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Le Questionnaire : Kazuaki Koseki par Carole Schmitz

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Kazuaki Koseki : L’éphémère en héritage

Originaire de Yamagata, au nord du Japon, Kazuaki Koseki est à la fois l’héritier d’une lignée photographique et un témoin sensible d’un monde en mutation. Issu d’une famille de photographes de studio, il a choisi de détourner l’appareil de sa fonction traditionnelle pour aborder la nature comme une archive vivante – fragile, changeante, impermanente. Ses images, souvent baignées d’une lumière diaphane et enveloppées de brume, se situent à la frontière du visible et de l’invisible. Elles révèlent ce qui n’existe qu’un instant : la fonte des neiges inondant un lac, la force soudaine d’un orage, ou le frémissement phosphorescent des lucioles dans la nuit d’été.

Ce qui caractérise l’œuvre de Koseki, ce n’est pas la description documentaire des paysages, mais leur traduction sensorielle. Il ne photographie pas la nature telle qu’elle apparaît, mais telle qu’elle se dévoile dans sa fugacité : matière, souffle, silence. Sa démarche ressemble à une méditation visuelle, où le regard devient réceptacle des métamorphoses, comme si chaque image captait une mémoire déjà en train de s’effacer.

Sous cet angle, son travail dépasse la pure contemplation. Derrière la beauté hypnotique de ses photographies se cache une conscience aiguë de la fragilité du monde. Ses images nous rappellent que ce que nous admirons est perpétuellement menacé, et que la beauté porte en elle une urgence : celle de préserver ce qui peut encore l’être.

Équilibrant le poids de la tradition familiale et une inquiétude écologique contemporaine, Koseki s’est imposé comme une voix singulière dans la photographie japonaise actuelle. Ses images – suspendues entre poésie et gravité – ne cherchent pas à ériger la nature en icône, mais à en restituer la respiration, aussi fragile qu’essentielle.

 

Website : www.kazaukikoseki.com
Instagram : @isseycraft

Actu : Jusqu’au 2 novembre, Kazuaki Koseki participe à la 13e saison photographique de l’Abbaye Royale de l’Epau, aux portes du Mans (Yvré-l’Evêque).

 

Votre premier déclic photographique ?
Kazuaki Koseki : Je suis fils aîné d’une famille possédant un studio photo. J’ai grandi dans un environnement où la photographie était omniprésente, aidant à sécher les tirages lavés encore enfant. Mais ce n’est qu’à l’âge adulte que j’ai commencé à travailler dans le studio et à réaliser des portraits sous la direction de mon père. La photographie de nature était alors un simple hobby, que je pratiquais lors de mes sorties en montagne, en forêt et le long des rivières pour la pêche à la mouche, activité originaire du Royaume-Uni que j’ai découvert à la même époque. Le 11 mars 2011, le séisme de Tōhoku a frappé la côte est, incluant la préfecture de Miyagi où j’avais vécu. Voir mes amis mourir et tant d’autres affectés m’a appris la férocité de la nature et la fragilité de la vie. Puis l’accident de Fukushima a plongé la région dans une terreur invisible, touchant même la rivière que je fréquentais. Ces expériences ont été un puissant moteur pour créer mon œuvre.

L’homme ou la femme d’image qui vous inspire ?
Kazuaki Koseki : Parmi les femmes photographes, j’admire particulièrement Rinko Kawauchi et Terri Weifenbach, dont le travail résonne profondément en moi.

L’image qui vous a le plus ému ?
Kazuaki Koseki : Quand j’ai vu, alors que j’avais une vintaine d’années , un tirage original d’Ansel Adams pris à Yellowstone, j’ai été bouleversé par la beauté de ses gradations tonales.

Celle qui vous a mis en colère ?
Kazuaki Koseki : Je ressens une grande colère envers les photographies plagiées. Les nouvelles images, concepts ou mots – créés au prix d’un investissement personnel ont une valeur particulière pour leur auteur. Cependant, je ne considère pas que des œuvres inspirées par le respect soient intrinsèquement mauvaises.

Quelle photo a changé le monde ?
Kazuaki Koseki : La photographie peut-elle changer le monde actuel ? Dans une ère saturée d’images, ce serait un miracle, mais j’espère un jour voir une telle photo.

