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Intelligence Artificielle par Thierry Maindrault

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Chronique Mensuelle de Thierry Maindrault

Nous nous retrouvons, une fois encore avec une expression, sortie de nulle part et qui n’a strictement aucun rapport avec les définitions associées de ses deux composants. Je vais décevoir nombre d’entre vous ; mais, une véritable intelligence artificielle n’existe toujours pas en l’état de nos connaissances. C’est du beurre en broche comme le disaient nos grands mères pour souligner une antinomie débouchant sur une stérilité. L’intelligence ne peut être artificielle, son émergence est liée au fonctionnement biologique d’un système nerveux. Comme nous l’avons déjà évoqué, l’intelligence ne peut pas se transvaser, même d’un cerveau à un autre cerveau, la connaissance se transfert, le geste et le savoir s’apprennent. L’intelligence reste stupidement attachée à une seule boite crânienne avec ses mémoires et ses procédures de fonctionnement. Comment peut on imaginer un vase communicant entre un cerveau biologiquement extrêmement complexe avec des capacités inépuisées à ce jour et un assemblage moléculaire statique statuant pour un oui ou pour un non, sous une pression conditionnelle unique. Même une infinité de suites optionnelles binaires ne saurait affirmer «je pense donc je suis». Ce dont d’aucuns se gargarisent à longueur de temps : l’intelligence artificielle n’est qu’un outil digital à base de séries de fonctions binaires et sans aucune interaction multi-spatiale. Ce que les cerveaux les plus simples pratiquent sans aucune interruption, depuis leur conception jusqu’à leur mort biologique.

Cette mise en évidence étant faite, cela ne retire rien aux capacités de plus en plus importantes des séries binaires que des informaticiens et des concepteurs d’algorithmes ont transformées en outils d’une capacité et d’une efficacité redoutables. L’intégralité de nos vies quotidiennes est, -dans tous les domaines-, tous les jours sous l’agressivité et les performances de ces outils que nous devons apprivoiser. Il va de soi que comme tous les outils depuis leur invention, il y a des bons et des mauvais tant pour leur qualité propre que pour les usages que nous en faisons.

Notre Photographie, deux siècles après sa naissance supposée, n’échappe pas à la règle de l’automatisation et à la course à la performance. Encore une fois le «ne faites rien on s’occupe de tout pour vous» revient sur le devant de la scène.

Demain votre petit « humanoïde » partira sur votre ordre photographier la pâquerette de votre jardin ou votre jolie voisine qui vous émeut tant. Plus besoin de choisir, l’optique, l’heure de la journée, le type d’éclairage, le décor de fond, le capteur adapté, la composition ou toute autre contrainte. Votre robot servile s’occupe de tout une fois encore. Votre (ou plutôt son) image sera immédiatement accessible par le Monde entier et enregistrée par huit milliards de petits robots asservis. Ne rions pas amis photographes car ces élucubrations, déjà réalisées techniquement, seront chez vous demain matin. Consolons nous, nos collègues musiciens, cuisiniers, sculpteurs et autres créateurs sont dans le même sac, place aux outils et à l’extinction de l’intelligence. Peu des nouveaux créateurs qui se disent photographes sont capables de faire une mise au point manuelle, une profondeur de champs adaptée, une capture lumineuse équilibrée, etc… Il en est de même pour l’ensemble de notre civilisation combien arrivent encore à compter de tête, à repérer une orientation, à mémoriser un numéro de téléphone ? Calculette, Gps et autres Smartphones ne sont pas intelligents ; mais, ils ont su détruire une grande part de notre intelligence avec notre bienveillance.

Les outils sont très utiles tout comme leurs perfectionnements successifs. Collègues, par pitié, ne confondons pas l’usage d’un outil et un nouveau mode de vie, cela peut devenir très dommageable pour l’utilisateur.

Dans cette course technologique, dont le but ultime reste l’aplatissement de nos porte-monnaies, nombreux sont les fervents de la photographie qui s’imaginent que l’appareil de prise de vue fait l’artiste. Ils croient que l’escalade technologique est indispensable pour atteindre les sommets de la reconnaissance qu’ils désirent tant. Cette croyance s’appuie sur des appareils qui deviennent de plus en plus autonomes. Combien de fois croisons nous le Monsieur (tout aussi valable pour la Madame) avec l’appareil sur équipé  à dix mille euro autour du cou. C’est l’artiste qui vient se coller derrière vous et qui appuie ostensiblement sur le petit bouton vert : «appareil s’il te plaît occupe toi de cette image pour moi». Remarquez que si c’est la dame qui tient l’appareil en question, son conjoint passe au-dessus de votre autre épaule avec son dernier smartphone pour sécuriser la chose bien entendu.

Je n’ai aucune hostilité à l’égard de la technologie, bien au contraire, car j’aime à comprendre le motif d’un changement, comment cela fonctionne et comment s’en servir (cette curiosité j’ai l’ai toujours trouvé chez les photographes reconnus quelque soit leur style et leurs compétences). Mais, il est hors de question que l’appareil décide de la focale déterminante, de œil du portrait à choisir pour le plan de netteté, de la profondeur de champs, de la composition structurelle, de la luminosité à ma place. Je ne délire pas, ce matériel existe déjà dans le commerce. Je suis prudent car autant de fonctions toutes aussi importantes existent aussi sur votre ordinateur et s’empressent de prendre la main si vous n’êtes pas attentif.

Quels merveilleux outils, mais par pitié photographes de tous horizons ne perdons pas nos têtes, nos cerveaux et leur créativité.

Thierry Maindrault, 09 avril 2021

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