM : La base de données est très riche, conséquente. Comment vous êtes-vous emparé de ces archives ? 

MP : Quand on m’a fait cette proposition, j’ai bien sûr regardé plus en détail les corpus qui sont les leurs, et puis j’ai trouvé qu’il y avait une qualité, une spécificité, et une tonalité.

Une tonalité assez homogène dans ce que présente cette coopérative. Cela a demandé beaucoup de travail et de temps, dans un délai court, car il y a en effet énormément de choses à voir, et l’idée était de sortir 120 images. C’est un exercice que je n’avais jamais fait auparavant : avoir un regard complètement libre sur autant de photographes, qui ne soit pas un commissariat où l’on va chercher des œuvres, des œuvres d’art. Ce n’est pas non plus un travail sur une archive comme j’ai pu le faire avec Gilles Caron. Pour moi, ce n’était pas une enquête historique. L’objet de cette coopérative me semblait assez immédiatement symptomatique de l’époque. Une structure contemporaine qui me propose de produire un regard sur eux, j’ai trouvé que c’était une vraie marque de confiance. Je voulais être complètement libre, sans règles ni censures.

LM : Vous tirez des fils et en dégagez la thématique de La maison et le monde. Les images que vous avez choisies ne sont pas les plus symptomatiques de chaque photographe.MP : C’est en ce sens que j’ai travaillé avec ma propre méthode. Disons plutôt que c’était d’une manière très intuitive. J’ai tout regardé, systématiquement. Une première fois, pour voir à quoi je me confrontais. Je n’ai pas tenu compte des noms des photographes – certains n’apparaissent pas – ou de ce qui serait une sorte d’équilibre dans les sujets. J’ai essayé de sortir des images, suffisamment autonomes pour pouvoir vivre en dehors de leur reportage, qui avaient  une cohérence en elles-mêmes et un écho direct avec l’esprit qui se dégageait au fur et à mesure que je regardais ce corpus. Pour le dire autrement, ce n’est pas un editing professionnel, je ne suis pas allé chercher des images dans le but d’une publication ni d’un projet corporate. Ce n’est pas non plus un commissariat artistique : je ne suis pas allé chercher les plus belles images. Rafaël Trapet, cogérant de Picturetank, a été très étonné de la sélection, certainement même embarrassé en interne parce qu’il y a des photographes qui ont trois images, d’autres qui n’en ont pas. Nous n’avons pas négocié là-dessus. Ce qui m’est apparu au fur et à mesure de ce corpus, c’est que les sujets se distribuaient autour de thèmes qui me donnaient le sentiment qu’on parlait aussi bien de ce qui se passait au coin de la rue que de ce qui se passait au bout du monde, dans l’idée de la Maison et le Monde. Le corpus, c’est parler du lointain, de la géopolitique avec une forte conscience d’où on est et  de ce qui se passe chez nous. Ce rapport entre le quotidien et l’exceptionnel, le grand événement et le prosaïque, m’a intéressé.

Je l’ai pris comme un corpus européen, occidental, qui a besoin d’avoir en permanence cette double interrogation : comment fait-on pour vivre chez nous et que se passe-t-il ailleurs ?  Ce n’est pas un corpus photojournalistique, dans le sens où ce n’est pas de l’événement, en tout cas pas du news, mais plutôt quelque chose de l‘ordre de la chronique, du documentaire, du sujet magazine.

Ce qui m’est aussi apparu au fil de ce travail comme étant la marque de la coopérative, c’est cet équilibre, une vraie conscience sociale et politique dans les sujets, dans les manières de les traiter, et un souci esthétique qui fait que les images sont toujours soignées. On sent que les photographes ont acquis une exigence formelle et des références qui ne sont pas celles du photojournalisme mais plutôt celles de la photographie contemporaine.

LM : Avez-vous conservé l’idée d’une narration ?

MP : La sélection est organisée par histoires, comme des petites nouvelles. Des sujets ne sont pas présents dans la sélection car ils ne permettent pas de sortir une seule image.
Il y a des effets de description, de narration, et en sortant une image de son contexte, elle peut ne plus rien vouloir dire, ou si elle est faible elle peut être intéressante dans son corpus.
Le projet étant une exposition, le défi était d’arriver à sortir une image intéressante formellement et qui maintienne son contenu une fois sortie de son histoire. Ce n’était pas évident.

LM : On retrouve votre marque de fabrique, votre regard, le corps dans l’espace urbain. Une esthétique que l’on vous connaît bien, un langage, presque, pourrait-on dire.

MP : Au début j’avais sélectionné beaucoup d’images d’architecture, mais je ne pouvais pas laisser la moitié de la sélection des images d’architecture et je suis finalement davantage revenu sur les gens et le monde, et même sur le paysage.

LM : Vous parlez de cohérence esthétique, on retrouve une douceur, une chromie commune.

MP : Oui, c’est ce que j’appelle une sorte de tessiture. Picturetank choisit des photographes qui sont dans une même veine.

LM : Cet exercice vous a plu ? Cela vous a-t-il donné envie de réitérer l’expérience et de replonger dans leur univers et de tirer de nouveaux thèmes ?

MP : L’exercice m’a beaucoup amusé car j’étais très libre.  Je n’avais ni le poids de l’art contemporain, ni l’exigence du corpus historique. J’ai projeté ma propre esthétique, mon propre goût, avec des images méditatives, du rapport du corps à l’espace, des jeux des images entre elles. J’ai fait deux corpus que j’ai refondus. J’avais 250 images. Certaines images me fascinent, me plaisent, me séduisent. Il y a une vraie forme de légèreté, on me fait confiance pour sortir des images de leur ensemble. Ce n’est pas une pratique habituelle, même en tant que professionnel ou historien, on passe son temps à recontextualiser. Il y a un côté collectionneur-jouisseur très agréable. L’idée serait peut-être de faire circuler l’exposition. Grâce au partenariat avec Philippe Guilvard il va y avoir de beaux tirages soignés, en direct. Il y a quelque chose de précieux, d’élégant qui pour moi appelle plutôt un livre.

EXPOSITION 
La Maison et le Monde
Picturetank, vu par Michel Poivert, critique
et Philippe Guilvard, tireur
Du 1er au 5 juin 2016
Galerie Gare de Marlon
19, rue de la Verrerie
75003 Paris
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 19h
Tél. : 09 67 26 26 46
http://www.garedemarlon.com

ÉVÉNEMENTS
• Visite et Échange en présence de Michel Poivert
Vendredi 3 juin à 17h.
• Rencontre-Signature de livres
Vendredi 3 juin à 18h30.
• Lecture de Portfolio
Vendredi 3 juin de 14h à 16h30.
Professionnels, étudiants ou amateurs, venez montrer votre travail à des photographes et éditeurs de l’agence. Entretien de 30min. 10 euros.
Réservation à cette adresse : carole.bourriot@picturetank.com
• Studio Photo
Dimanche 5 juin de 15h à 18h.
Venez-vous faire tirer le portrait par des photographes de l’agence, seul ou en famille.
• Finissage
Dimanche 5 juin de 18h à 21h
Décrochage et vente de tirages

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