L’exposition de Vanessa Gilles, « Sara, la mémoire de l’eau », est présentée jusqu’au 8 février 2026 en partenariat avec le théâtre pendant le festival Flamenco au Musée des Beaux Arts à Nîmes, Barbara Gouget en est la conservatrice.
Sara la Noire, sainte vénérée par le peuple tsigane aux Saintes-Maries-de-la-Mer, habite les récits, les mémoires et les traditions, et se fait symbole de protection et de passage.
Sara, la mémoire de l’eau interroge la manière dont une communauté transmet ce qu’elle ne peut ni fixer ni archiver : la foi, l’exil, la protection, la mémoire. Le peuple tsigane porte dans son histoire de longues traversées. Parti du nord de l’Inde, il a franchi terres et mers, affronté frontières et obstacles, faisant de l’eau un élément central : passage, promesse et mémoire. Cette mémoire du mouvement entre en résonance avec le récit des Saintes, contraintes de fuir la Palestine pour accoster sur les rivages camarguais. Ces migrations et traversées fondatrices mettent en lumière le rôle central de l’eau comme opérateur de mémoire : elle sépare, relie, efface et transmet.
La tradition rapporte que la barque qui aborda aux Saintes-Maries-de-la-Mer portait neuf personnes, parmi lesquelles Marie Salomé, Marie Jacobé, Marthe, Marie Madeleine. La présence de Sara dans cette traversée demeure incertaine. Deux versions coexistent : celle de la tradition écrite, qui la place dans la barque, et celle de la tradition orale, qui la situe sur la rive, accueillant les Saintes avec un voile bleu, à la manière d’un guide protecteur. Cette incertitude fonde sa puissance symbolique et crée un espace de transmission. La cape de Sara, symbole de la tradition orale, devient alors un manteau protecteur et un seuil entre la terre et l’eau, entre le visible et l’invisible.
Le travail de Vanessa Gilles s’inscrit dans une volonté de transmettre une mémoire. La photographie est vecteur de récit et vecteur de présence. Elle recueille les traces, les survivances, les résonances de gestes, de voix et de regards, permettant à la mémoire de circuler, de ne pas se figer. Les capes imprimées sur soie par l’atelier Chic Philippe Moyen transforment la photographie en présence vibratoire. La soie capte la lumière, le souffle et le mouvement : l’image quitte le registre de la preuve pour entrer dans celui de la transmission sensible et incarnée.
Présentées comme des sanctuaires textiles, ces œuvres dialoguent avec les portraits de femmes et d’enfants tsiganes immergés dans l’eau rituelle. L’immersion n’est pas un motif esthétique, mais un geste de mémoire : se confier à l’eau comme on confie un récit.
Vanessa Gilles : Sara, la mémoire de l’eau
Jusqu’au 8 février 2026
Musée des Beaux Arts – Nîmes
Rue de la Cité Foulc
30000 Nîmes, France
https://www.nimes.fr/que-faire-a-nimes/culture/les-musees-le-planetarium/musee-des-beaux-arts














