Aujourd’hui est le premier jour de cette folie photographique qui va saisir Paris pendant un mois.
7 festivals, 200 galeries, 90 maisons d’éditions, 150 expositions, des ventes aux enchères ; tout à Paris va s’épeler : PHOTOGRAPHIE.
Cela commence par OFFSCREEN, dont nous présentons 3 volets :
– Un entretien avec son directeur Julien Frydman.
– Une série d’Albert Londe pendant les séances du Dr. Charcot.
– Un apercu des expositions présentées.
Salon consacré aux pratiques expérimentales de l’image fixe et animée, OFFSCREEN compte parmi les propositions les plus originales et exigeantes de ces dernières années. À l’occasion de sa quatrième édition, qui se tiendra du 21 au 26 octobre à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, L’Œil de la Photographie a rencontré son fondateur et directeur artistique, Julien Frydman.
Entretien avec Julien Frydman, fondateur d’OFFSCREEN
Julien Frydman, vous êtes directeur artistique d’ OFFSCREEN que vous fondez en 2022 après avoir entre autres dirigé Paris Photo — au Grand Palais et à Los Angeles — l’agence Magnum ou encore les éditions Delpire. Pourriez-vous nous parler de l’ambition de ce salon et du contexte de sa création ?
Julien Frydman : Tout est parti du constat, lié à mon parcours professionnel, qu’il manquait une proposition permettant de faire vivre toutes les écritures autour de l’image, qu’elles soient en mouvement, sous la forme d’installations ou sculpturales, photographiques ou performatives. Beaucoup d’artistes sont désormais versatiles dans leur utilisation de l’image ou de la photographie. Certains ne perçoivent d’ailleurs même pas ce médium en tant que tel, mais l’utilisent au cœur de leur pratique. Il fallait donc créer un espace pour relier toutes ces approches, un lieu où elles puissent être montrées autrement que comme une œuvre posée dans une foire ou un musée.
L’idée était donc de créer un environnement où l’on questionne, mais aussi où l’on ressent des filiations. C’est le point de départ, l’ADN curatorial d’OFFSCREEN.
Vous inscrivez cette ADN dans une logique de marché.
Julien Frydman : Il y a en effet également une dimension de marché : ces œuvres manquent cruellement de rendez-vous et de structures de diffusion. Il y a bien sûr Loop Fair à Barcelone pour l’image en mouvement, ou Paris Photo pour la photographie, mais finalement peu d’espaces qui donnent une visibilité à ces pratiques, plus particulièrement à des œuvres magistrales, installées in situ, qui ne trouvent pas de véritable cadre de marché. OFFSCREEN constitue donc aussi l’occasion de créer un moment pour ces pratiques qui, même si elles s’inscrivent parfois dans la continuité d’œuvres historiques, sont aujourd’hui profondément contemporaines. Et il fallait qu’elles soient présentes pendant la semaine de l’art contemporain à Paris.
OFFSCREEN se démarque aussi par un côté intimiste, lié au nombre limité d’artistes représentés. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix ?
Julien Frydman : Je crois que l’œil a besoin d’être en capacité d’absorption : on voit bien qu’à un moment, on fatigue. Entre vingt-cinq et trente artistes participent à chaque édition, chacun présentant un statement. On pourrait dire solo show, mais je préfère le terme statement, parce que c’est vraiment une proposition, une œuvre, un travail articulé. Du reste, le souhait étant de créer une expérience immersive, nous travaillons dans des lieux qui ne sont pas des espaces événementiels classiques. Il faut que ça respire, qu’il y ait des dialogues entre les œuvres.
La première édition s’était tenue à l’Hôtel Salomon de Rothschild, un lieu historique du 8ᵉ arrondissement. Les deux suivantes, dans un grand garage haussmannien. Pour cette édition, vous investissez la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière.
Julien Frydman : C’est une chance exceptionnelle de pouvoir exposer dans ce lieu sublime et historique. Il n’y a rien de mieux qu’un lieu dédié à la contemplation pour y montrer des œuvres. Cela permet d’amener des propositions uniques, d’établir un rapport sensible aux œuvres et d’instaurer un véritable dialogue. Dans la chapelle, plusieurs grands tableaux seront visibles — des Piétas, des Christs en croix — créant un échange subliminal entre les œuvres contemporaines et l’iconographie religieuse.
