Depuis plus de vingt ans, Nicolás Combarro construit une œuvre qui aime se frotter à la réalité, dans une approche à la fois méthodique et sensible. L’artiste arpente des territoires souvent délaissés — friches industrielles, architectures précaires, lieux d’enfermement abandonnés — et engage avec eux un dialogue presque archéologique. Avant d’intervenir, il observe longuement, collecte, documente, interroge les usages passés et les formes existantes.
Sur site, avec une économie de moyens revendiquée et en puisant dans les matériaux disponibles, l’artiste opte pour une démarche entre la peinture, la sculpture et les projections lumineuses.
Au fil du temps, ce travail patient a donné naissance à un vaste corpus d’images qui composent une véritable cartographie critique des marges architecturales. En se détournant des monuments emblématiques, Combarro s’attache à dévoiler les idéologies à l’œuvre dans les paysages bâtis, celles qui structurent discrètement nos environnements quotidiens.
Les architectures explorées, souvent en ruine ou en mutation, portent en elles une forte dimension temporelle. Une fois fixées, elles semblent suspendues entre passé et devenir, comme si l’image elle-même devenait un espace de transition.
Mirar a otro lado « Détourner les yeux » nous montre une géographie alternative, des constructions anodines qui racontent, en creux, l’histoire des territoires.
Dans Materia del silencio, l’artiste dialogue notamment avec une photographie d’Agustí Centelles prise en 1939 dans le camp d’internement de Bram. L’image, montrant un dortoir saturé de corps entassés, agit comme un révélateur d’une mémoire largement occultée par différents régimes autoritaires.
Arquitectura y resistencia, le photographe s’intéresse aux constructions auto-érigées : abris de fortune, extensions improvisées, habitats de nécessité. Ces formes fragiles, loin des logiques urbanistiques dominantes, affirment pourtant une dimension politique forte ; elles protègent, occupent, résistent.
Sotterranei explore les infrastructures souterraines de Rome et de Naples. Aqueducs, citernes ou carrières dessinent un paysage invisible, façonné par des siècles de labeur souvent occulté, révélant l’envers des villes monumentales.
Serie Negra, consacrée aux Asturies, le voit intervenir sur d’anciens sites miniers à partir de matériaux trouvés sur place. Entre abstraction et sculpture, ses gestes réactivent la mémoire d’un territoire marqué par l’extraction et ses mutations économiques.
L’œuvre de Nicolás Combarro agit ainsi comme un déplacement du regard. Elle nous invite à considérer ce qui reste en marge, à interroger ces systèmes qui organisent nos sociétés, et, surtout, ce qu’ils choisissent de laisser dans l’ombre.
Jean-Jacques Ader
Commissariat d’exposition : Marta Ramos-Izquierdo.
Nicolás Combarro : Mirar a otro lado
jusqu’au 9 Août 2026
Musée Universitaire de Navarre (Pampelune, Espagne) avec La Casa Velazquez
Campus Universitario, s/n,
31009 Pampelune, Navarre, Espagne
https://museo.unav.edu/














