La foire milanaise MIA Photo Fair BNP Paribas a ouvert ses portes ce mercredi, et ce jusqu’à ce dimanche 22 mars. Cette 15e édition, dirigée par Francesca Malgara et organisée par Fiere di Parma, rassemble 76 galeries dont 27 sont internationales, et 24 primo-participantes. Suite et fin de nos coups de cœur.
- Leila Erdman Tabukashvili chez A Pick Gallery, Turin
Leila Erdman Tabukashvili est née en 1995 en Sibérie. Elle vivait dernièrement à Tel-Aviv, avec dans son ombre le poids de deux guerres, des voyages et des bouts de vie dans des zones de conflit, des amitiés de hasard et des amours faits et défaits. Ses œuvres cherchent à dire par le fragment photographique et l’écriture poétique une vie pleine de ressentis, traversées de rencontres et d’émois.
« Je pense aux désirs fondamentaux : aimer et être aimé, vivre », disait-elle à Olga Gambari. C’est ce qui la pousse à cette forme de documentation poétique d’une jeunesse de par le monde, à mi-chemin entre le journal et le documentaire, le militantisme de la différence et une subjectivité lyrique portée sur le corps. En petits fragments de clichés et de mots, l’ensemble ouvre grande la porte d’une vie à pleine mesure.
- Giulia Parlato chez Cartacea, Bergame
Dans sa série « Diachronicles », Giulia Parlato se penche au plus près sur des sculptures du XXX. Elle en fige des détails, et au-delà des formes sculptées, la dégradation des visiteurs. Leurs griffures, leurs scribouillages, leurs ratures et quadrillés, leurs graffitis. Le fragment n° 3 rappelle l’œuvre Flèche dans le jardin de Paul Klee, avec dans le cas de la photographie, la flèche pointant ce qui est pourtant déjà visible, portant en elle-même la marque du sacrilège (ou de l’humour, c’est selon). Dans d’autres clichés, ce sont la rouille de la pierre, son jaunissement et ses bruns qui saisissent la photographe. On y voit l’érosion des pierres, l’effacement des patines ; et dans un geste plus large, des mots et des images, des gestes sans aucun sens, les uns sur les autres.
- Roger Ballen chez Building, Milan
Parmi les nombreux solo shows qui ponctuent la quinzième édition de la foire, le photographe américain se voit confier tout l’espace de la galerie Roger Ballen, en face de l’entrée principale de la foire. Sur le petit mur du fond, la galerie milanaise Building y montre de très récents polaroids peints, entre photographie et œuvre graphique, qui rappellent les essais de photographies peintes de Saul Leiter. Ces polaroids s’inscrivent dans l’esprit de ses dernières séries, où les mises en scène de Ballen abordent un aspect plus fantastique, ponctués de créatures informes.
- Todd Hido chez Galeria Alta, Anyos
Todd Hido était déjà en majesté aux Rencontres d’Arles, et le voici au cœur d’une Amérique nocturne, dans des rues larges, sans vie, aux maisons pastel, dans un monde qui semble s’essouffler, dépérir, ou simplement se tenir hors du temps. Photographiée en 1998, « House Hunting » s’intéresse à la périphérie américaine, à son uniformité urbanistique, aux ressemblances qui forment, à la longue, une dissonance par leur étrange conformité.
Autre merveille monographique de la foire, le stand est particulièrement soigné dans sa présentation rectiligne, et montre combien Alta sait projeter en quelques tableaux des atmosphères propres aux artistes qu’elle défend, et ce malgré le contexte commercial d’une foire.
- Roya Khadjavi Projects
Du nom de sa fondatrice, Roya Khadjavi Projects est une plateforme défendant les artistes iraniens sur la scène internationale. À la fois galeriste et commissaire, et plus largement philanthrope, Roya Khadjavi a fondé la plateforme de soutien artistique The Institute of International Education’s Iran Opportunities Fun en 2009 et permis l’acquisition de nombreux artistes, au-delà de la photographie, dans des collections américaines.
Invitée sur la foire, elle présente les œuvres d’Eugenie Flochel, Arman Molavi, Tahmineh Monzavi et Farzaneh Ghadyanloo. Cette dernière montre des sculptures photographiques montrant, là encore, des fragments de corps, des explosions de joie, des formes d’élévations et de chute. Tout cela figurant une métamorphose, thème principal de la foire. Elle définit cette série en cours par ce joli mot, de conclusion :
« Pour s’épanouir, il faut aussi danser. Pour s’épanouir, il faut aussi tomber ».
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