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Bande organisée : L’Œil parlant

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Né de la conviction que la photographie peut être un levier de transformation sociale, L’Œil parlant réunit à Nantes six femmes photographes, artistes et curatrice, inspirées par les valeurs de l’éducation populaire. À travers des ateliers participatifs, des interventions auprès de publics fragilisés et des créations collectives, elles défendent une pratique artistique capable de créer du lien et d’agir sur la société. Discussion avec Adeline Praud, à l’origine du collectif en 2018 et Cynthia Gonzalez-Bréart qui l’a rejoint l’an dernier.

 

Quelle est l’historique qui précède la naissance de L’Œil parlant ?

Adeline Praud : Ça remonte à plus de quinze ans. En 2011, j’ai été catapultée dans un mouvement d’éducation populaire qui s’appelle Solidarités Jeunesses. J’y ai découvert ce que signifiait faire collectif, embrasser un projet capable d’avoir un impact positif sur la société, les liens qui peuvent se tisser dans une association, grandir et apprendre ensemble.

Des expériences qui vous ont menée à la photographie participative ?

Un jour, la déléguée nationale de Solidarités Jeunesses m’a parlé de cette manière de travailler. En janvier 2018, j’ai suivi une formation à la photographie participative à Londres, animée par Photovoice UK. L’idée, c’est de ne plus être artiste intervenante mais facilitatrice, d’être au service du groupe et du projet qui se crée ensemble. Très vite, j’ai vu le potentiel de cette approche et j’ai identifié, à Nantes, des personnes qui pourraient avoir envie de créer une association utilisant la photographie pour œuvrer à des transformations sociales positives. Il y avait des enseignants, des graphistes, des journalistes…

Comment avez-vous réussi à faire collectif autour de ce projet ?

Pendant deux ans, on a travaillé la vie associative et on a passé du temps ensemble pour que je leur transmette ce que j’avais appris de la photographie participative. Dès le départ, il était évident que je voulais que cela devienne un espace collectif, un outil partagé entre pairs, dans lequel on réfléchit ensemble et où chacun trouve sa place. Il a aussi fallu faire les bons choix, avec les bonnes personnes. L’idée que nous soyons essentiellement des femmes me plaît beaucoup.

Vous menez des projets et des ateliers auprès de groupes sociaux fragilisés, en centre de détention, dans des lieux d’accueil ou avec des associations de soutien… C’est un véritable engagement, autant artistique que social.

Pour moi, c’est un vrai choix d’assumer ma fonction sociale d’artiste. Une éducatrice en milieu carcéral m’a dit récemment : « Ce n’est pas juste un atelier photo, vous les mettez au travail, ces jeunes. » C’est assez parlant sur le rôle que l’on peut avoir. Par exemple, on a créé le projet “Ouvrir le diaphragme” quand Armandine Penna m’a transmis l’appel à projet du département de Loire-Atlantique pour la lutte contre les violences faites aux femmes. En quelques années on a mené trois ateliers auprès des victimes, trois ateliers auprès des auteurs.

Cynthia Gonzalez-Bréart : C’est très important de tenter d’inventer un nouvel écosystème : montrer comment l’art peut changer les choses, avoir un impact dans la société, montrer aussi que l’on peut agir en tant qu’individu.
Tout cela demande du temps, avec les partenaires mais aussi au sein du collectif.

Adeline Praud : C’est primordial, et c’est ce que l’on s’est offert la semaine dernière pendant une journée de séminaire. L’idée, c’était de partager des expériences, des outils, mais aussi de parler de ce qui nous mettait en difficulté. Par exemple, j’ai dit que, lors d’ateliers avec des publics vulnérables, je ne voulais plus être chargée de mobiliser les participants. C’est différent pour Andrea Wasaff et Céline Gobillard, par exemple, qui sont implantées dans un quartier et qui mobilisent plus facilement. C’est important de verbaliser la manière dont chacune souhaite s’impliquer dans le collectif, pour avancer sans culpabilité ni ressentiment.

Vous êtes six membres, avec en commun des champs d’action pluriels.

Adeline Praud : On a toutes plusieurs casquettes. Je suis photographe, enseignante, formatrice et je commence à assumer de me dire poétesse. Andrea Wasaff est artiste visuelle et vidéaste. Céline Gobillard est photographe et travaille dans l’univers du spectacle et de la danse. Julia Briend est photographe et graphiste. Armandine Penna est photographe et journaliste. Cynthia est la seule qui ne soit pas photographe.

Cynthia, quel est votre travail et votre rôle au sein du collectif ?

Cynthia Gonzalez-Bréart : J’écris, je suis curatrice, et je travaille dans la photographie depuis plus de dix ans. J’anime des ateliers et je tente aussi d’apporter un nouveau regard sur le travail des cinq photographes. Cela va notamment s’illustrer à l’horizon 2027 avec une exposition collective de L’Œil parlant qui fera se croiser différentes pratiques : photographie, sculpture, danse, vidéo… Nous allons aussi jouer avec les façons d’exposer, autour d’une thématique liée à la notion de corps et à la manière dont les corps servent de support à différentes projections : la politique, les résistances, etc. C’est aussi un reflet de notre humanité, ça parle de nos paysages intérieurs, c’est très riche.

Adeline Praud : C’est un privilège d’avoir une curatrice au sein du collectif et de créer un nouveau projet à partir du regard d’une sixième personne sur le travail de cinq photographes.

 

Plus largement, l’idée est de créer une communauté autour de la photographie à Nantes ?

Adeline Praud : L’an dernier, Céline Gobillard a notamment proposé d’organiser un parcours photo qui a rencontré un grand succès et qui sera reconduit l’an prochain. De novembre à fin juin, nous proposons tous les mardis soir une séance de deux heures autour de la photographie. On peut s’inscrire à l’année ou à la séance. Cela permet de valoriser la présence de nos pairs sur le territoire, de créer une forme de vitalité, d’agiter le réseau des photographes, de mettre en lumière leurs compétences et leur singularité. Les personnes qui participent sont engagées dans leur pratique, avec l’envie de la faire évoluer.

Cynthia Gonzalez-Bréart : C’est l’idée d’une école populaire de la photographie. C’est ouvert à tout le monde, on part de là où les personnes en sont dans leur projet, et à partir de là, il peut se passer beaucoup de choses. Cela a vraiment redynamisé certaines personnes dans leur pratique. On essaie de toucher à une forme de transversalité, d’ouvrir le champ de la photographie et, plus largement, de l’art.

Adeline Praud : Ce que nous cherchons à construire est pensé pour le territoire sur lequel nous évoluons. Maintenant, on aimerait être reconnus comme une structure qui active et fait vivre l’écosystème de la photographie à Nantes, en parallèle d’autres acteurs comme le centre Claude Cahun.

 

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