Quelle est l’histoire de ce lieu ?
Julien Frydman : Dans les années 1980-1990 et jusqu’au début des années 2000, la chapelle a accueilli, dans le cadre du Festival d’Automne, de grandes installations d’artistes contemporains : Jenny Holzer, Christian Boltanski, Anselm Kiefer, Bill Viola ou encore Nan Goldin. La Salpêtrière est aussi un lieu chargé d’histoire. Même si cela n’était pas sa fonction originelle, il est très vite devenu, aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, un lieu d’enfermement des femmes, et cela s’est prolongé par la suite. Sans entrer dans tous les détails, c’est un espace habité, marqué par cette mémoire. On sait qu’il y a des œuvres, sans même qu’on les ait choisies pour cela, qui vont résonner avec cette histoire. C’est aussi ici que le docteur Charcot, célèbre neurologue, a développé ses théories sur l’hystérie et notamment l’hystérie dite féminine : un sujet à interroger, bien sûr, et qui entre en résonance avec plusieurs œuvres de cette édition. Nous présentons notamment, en collaboration avec la Galerie Baudoin Lebon, un portfolio d’images d’Albert Londe (1858-1917), qui était le photographe de la Salpêtrière. Il était important de s’inscrire dans cette histoire et de lui redonner une place, d’autant que la chapelle développe aujourd’hui une programmation Culture et Santé.
Pouvez-vous me dire quelques mots sur l’invitée d’honneur de cette édition, Shigeko Kubota (1937-2015) ?
Julien Frydman : Chaque année nous mettons en avant des artistes emblématiques de l’esprit d’OFFSCREEN : Anthony McCall, Rosa Barba, Chantal Akerman. Pour cette édition, nous avons voulu insister davantage sur la dimension art vidéo. Kubota est une pionnière du genre et notamment de la video sculpture où importe ce qui se passe dans l’écran, mais aussi ce qui l’accompagne. La première œuvre de video sculpture à être entrée dans une collection muséale est une œuvre de Shigeko Kubota. C’est une figure essentielle, qui n’a pas assez été mise en avant pour son influence. C’était donc l’occasion de la remettre à l’honneur, de présenter quelques-unes de ses œuvres et de l’inscrire dans ce continuum du travail sur l’image.
Une nouveauté cette année est la création du programme Acquisition et Découverte.
Julien Frydman : Oui, l’idée était de montrer dans un événement de marché, certaines œuvres perçues comme déroutantes ou inhabituelles, et qui sont en réalité collectionnées par les institutions. C’est une manière d’éclairer la prise de risque institutionnelle — construire une collection, être à la pointe, repérer des artistes encore peu compris — et d’inscrire OFFSCREEN dans cette dimension institutionnelle et structurante d’une compréhension de l’histoire de l’art. Deux institutions, le Centre Pompidou (Paris, France) et le ZKM, Centre d’art et de technologie des médias de Karlsruhe (Allemagne), montreront des œuvres récemment acquises, retrouvées ou mises en avant dans leurs archives.
Concluons avec une question qui est sur toutes les lèvres actuellement : comment se porte le marché de l’image ?
Julien Frydman : Ah ! Je crois que cette question doit s’appliquer au marché en général ! Nous traversons évidemment une période de tension. En même temps, je reviens tout juste de Frieze, où plusieurs galeristes étaient très satisfaits de leurs ventes, dès le premier jour. Je pense qu’il existe une vraie demande pour des œuvres importantes, des propositions fortes. On sort, du moins je l’espère, d’une période quelque peu attentiste, mais le marché et les collectionneurs sont toujours là, avides. Et tant mieux s’il y a plus d’exigence : c’est une bonne chose. C’est d’ailleurs ce que nous essayons de faire à OFFSCREEN : être le plus exigeant possible, dans le choix des œuvres comme dans la manière de les montrer, en évitant la saturation inutile. Si la contraction actuelle du marché s’accompagne d’un surcroît d’exigence, elle sera bénéfique à tous.
Entretien par Zoé Isle de Beauchaine
OFFSCREEN PARIS – 4ème edition
du 21 au 26 octobre 2025
La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière
Entrée par le square Marie-Curie
47 Boulevard de l’Hopital
75013 Paris
www.offscreenparis.com
@OFFSCREEN_Paris














