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Léonard Bourgois Beaulieu : Espa.èces menacé.es

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Nous avons reçu la série de Léonard Bourgois Beaulieu intitulée Espa.èces menacé.es. Il la présente ainsi :

La série Espa.èces menacé.es s’inscrit dans la continuité de mes recherches sur la corporalité de la photograph­­ie. J’ai voulu analyser et documenter la vie dans un lieu où l’équilibre écologique est bouleversé par l’activité humaine. J’explore l’empathie pour le vivant à travers des procédés analogiques qui rendent tangible la fragilité du monde naturel.

J’expérimente depuis une quinzaine d’année, la prolifération de micro-orga- nismes sur la surface des négatifs, créant une seconde peau qui libère la photogra- phie de son enfermement temporel. Ces organismes vivants participent activement à l’image et instaurent un rapport non dominateur à la nature. Le négatif devient un corps plutôt qu’un simple support, il se met à vivre. Cette approche m’a conduit à photographier des proches, des ami.es, des personnes en transition, et pour cette séire, des éléments soumis à l’érosion, marqués par l’usure, fissurés, déjà reconquis par la végétation.

Venise s’est imposée comme un cadre idéal pour cette réflexion. Ville encer- clée par l’eau, où chaque effort humain vise à repousser sa disparition, elle est bâtie sur des dalles de pierre d’Istrie réputées pour leur imperméabilité. Pourtant, l’éro- sion, l’humidité permanente et la végétation marine y reprennent progressivement leurs droits.

J’ai exploré les marches des quais et les ruelles immergées à différents mo- ments de la journée, en observant l’influence de la lumière sur la croissance des algues. Certains polaroids ont été directement immergés dans l’eau des canaux, d’autres suspendus sur un fil au-dessus de cette eau, laissés à sécher dans l’air saturé d’humidité. Ce double geste a permis à l’eau, à la brume saline et au climat vénitien d’accélérer le développement des micro-organismes et des minéraux à la surface de l’émulsion, produisant des réactions inattendues. Un véritable transfert s’est opéré entre algues, minéraux et matière photographique.

Les polaroids ont été scannés une première fois pour documenter les altéra- tions visibles, puis à nouveau deux ans plus tard. Ce second scan a révélé une évo- lution marquée : micro-organismes et cristallisations minérales s’étaient multipliés et étendus, montrant une colonisation progressive de la surface. Ces scans successifs rendent compte d’une transformation organique de l’image au fil du temps : la pho- tographie n’est plus un instant figé, elle devient un processus en cours.

Les résultats montrent des réactions organiques surprenantes, modifiant tex- tures et teintes, parfois jusqu’à l’abstraction, où l’image initiale s’efface pour laisser place à une forme inédite. Comme dans la lagune, une lutte silencieuse s’engage entre espèces indigènes et invasives.

À travers cette série, je poursuis une recherche sur une photographie qui se libère de son rôle de simple enregistrement, accepte d’être travaillée par le temps et par le vivant. Plus rien n’est fixe, l’imprévu est total, et le vivant devient co-auteur de l’œuvre tout en rendant visible l’impact humain sur son écosystème.

Léonard Bourgois Beaulieu

http://www.leonardbb.com/

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