Francesca Malgara est directrice de la foire milanaise MIA Photo Fair BNP Paribas, qui se tient à Milan du 18 au 22 mars 2026. Entretien autour d’une édition nettement plus internationale, à la qualité toujours grandissante.
Vous dirigez la foire depuis trois éditions. Quelle vision aviez-vous de la foire en 2024 et quelle évolution cherchez-vous à conduire depuis votre arrivée ?
Depuis mon arrivée, l’un des changements majeurs a été l’introduction d’une thématique annuelle. Ces trois dernières années, nous avons ainsi travaillé autour des notions de « Changing », « Dialogue » et cette année, le thème structurant porte sur l’idée de « Metamorphosis ». Ces thèmes reflètent à la fois les transformations progressives de la foire et font écho aux transformations constantes du médium photographique, dans ses usages sociétaux comme dans les expérimentations des artistes.
Le fait de proposer un thème a profondément modifié l’approche des galeries. Elles doivent désormais présenter un véritable projet curatorial, ce qui nous permet d’opérer une sélection plus qualitative. De même est renforcé le rôle des commissaires d’exposition. Auparavant, les choix relevaient essentiellement de la direction. Aujourd’hui, nous confions plusieurs sections à des curateurs, ce qui implique d’ouvrir la foire à des regards différents, à des scènes artistiques plus variées.
Cette évolution s’est-elle aussi traduite par une plus grande internationalisation ?
Oui, c’était un autre objectif important, et que nous avons atteint cette année, avec 30 % des galeries viennent de l’étranger. Sur les 76 galeries participantes, 23 participent pour la première fois, ce qui signifie une ouverture de la foire comparée aux précédentes années. Et cette ouverture est encore une fois le fruit des recherches menées par les commissaires, qui explorent différentes scènes artistiques, notamment en Amérique latine (avec un focus « Latino » cette année) permettant de découvrir des galeries et des artistes prometteurs.
Vous avez également donné leur chance à de très jeunes galeries. Je pense notamment à la galerie Vue, fondée il y a à peine quatre mois, et qui a pour actif une seule exposition. Vue a remporté la seconde édition du Casa Museo Molinario Colombari Award, décernée au stand le plus soigné, le plus investi dans une démarche curatoriale sur la foire.
Vue nous avait contacté en décembre dernier et la présentation de l’exposition « Maman est là » de Julie Scheurweghs a été plus que convaincante. C’était une grande chance pour nous comme pour eux de les accueillir. Le fait que cette galerie ait ensuite reçu le Casa Museo Molinario Colombari Award confirme que nous avons eu du nez.
Cette année, de nombreuses galeries ont fait le choix de présentations monographiques. Je pense à la galerie Vu, mais aussi à la Galeria Alta avec Todd Hido, à Building avec Roger Ballen. Est-ce une orientation encouragée par la foire ?
C’est un choix qui comporte un certain risque commercial pour les galeries, mais qui enrichit considérablement la qualité d’une foire artistique Les solo shows permettent une plongée dans le travail d’un artiste, et je crois que c’est particulièrement apprécié par les collectionneurs avertis. Plusieurs m’ont d’ailleurs confié préférer ce type de propositions. Je pense que cette direction contribue aussi à rendre la foire plus lisible et plus cohérente.
Comment situez-vous aujourd’hui MIA Photo Fair dans le paysage milanais et italien de la photographie ?
La foire s’est indéniablement imposée comme la principale foire photographique en Italie. C’est désormais un événement attendu chaque année. Nous espérons maintenir une atmosphère ouverte, où les visiteurs ne se sentent pas intimidés. Tous les visiteurs ne viennent pas nécessairement pour acquérir des œuvres importantes, mais ils peuvent découvrir des artistes, échanger avec les galeries et parfois concrétiser des acquisitions plus tard. Nous constatons d’ailleurs une progression dans l’acte de collectionner. La dimension internationale de Milan s’en fait l’écho, avec de très nombreux internationaux qui ont pris demeure ici. La ville s’est ouverte, indéniablement.
Et c’est justement la première année que la foire se démultiplie dans la ville, avec un programme satellite.
MIA Photo Fair a renforcé les collaborations avec les institutions milanaises. Cette année, plusieurs musées présentent des expositions de photographie en parallèle de la foire, à l’image de 10 Corso Como avec une exposition sur la nouvelle vision de l’Ouest américain — et une invitation donnée à Howard Greenberg. Mais aussi, le Senato Hotel Milano, Tecno Showroom, Alessia Paladini… bien d’autres galeries, qui rejoignent une petite dizaine de musées qui ont également une programmation photographique en lien avec la foire. Par exemple, le MUDEC — Museo delle Culture accueille en ce moment deux siècles d’histoire de la photographie.
Pour finir, que dire de la place donnée aux éditeurs, notamment italiens, au sein de la foire.
Même si cette section reste de taille modeste, j’ai souhaité les relier aux cœurs des galeries. La dizaine d’éditeurs, majoritairement italiens donne un aperçu du dynamisme de l’édition photographique et j’ai souhaité les positionner de façon à ce que tous les visiteurs passent par leurs stands. Ils sont pleinement intégrés au parcours des galeries. C’est un secteur très apprécié, qui rend plus vivante encore la foire.
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