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Inside Out: le dernier projet de JR

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« Je souhaite que vous vous engagiez pour ce en quoi vous croyez en participant à un projet d’art global, et ensemble nous mettrons le monde» Inside Out

En octobre 2010, JR créait la surprise en remportant le très convoité TED Prize 2011. Le projet Inside Out est son vœu, formulé lorsqu’il reçut ce prix.

Inside Out est la dernière œuvre sortie de l’esprit de JR, un projet artistique participatif à grande échelle qui transforme les messages d’identification personnelle en fragments de travail artistique. Le mode d’emploi est simple : vous réfléchissez au message que vous souhaitez faire passer, vous faites votre portrait, vous téléchargez votre photo et inscrivez votre message sur le site www.insideoutproject.net et peu de temps après vous recevez votre poster que vous collez sur la façade de votre maison ou de votre bureau, sans oublier de partager sur internet photos et vidéos de l’installation et de son backstage. Tout le monde peut participer, seul ou en groupe, pour que chacun puisse exprimer ce qui lui tient à cœur, et partager son histoire et son image avec le monde entier.

Le projet Inside Out recense aujourd’hui plus de 75 000 portraits et des centaines d’actions de groupe, dans 102 pays. Peuples déchirés par le conflit, causes locales ou simple désir de partager ses convictions, Inside Out est un révélateur d’enthousiasme et appartient à ceux qui y participent.

Le projet prit son essor en Tunisie alors que JR fut sollicité par un groupe de photographes locaux souhaitant remplacer les portraits géants de leur dictateur omniprésents dans le paysage local par ceux des Tunisiens enfin libres. Un « remplacement du roi par le peuple » dit l’une des photographes de l’équipe. « C’est formidable, dit un homme, que les Tunisiens puissent se retrouver à travers ces photos. Il n’y a plus ce culte du moi, une seule photo que l’on retrouvait dans toutes les administrations même si on n’en était pas convaincus. Maintenant c’est toutes les catégories sociales qui sont représentées, c’est le peuple. Là, on est Tunisiens ». Portraits admirés, portraits arrachés, cette action artistique et libératrice a suscité de vives réactions.

S’ensuivent de nombreuses actions de groupe : en Israël (dans un kibboutz, ou encore lors de manifestation la plus importante de l’histoire du pays en septembre), dans une Ecole d’Art aux Etats-Unis, dans la communauté haïtienne de New York, à Adélaïde, Cape Town, Londres, Tokyo, à Karachi au Pakistan (action TEDx autour des visages “invisibles” de la ville), à Berlin (contre le traiement homophobe réservé aux groupes LGBT en Russie), à Juarez au Mexique (“ville la plus dangereuse du monde”, 1.000 visages contre la violence), à Montevideo en Uruguay (par les ramasseurs d’ordures de la ville), à Caracas au Venezuela (promouvoir la paix en exposant les portraits de mères qui ont perdu un enfant à cause de la violence), à New York (Occupy Wall Street : 99 Portraits for the 99 Percent)…

Le mouvement Occupy Wall Street dénonce depuis septembre 2011 les abus du capitalisme financier. Né en occupant le parc Zuccotti à New York, il a acquis aujourd’hui une ampleur internationale.

Le photojournaliste Steven Greaves a réalisé l’action Inside Out “99 Portraits des 99 pour Cent”, 99 Per Cent étant un mouvement émergeant de Occupy Wall Street, en référence aux inégalités de revenus entre les élites et le reste des citoyens : « Je pense que c’est une question d’engagement. Je pensais qu’il était nécessaire de penser de manière non-orthodoxe pour essayer de raconter comme il faut cette histoire. Le street art vous interroge que vous appréciez son message ou non, et il n’y a pas le filtre de la communication institutionnelle. La plupart des médias sont sous le contrôle des grands groupes aujourd’hui et les « informations » ressemblent plus à de la propagande pour ceux qui ont le pouvoir. On ne peut décemment espérer que ces mêmes groupes vont faire un compte-rendu honnête et non déformé de quelque chose qui met directement en danger leur existence même. »

Inside Out c’est aussi des moments d’expression individuelle forts : des cabines photographiques libres d’accès ont été installées au Centre Georges Pompidou à Paris, aux Rencontres d’Arles, à Tel Aviv, Bethléem et Ramallah pour l’opération “Time is now, Yalla !”, à Abu Dhabi et enfin à la Galerie Perrotin à Paris.
L’opération “Time is now, Yalla !” fut exposée de part et d’autre de la frontière en mélangeant les visages d’Israéliens et de Palestiniens, preuve par l’humain de l’absurdité politique et religieuse, car ceux qui étaient considérés comme des ennemis étaient pris pour des frères tant il était impossible d’opérer une répartition tangible des visages.