 Et quelle photo a changé votre monde ?
Kazuaki Koseki : En découvrant les paysages marins de Hiroshi Sugimoto, j’ai compris que l’expression photographique pouvait être beaucoup plus libre et puissante.

Ce qui vous intéresse le plus dans une image ?
Kazuaki Koseki : Les sujets imprévisibles. Par exemple, les traînées lumineuses des lucioles que je photographie sont toujours changeantes ; je ne peux jamais capturer la même lumière deux fois. J’apprécie le processus de les photographier tout en réfléchissant à ce phénomène intrinsèquement imprévisible et aux raisons de son apparition.

La dernière photo que vous avez prise ?
Kazuaki Koseki : Hier, nous sommes allés à la rivière, et voici une photo de ma fille s’amusant dans l’eau.

Un souvenir photographique de votre enfance ?
Kazuaki Koseki : Le portrait du mentor de mon père, qui trônait chez nous. Mon père, photographe de studio, avait été formé par ce mentor dans sa jeunesse. Je me souviens encore très bien avoir vu chaque jour ce portrait de son mentor. Cet homme était aussi mon parrain.

Selon vous, quelle qualité est nécessaire pour être un bon photographe ?
Kazuaki Koseki : La persévérance, ne jamais abandonner et garder une forte volonté.

Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?
Kazuaki Koseki : Une photo que l’on peut contempler sans jamais se lasser.

La personne que vous aimeriez photographier ?
Kazuaki Koseki : J’aimerais photographier les gens tout au long de leur vie, des individus ordinaires venant régulièrement au studio, des bébés aux personnes âgées. 

Un livre de photographies indispensable ?
Kazuaki Koseki : Je ne collectionne pas beaucoup de livres, mais je feuillette parfois la collection de Terri Weifenbach prise à Giverny, en France. Cela me procure toujours un sentiment de richesse et de tranquillité.

L’appareil photo de votre enfance ?
Kazuaki Koseki : Un Nikon F3 que mon père m’a offert quand j’ai rejoint le club photo au lycée. Avant cela, je prenais occasionnellement des photos avec le compact de mon père.

Celui que vous utilisez aujourd’hui ?
Kazuaki Koseki : Un reflex numérique Nikon.

Comment choisissez-vous vos projets ?
Kazuaki Koseki : Passer du temps dans la nature m’inspire beaucoup. Mais ce n’est qu’en pratiquant constamment, en réfléchissant à l’histoire des lieux et à ma connexion personnelle, qu’émerge quelque chose de distinctif. Ces fils tissés deviennent souvent un projet.

Comment décririez-vous votre processus créatif ?
Kazuaki Koseki : La première étape consiste à observer et photographier simultanément. La seconde est la sélection et le traitement numérique pour affiner tons et aspects. La troisième, l’impression, implique le choix du papier, l’harmonisation des tons et l’ajout d’une subtile individualité. Pour citer Ansel Adams : la première étape écrit les paroles, la seconde compose la musique, la troisième est l’exécution.

 Un projet à venir qui vous tient à cœur ?
Kazuaki Koseki : Reborn capture des marais gelés en hiver avec des drones. Commencé il y a près d’une décennie, le projet explore des motifs étranges sur les marais gelés. Après des années de recherche et d’observation, j’ai enfin pu les voir de près un spectacle au-delà de mes attentes, comme assister à la renaissance d’un être vivant. La série a été finaliste aux Sony World Photography Awards et exposée au Royaume-Uni, mais continue d’évoluer.

 Votre drogue préférée ?
Kazuaki Koseki : Je ne prends pas de drogues, mais le temps passé dans la nature me nourrit physiquement et mentalement.

Le meilleur moyen de déconnecter ?
Kazuaki Koseki : Je ne suis pas doué pour ranger et ai tendance à accumuler, ce qui est à la fois un trait et un défaut de caractère.

Votre relation personnelle à l’image ?
Kazuaki Koseki : Elle repose souvent sur des relations personnelles. Les images liées à ces liens deviennent des projets. Je photographie dans le lieu où je vis depuis ma naissance, intégrant histoire locale, culture et connexions personnelles.

