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Le Questionnaire : Marc Thiercelin par Carole Schmitz

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Marc Thiercelin : Visionnaire de la mer.

Naviguer, pour lui, n’a jamais été un simple sport. C’est un art de vivre, un langage sensoriel, un dialogue permanent avec les éléments. Toujours en équilibre sur le fil mouvant de l’horizon, Marc Thiercelin — que l’on surnomme « Captain Marck » — incarne l’esprit le plus noble de la course au large : celui de l’endurance, de l’audace, de l’humilité et d’une intelligence sensible du monde.

Cinq tours du monde en solitaire, dont quatre Vendée Globe, marqués par une régularité impressionnante et une détermination sans faille. En 1996, il termine deuxième après 113 jours de mer, affrontant vents contraires et solitude. Deux ans plus tard, il enchaîne avec brio sur l’Around Alone, confirmant une trajectoire exemplaire, faite de rigueur, d’anticipation et d’apprentissage continu.

Mais Marc Thiercelin est bien plus qu’un marin de haut niveau. C’est un homme de transmission, curieux du monde, des cultures, des savoirs. Formé à l’École Boulle, passionné de belles images, amoureux des lignes pures, des matières nobles et du geste juste, il voit dans chaque projet une œuvre à part entière. Il capte la mer avec autant de justesse qu’il la navigue — son regard d’esthète nourrit ses navigations, ses livres, ses conférences. L’image est, pour lui, un vecteur de sens, un prolongement poétique de son rapport au monde.

Aujourd’hui, à soixante ans passés, il revient sur la scène du Vendée Globe avec un projet visionnaire. Son IMOCA, baptisé Marco Polo, ne ressemble à aucun autre : construit en bois, bambou, chanvre et résines bio-sourcées, il incarne une alternative crédible et inspirante à l’ultra-technologie souvent dominante. Ce bateau de course, à la fois performant et respectueux de l’environnement, est un manifeste. Un prototype de la transition écologique, pensé comme un signal fort pour les futures générations de marins.

À ses côtés : des ingénieurs avant-gardistes, des artisans engagés, des partenaires conscients de l’urgence à réinventer nos manières d’être en mer. Plus qu’un retour, c’est une mission : démontrer qu’on peut concilier excellence sportive, innovation durable et vision poétique du monde.

Explorateur des peuples et des océans, écrivain, conférencier, homme d’images autant que de vent, Marc Thiercelin relie les extrêmes avec une cohérence rare. Il ne conquiert pas l’océan : il l’écoute, le traverse, le raconte. Et c’est peut-être là, dans cette alliance du geste et du regard, que se trouve son véritable exploit : nous donner envie, à notre tour, de hisser les voiles autrement.

 

Pour en savoir plus : www.marcthiercelin.com

Instagram : @marc_thiercelin

 

Votre première découverte de la photographie ?
Marc Thiercelin : Ma tante Monique Lefebvre de Longeville, photographe d’enfants (créatrice de l’agence La bande à Marco, puis Lucky Mome ), qui nous a photographiée dès 1964/65 et avec qui nous avons longtemps été des « mannequins » pour les 3Suisses, La Redoute, Elle, Kickers, New man & Co. Puis tous les photographes qui ont jalonnés mon parcours perso depuis 1974 … Klotchkoff, Doisneau, puis pro Demarchelier, Jonvelle, Mingam, ma petite sœur Emmanuelle Thiercelin … la liste est réellement trop longue.

Lhomme ou la femme d’image qui vous inspire ?
Marc Thiercelin : Vivian Maier et Doisneau principalement.

Si vous aviez été photographe, quelle est l’image que vous auriez aimé faire ?
Marc Thiercelin : Celle-ci !

Ouvriers au sommet du Woolworth Building, New York, 1926

Quelle est l’image qui vous a le plus ému ?
Marc Thiercelin : Celle de Richard Lam en juin 2011 durant les émeutes à Vancouver.

© Richard Lam

Et celle qui vous a mis en colère ?
Marc Thiercelin : Celle de Nick Ut bien entendu, « Kim Phuc Phan Thi » prise en août 1972.


© Nick Ut

Une image clé dans votre panthéon personnel ?
Marc Thiercelin : Le « Selfie » de Bernard Moitessier dans “La longue route” lors du Golden Globe en 1969 (1er Tour du Monde en solitaire sans escale).

