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ICP: Les lendemains du 11 septembre

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A l’occasion des dix ans du 11-Septembre, l’ICP de New York présente une exposition commémorative mêlant photographie et vidéo. C’est avec pudeur que le musée a choisi d’exclusivement s’intéresser à l’incidence de l’événement sur la ville et sa population.

Point d’image à sensation. Cet hommage aux new-yorkais se garde de faire resurgir le malaise que la vision de tours en feu ou du dernier vol de pantins désarticulés peut procurer. Les images de Remembering 9/11 sont à dimension humaine. Elles s’accordent uniquement le droit de rappeler ce que New York a vécu dans le deuil de sa tragédie : le choc de l’épreuve, la tristesse des âmes et la solidarité entre les hommes. Ce même esprit qui a permis aux pompiers, ouvriers, policiers, artistes, photographes ou simples riverains d’œuvrer ensemble à la reconstruction d’une identité.

Grâce à cinq installations distinctes, L’International Center of Photography livre donc la réponse d’un peuple face à ce que Carol Squiers, la conservatrice de l’exposition, appelle encore « un acte de violence inimaginable ». La trentaine de photographies d’Eugène Richards, ancien activiste pour les droits civiques, s’inscrit dans un travail personnel, non mandaté par une publication ou une institution. En s’intéressant aux gens dans la rue, aux mémoriaux et, entre autres, à la constellation d’affiches de victimes, l’homme a documenté le sentiment nouveau que New York a éprouvé durant les semaines qui ont suivies le 11-Septembre. « On redécouvre dans ces clichés en noir et blanc le rythme presque lent et inhabituel que nous avons subi, commente Carol Squiers. En réalité, les gens ne savaient pas vraiment quoi faire. Richards a immortalisé avec sensibilité une série variée d’actes et de comportements engendrés pour surmonter le traumatisme. »

L’un a promené son objectif au cœur des foules, l’autre l’a emmené dans les airs. Gregg Brown, un deuxième photographe engagé par la FEMA (Federal Emergency Management Agency), a quant à lui été chargé de documenter la zone sinistrée à bord d’un hélicoptère. Tous les jours, et ce durant six semaines, il a donc survolé Ground Zero et pris des clichés en couleurs destinés à aider les pompiers à avoir une vue d’ensemble de leur travail au sol. Carol Squiers explique : « Leur problème majeur était de maitriser les feux qui tournaient et les débris qui se déplaçaient d’eux mêmes sur le site. Ces images étaient d’utilité publique. » Brown livre une série intéressante, où l’homme se mue en fourmi inoxydable, où le bas de Manhattan ressemble à un champ de bataille et les véhicules s’entassent comme des cadavres.

Les objets sont le motif d’une troisième section. Lors des semaines qui ont suivies les attaques, le Port Authority de New York, l’organisation gouvernementale qui gère la plupart des infrastructures, a organisé une collecte d’artéfacts provenant de Ground Zero. Ces débris, morceaux d’aciers, camions de pompiers, carcasses de voitures ou antenne appartenant à l’une des tours ont été stockés près de l’aéroport de JFK, dans un certain hangar 17. Ce musée secret n’a reçu la visite que d’officiels ou de familles de victimes. Avant son démantèlement, le photographe Francesco Torres a eu la possibilité d’immortaliser le lieu et les reliques d’infortune qu’il renfermait. Cent quarante images digitales sont projetées au musée sous forme de diaporama géant. « C’est une autre réponse post “11 septembre”, considère Carol Squiers. Celle ci s’affirmant comme une sauvegarde en vue d’une étude historique. »

Cette atmosphère particulière qui a vu New York renaitre reste, aux yeux des habitants, associée à un lieu et un projet : Here is New York. A l’aube du désastre, une galerie de Spring Street, dans Soho, a décidé de rassembler toutes les photos possibles, provenant de professionnels ou d’amateurs, de les imprimer sur simple papier et de les exposer en son lieu (ndlr : La Lettre de la photographie consacre un autre article à ce sujet). « C’était vraiment un endroit où les gens pouvaient venir pour discuter et se réconforter, se rappelle Carol Squiers. J’y ai passé des heures. C’était une façon de comprendre ce qui venait de se passer. » L’ICP a aujourd’hui décidé de présenter dans ce quatrième volet une centaine d’images de Here Is New York, accrochées de la même façon qu’en 2001, avec des pinces et sur des câbles.

Dix ans plus tard, nombreux seront ceux qui n’auront peut-être jamais vu toutes ces photographies. Nombreux seront ceux aussi qui les auront vécues. « C’était une expérience viscérale, livre Carol Squiers. Les gens qui n’étaient pas là sont obsédés par la révision de ces images des tours en feu et des gens qui sautent. Je veux leur montrer autre chose. »

Jonas Cuénin

Remembering 11/9
Du 9 septembre 2011 au 8 janvier 2012 à l’International Center of Photography de New York
1133 Avenue of the Americas at 43rd Street
New York, NY 10036

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