 Qui aimeriez-vous voir vous photographier ?
Kazuaki Koseki : Je ne sais pas, mais j’aimerais que quelqu’un capture des expressions et aspects de mon caractère que je n’ai jamais vus.

Votre dernière folie ?
Kazuaki Koseki : Bien que ne parlant uniquement que le japonais, j’ai visité la France et l’Italie. Tout le monde a été bienveillant, et les applications de traduction m’ont permis de profiter pleinement de l’expérience.

 Une image pour illustrer un nouveau billet de banque ?
Kazuaki Koseki : J’aimerais un billet avec une luciole.

Si vous n’aviez pas été photographe ?
Kazuaki Koseki : Jusqu’à l’adolescence, j’avais pensé devenir architecte. J’aimais construire et imaginer des bases secrètes en forêt ou dans des terrains vagues.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ?
Kazuaki Koseki : J’ai longtemps rejeté l’idée de reprendre le studio familial. Après quelques années de réflexion, j’ai compris les efforts de mes parents et je leur suis reconnaissant. J’ai ensuite été apprenti de mon père et repris le studio.

Votre plus grande extravagance professionnelle ?
Kazuaki Koseki : Passer du temps seul dans la nature, ému par un événement.

Une question qui vous fait dévier ?
Kazuaki Koseki : Tout ce qui concerne la nature, surtout les arbres, ou la pêche à la mouche.

La dernière chose que vous avez faite pour la première fois ?
Kazuaki Koseki : Mon voyage en France, en solo et sans parler la langue. Une expérience précieuse qui m’a beaucoup appris.

 La ville, le pays ou la culture que vous rêvez de découvrir ?
Kazuaki Koseki : Après la France et l’Italie, je souhaite explorer d’autres villes européennes et leurs cultures.

L’endroit dont vous ne vous lassez jamais ?
Kazuaki Koseki : La rivière de mon enfance dans la préfecture de Yamagata, toujours changeante malgré son flux constant.

Votre plus grand regret ?
Kazuaki Koseki : Je n’ai que peu de regrets, car j’accepte ma vie telle qu’elle est.

Réseaux sociaux préférés ?
Kazuaki Koseki : Instagram, pour sa simplicité visuelle et intuitive.

Couleur ou noir et blanc ?
Kazuaki Koseki : Les deux ont leurs mérites. Je convertis parfois le numérique en monochrome pour vérifier la qualité tonale.

Lumière du jour ou artificielle ?
Kazuaki Koseki : La lumière naturelle. Ayant appris à travailler à la lumière artificielle en studio, je compare maintenant les deux pour reproduire la lumière de la nature.

Ville la plus photogénique ?
Kazuaki Koseki : Tokyo, paysage artificiel en constante transformation, et Le Mans, ancienne ville française riche en histoire.

Si Dieu existait, portrait ou selfie ?
Kazuaki Koseki : Je préférerais voir et capturer la forme naturelle et quotidienne de Dieu.

Votre dîner idéal ?
Kazuaki Koseki : Assister à un concert d’Enya en direct serait parfait.

Image représentant l’état actuel du monde ?
Kazuaki Koseki : Une image abstraite et chaotique, reflétant un monde en flux constant.

Ce qui manque selon vous dans le monde actuel ?
Kazuaki Koseki : Un peu plus de considération pour toutes choses pourrait améliorer notre vie collective.

Si vous deviez tout recommencer ?
Kazuaki Koseki : Je voudrais continuer sans regret et pouvoir dire : « Cette vie me suffit ! »

Ce que vous aimeriez que l’on dise de vous ?
Kazuaki Koseki : Être complimenté peut être agréable, mais recevoir trop de compliments peut parfois rendre mal à l’aise.

Une dernière chose à savoir ?
Kazuaki Koseki : Je ne sais pas mentir, donc je suis assez honnête.

Mot de la fin ?
Kazuaki Koseki : Mon travail est actuellement exposé à l’Abbaye Royale de l’Épau au Mans, France, jusqu’en novembre. C’est la première fois que mon travail, réalisé au Japon, est montré en France. Si vous pouvez visiter l’exposition, ce serait un grand honneur, et je serais ravi que vous consultiez mon Instagram ou laissiez un commentaire.

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