Selon vous, la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
Marc Thiercelin : Être curieux, être Là, avoir le sens de ce qui se déroule autour de soi. Savoir quitter la situation générale pour en saisir un fragment, une seconde, un truc unique !

Qu’est ce que pour vous la perfection en terme d’image ?
Marc Thiercelin : La capacité à générer une émotion, tout comme un morceau de musique on se souviens en l’écoutant de ce que l’on faisait, il y a des photos images qui ne vous quittent plus.

Si vous étiez photographe, quelle est la personne que vous aimeriez photographier ?
Marc Thiercelin : Ce serait plutôt la nature et le lien entre la nature et l’intelligence de l’homme (le Biomimétisme).

Un livre photos indispensable ?
Marc Thiercelin : “Homage to humanity” de Jimmy Nelson.

L’appareil photo de vos jeunes années ?
Marc Thiercelin : Un appareil étanche dont hélas j’ai oublié la marque. Mais j’ai surtout été marqué par les objectifs des Pentax et autres Hasselblad durant les années 60.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Marc Thiercelin : Mon iPhone (un 11 pro)… oui, oui, j’ai bien dit un 11 pro ! (Rires).

Votre drogue préférée ?
Marc Thiercelin : Le Cinéma, la musique et les images.

La meilleure façon de se déconnecter pour vous ?
Marc Thiercelin : Être soi, réellement, accepter le temps qui passe (sans faire de selfie).

Votre plus grande qualité ?
Marc Thiercelin : Je n’ai pas assez d’encre pour l’écrire !

Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Marc Thiercelin : Les nouveaux métiers, les nouveaux horizons humains & technologiques.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
Marc Thiercelin : Gardien de prison, ou plus généralement tous les types de « gardiens » (parc, temple, chèvre, …).

Quels sont pour vous les ponts entre photographie et navigation ?
Marc Thiercelin : L’Observation, la patience-la patience-la patience, les instants d’éternité qui ne durent pas, ne jamais savoir ce qui va se passer l’instant d’après…

Votre plus grande extravagance en tant que navigateur ?
Marc Thiercelin : Être bloqué à terre.

La ville, le pays ou la culture que vous ne connaissez pas encore et que vous rêveriez de découvrir ?
Marc Thiercelin : Le japon. Depuis ma plus tendre enfance, je mange, lis et me passionne pour la culture japonaise très différente de la nôtre, voir même à notre exact opposé. Enfant nous mangions japonais, ma mère nous faisait pratiquer la macrobiotique. Plus tard, il y eu pour moi le design, l’envie d’entrer dans la même école que Kenzo Takada. L’architecture ancienne du japon, les matériaux, la technologie, toutes ces choses m fascinent vraiment.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Marc Thiercelin : Les îles : Bréhat, Porquerolles, mais également les iles que j’ai croisé tout autour du monde.

Votre plus grand regret ?
Marc Thiercelin : Joker.

En terme de réseaux sociaux, êtes vous plus Facebook, Instagram, Tik Tok ou Snapchat ?
Marc Thiercelin : LinkedIn & Instagram.

Couleur ou N&B ?
Marc Thiercelin : Au commencement était le noir et blanc. Je suis né en 1960, à l’époque, le monde était essentiellement en noir et blanc.

Lumière du jour ou lumière artificielle ?
Marc Thiercelin : Lumière du jour.

La ville la plus photogénique ?
Marc Thiercelin : Rio de Janeiro.

Si Dieu existait, lui demanderiez-vous de poser pour vous, ou opteriez-vous pour un selfie avec lui ?
Marc Thiercelin : Étrange question !!! En fait, je ne crois ni en dieu, ni en aucune divinité humaine ou non ! Mais au cas où, il poserait pour moi, car je suis dieu ; ah mais ! (Rires)

L’image qui représente selon vous l’état actuel du monde occidental ?
Marc Thiercelin : Les selfies, hélas !

Qu’est-ce qui manque dans le monde d’aujourd’hui ?
Marc Thiercelin : L’envie de se calmer !

Et si tout était à refaire ?
Marc Thiercelin : Eh bien, on y retourne, et… on recommence, car la vie c’est le mouvement et hop c’est parti !!!

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