C’est un exercice peu commun que nous vous proposons cette semaine à travers notre Questionnaire : demander à Guillaume Dambier de répondre à certaines de nos questions comme Georges Dambier, son père, l’aurait fait. Une plongée dans deux générations de regards photographiques, entre héritage et singularité.
Né dans le monde de la photographie, Guillaume Dambier a grandi dans l’ombre d’un père dont la renommée résonne encore aujourd’hui : Georges Dambier, maître des portraits et des photographies de mode des années 1950 et 1960, dont les images respirent une élégance intemporelle. Peu intéressé par le cadre scolaire, Guillaume est très tôt initié à l’art photographique dans le studio familial, d’abord au laboratoire, manipulant les révélateurs et tirages, avant de se tourner vers la prise de vue. À la différence de son père, il se détourne de la mode pour explorer la narration visuelle et le reportage, fasciné par la manière dont Georges capturait l’essence de ses sujets.
Guillaume s’oriente vers le photojournalisme, intégrant les agences Gamma puis Sygma, où il couvre des univers aussi divers que passionnants : du Dalaï Lama aux skinheads, des deux intifadas à des scènes de vie urbaine, posant un regard lucide et intense sur le monde. Au début des années 2000, face aux bouleversements du monde de la presse, il redécouvre dans les archives de son père des trésors oubliés, comme cette image saisissante de Suzy Parker se remaquillant devant la vitrine de Lanvin. Pour Guillaume, Georges incarnait l’élégance, l’aventure et un esprit à la James Bond d’une époque révolue, mais sans les combats.
Cette révélation le pousse à quitter la presse pour se consacrer à la sauvegarde et à la mise en valeur de l’œuvre de Georges. Il rapatrie les archives dans le Périgord et engage son père dans un travail hebdomadaire de sélection d’images marquantes, qui attire bientôt l’attention de Michael Hoppen, prestigieux galeriste londonien. Ensemble, ils retracent les dates, les anecdotes et le contexte de chaque tirage, redonnant vie à cet héritage unique.
Depuis le décès de Georges en 2011, Guillaume poursuit avec passion cette mission : faire reconnaître l’immense talent de son père et préparer une grande exposition institutionnelle, à l’image de son œuvre intemporelle, pour la faire redécouvrir au public contemporain.
Quel a été le déclic photographique de Georges ?
Guillaume Dambier : Son amitié avec Willy Rizzo, qui a été une révélation dans sa vision du portrait.
L’homme ou la femme d’images qui pouvait l’inspirer ?
GD : Richard Avedon, sans hésitation.
L’image que vous aimeriez réaliser si vous en aviez l’occasion ?
GD : Un portrait de Joe Strummer, capturer sa rébellion et son énergie.
L’image qui aurait pu émouvoir Georges ?
GD : Audrey Hepburn à vélo avec son chien, par Sid Avery.
Et celle qui vous a ému ?
GD : Le reportage de W. Eugene Smith sur Minamata, surtout l’image de Tomoko au bain (1972). Un choc visuel et émotionnel.
Le style d’images qui aurait pu mettre Georges en colère ?
GD : Tout ce qui flirtait avec la vulgarité ou la laideur. Il rejetait cela, que ce soit en photographie, en architecture ou dans l’art en général.
Une image clé de son panthéon personnel ?
GD : « Dovima et les éléphants » de Richard Avedon.
Et du vôtre ?
GD : « Le grain de tabac » d’Irving Penn.
Un souvenir photographique de votre enfance auprès de votre père ?
GD : Ma grand-mère engueulant mon père parce qu’il ne nous photographiait jamais. Mon père se considérait comme artisan : la photographie était un métier, pas un loisir. Je ne l’ai jamais vu avec un appareil en dehors du cadre professionnel.
L’image qui l’obsédait ?
GD : La suivante.
Selon vous, quelle est la qualité nécessaire pour être un bon photographe ?
GD : Dans le photojournalisme, c’est la chance : être au bon endroit au bon moment.
Le secret de l’image parfaite, s’il existe ?
GD : L’accord parfait entre timing, lumière et sujet. Pour un boxeur, on parlerait de « punch ».
La personne que Georges aurait aimé photographier ?
GD : Audrey Hepburn, évidemment. Mais aussi Fanny Ardant, qu’il trouvait d’une beauté exceptionnelle.
Un livre de photos indispensable ?
GD : « La chambre claire » de Roland Barthes, qu’il gardait toujours sur sa table de chevet.
L’appareil photo de votre enfance ?
GD : Canon AE1.
Celui que Georges utilisait le plus ?
GD : Hasselblad.
Sa « drogue » préférée ?
GD : La beauté sous toutes ses formes.
Et la vôtre ?
GD : Les profiteroles au chocolat !
Quel était le meilleur moyen de déconnecter pour votre père ?
GD : Passer du temps avec ses amis.
Et pour vous ?
GD : La nature.
Sa relation à l’image ?
GD : La quête du charme.
Et la vôtre ?
GD : Raconter une histoire.
Sa plus grande qualité ?
GD : Son œil implacable. Il pouvait remarquer un tableau de travers dans un restaurant et se lever pour le remettre droit. À la maison en Dordogne, nous chronométrions combien de temps il mettait à remarquer un objet déplacé : quinze secondes maximum.
Sa plus grande folie ?
GD : Sa maison, le Chaufourg à Sourzac, un lieu hors norme.
L’image qu’il aurait choisie pour un nouveau billet de banque ?
GD : Un portrait de Charles Trénet.
Et vous ?
GD : Un nu de Modigliani.
Le travail qu’il n’aurait pas aimé faire ?
GD : Percepteur.
Sa plus grande extravagance professionnelle ?
GD : Rien n’était impossible pour réaliser l’image qu’il avait en tête.
La ville, le pays ou la culture qu’il aurait rêvé de découvrir ?
GD : Zanzibar car je l’ai entendu toute mon enfance dire «Si vous continuez à me gonfler je me tire à Zanzibar !».
Et vous ?
GD : Angkor, sans doute fascinant.
L’endroit dont il ne se lassait jamais ?
GD : La Dordogne.
Son plus grand regret ?
GD : Ne pas avoir photographié Audrey Hepburn.
Et le vôtre ?
GD : Ne pas avoir commencé plus tôt à travailler avec lui sur ses archives.
Couleur ou N&B ?
GD : N&B.
Lumière du jour ou artificielle ?
GD : Les deux.
La ville la plus photogénique selon lui ?
GD : Paris.
Et selon vous ?
GD : New York.
Si Dieu existait, pensez-vous qu’il aurait pu lui demander de poser ?
GD : Oui, à condition qu’il se rase la barbe.
Si je pouvais organiser son dîner idéal, qui serait à table ?
GD : Un mélange d’artistes et de personnalités françaises de son époque, mais il aurait sans doute préféré dîner avec ses parents.
Le mot de la fin ?
GD : Clic clac merci Kodak.