Un succès énorme, près de 60.000 personnes sont venues faire jusqu’à 3 heures de queue pour réaliser leur autoportrait dans cet espace alternatif propice à exprimer ce qui vit en puissance et que l’on veut dire au monde entier, pour exister et pour partager.

Tous les jours de nouveaux groupes s’inscrivent, d’initiatives diverses et d’ampleurs variables.
Par exemple, en ce moment près de Paris au-dessus du Pont de Suresnes, un collectif de créatifs a profité du déménagement de leur entreprise pour laisser l’espace abandonné à l’expression artistique du projet Inside Out et témoigner des moments de vie, d’idées, d’échanges, de créativité et de collaboration qu’ils y ont vécu.

Le collectif de créatifs et la photographe Caroline Deloffre se sont affairé à réaliser les portraits des volontaires enthousiastes, et d’une quarantaine de personnes prévues, c’est près de 300 personnes qui ont offert leur visage tant ce projet a suscité d’enthousiasme et de désir participatif.

Les posters habilleront pour quelques jours les façades de l’immeuble. Des visages qui offrent leur gaîté, leur mystère, leur colère, leur individualité aux regards de tous pour témoigner de la force créative et de la force collective qu’il est possible de former lorsque l’on est ensemble, à l’image du projet Inside Out.

“Artiviste urbain“, comme il se qualifie lui-même, JR tend à amener l’art là où une confrontation brute, sans références, est encore possible. Face 2 Face, Women are Heroes, Wrinkles of The City.., ses projets sont à chaque fois étonnants d’audace. Véritable guerilla photographique, JR se positionne sur la frontière sensible et souvent dangereuse entre deux camps, pour placer un message précisément sous le regard de l’autre au cœur de l’espace social, et créer une autre forme de dialogue, personnel et troublant. Un message simple qui consiste juste à montrer un regard ou un visage porteurs d’histoire et d’émotions, et à provoquer une réaction.
Ses actions touchent ou heurtent, se cognent aux systèmes de pensées, aux conditionnements, aux préjugés, à l’intolérance, à l’ignorance… mais vont droit au cœur.

« Il ne faut pas s’arrêter à l’apparence mais s’intéresser à l’esprit », « Je suis fier d’être ici, je suis fier de faire partie d’une œuvre d’art », « Cela vous ouvre une fenêtre sur la vie des autres », « chacun d’entre nous a une histoire à raconter », « Chacun doit se rendre compte que quelqu’un sait qu’il a existé. Il n’a pas vécu pour rien. » (Wrinkles of the City) « Je suis fier », « Je suis comme les autres », « Nous avons besoin d’une existence plus humaine, nous avons besoin de dignité » (Women Are Heroes) « Regardez combien nous sommes aujourd’hui, combien nous sommes puissants, divers, combien nous sommes forts » (Inside Out).

Dans une vidéo sur Wrinkles of The City, un membre de son équipe remarque : « Il y a un vingtaine d’années, on n’aurait pas pu faire ça, aujourd’hui c’est presque un signe de paix ». Le portrait anonyme devient le symbole d’une quête, d’une cause, d’une victoire, ou tout simplement une manière de dire « regardons-nous, acceptons-nous, aimons-nous ». A l’heure du boom des réseaux communautaires, de la communication sous toutes ses formes et de la démocratisation, le ‘portrait participatif’ est érigé comme une icône et se fait porteur de valeurs humanistes et générateur de nouveaux groupes sociaux échappant à toute autorité institutionnelle.

Symbole de la société actuelle à l’image de son activisme photographique, JR a récemment été élu par le magazine américain Forbes pour figurer parmi les 30 personnes de moins de 30 ans qui ont marqué le monde de l’art et du design.

De manière fulgurante, JR a construit en quelques années un art transverse, une esthétique nouvelle qui assemble l’Art et l’Action : « sur scène, il n’y a aucun raison de séparer les acteurs des spectateurs ».
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La suite du projet ? Interviewé par Dazed Digital fin 2011, le street-artiste répond : « A cet instant, je ne peux pas vous dire. Peut-être que le projet va continuer sans moi ni mon équipe. Ça serait mon option favorite, mais nous ne pourrons le faire que si les gens à l’échelle locale, la logistique et les énergies sont tous synchronisés. »

Entre art et politique, engagement et humanisme, marketing et création, le projet Inside Out est le vôtre.
Participez : http://www.insideoutproject.net

Séverine Morel
severine/[email protected]

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