Le Prix international de photographie Hamdan Bin Mohammed Bin Rashid Al Maktoum (HIPA) a célébré la 14e édition de ses prix 2025 sur le thème « Le pouvoir ». Le Photographe Americain Karim Iliya a gagné la première place dans la catégorie “Drone” , un genre qui regarde la nature et la faune sauvage sous le prisme de la technologie.
Comment avez-vous commencé la photographie et comment est né votre intérêt pour les nouvelles technologies d’imagerie ?
J’ai commencé à photographier à 13 ans. Je vivais alors à Abou Dhabi et j’avais emprunté un petit appareil compact. Je photographiais mon environnement pour créer des souvenirs et montrer aux autres des perspectives intéressantes. Au début, je n’étais pas très bon, comme tout le monde : il faut du temps et de la pratique. J’ai ensuite eu un appareil plus performant et j’ai commencé à explorer de nombreux sujets : insectes, couchers de soleil, sports, animaux sauvages, portraits. J’ai continué à l’université, et après mes études je suis devenu curieux d’autres mondes, notamment sous-marins. Je voulais voir à quoi ressemblaient les tortues sous les vagues, ou photographier le ciel nocturne en pose longue. Je me suis intéressé à la macrophotographie et au fait de m’approcher des animaux pour montrer leur écosystème de l’intérieur.
Votre parcours d’enfance a-t-il influencé vos centres d’intérêt photographiques ?
J’ai grandi en changeant souvent de pays, entre le Moyen-Orient et l’Asie, mais la photographie sous-marine est arrivée plus tard, lorsque je passais du temps à Hawaï. Où que j’habite, j’essaie de photographier ce qui m’entoure. C’est essentiel pour les photographes : votre environnement quotidien peut sembler ordinaire, mais quelqu’un, quelque part, n’a jamais vu cet oiseau ou cet insecte. Photographier ce que j’avais autour de moi m’a aidé à développer mes compétences.
Comment avez-vous commencé à utiliser des drones ?
Avant l’apparition des drones équipés de caméras, je pilotais de petits hélicoptères radiocommandés simplement pour le plaisir. Les gens me demandaient souvent si ces drones avaient une caméra, ce qui m’a poussé à m’en procurer un qui en avait une. Une fois équipé d’un drone avec caméra, j’ai commencé à photographier et filmer avec. Les drones « jouets » sans caméra sont en réalité plus difficiles à piloter : ils peuvent tourner, rouler, et si vous lâchez les commandes, ils tombent. Les drones plus grands, conçus pour les images, disposent de systèmes de stabilisation et de capteurs qui facilitent le vol. J’ai commencé à filmer avec des drones vers 2015.
Comment la technologie a-t-elle évolué depuis ?
Les améliorations sont considérables : meilleure autonomie, formats plus légers et plus accessibles, et surtout de meilleures capacités en basse lumière. Cela change vraiment les choses pour des sujets comme les volcans, où les plus beaux moments se produisent souvent dans l’obscurité.
Les drones vous ont-ils permis de capturer ce qui n’aurait pas été possible autrement ?
Oui. Ce que j’aime avec les drones, c’est la possibilité de se déplacer dans un environnement tridimensionnel. La photographie sous-marine fonctionne de la même manière : vous pouvez aller en haut, en bas, à gauche, à droite, et tout autour de vous existe aussi en trois dimensions. Cette façon de penser s’appliquait directement au pilotage de drones. La seule différence, c’est qu’avec les drones on est immobile, devant un écran. C’est presque comme jouer à un jeu vidéo.
Lorsqu’un volcan est en éruption, à quelle distance devez-vous rester du drone et du volcan lui-même ?
Il faut rester assez proche pour garder le signal. Quand j’ai photographié l’éruption en Islande, j’étais assis près du volcan et je pouvais sentir la chaleur. Je photographiais et filmais aussi au sol. J’aime les volcans, donc quand l’éruption a commencé, je suis parti immédiatement. Je pensais rester trois semaines, je suis resté trois mois. J’y ai rencontré une Islandaise et j’ai fini par m’installer en Islande. Ma famille est à Hawaï, donc la distance est grande, mais l’Islande est devenue chez moi.
Quelle éruption documentiez-vous ?
Celle de Fagradalsfjall. Contrairement à l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010, qui avait paralysé le trafic aérien en Europe, celle-ci était beaucoup plus accessible et propice à la photographie. Son nom signifie « la montagne de la belle vallée ». Théoriquement, selon une autre convention de nommage, elle aurait pu s’appeler « castration valley », mais ce nom n’a évidemment pas été retenu.
Les volcans occupent-ils aujourd’hui une place significative dans votre oeuvres ?
Depuis quelques années, oui. Je suis attiré par les environnements extrêmes que peu de gens vivent : volcans, écosystèmes sous-marins, baleines à bosse, créatures marines. Je veux montrer d’autres facettes du monde et amener les gens à sortir d’une vision centrée sur les villes et la consommation. Mon objectif est la conservation. Je dirige aussi une organisation à but non lucratif dédiée aux médias liés à la conservation, du nom de Kogia. Je l’ai fondée avec mon cousin. Elle a plusieurs objectifs. Le premier est d’être une bibliothèque de médias gratuite : photos et vidéos destinées à la conservation, accessibles aux militants, scientifiques, éducateurs ou organisations n’ayant pas de budget pour produire leurs propres images. Nous organisons aussi des ateliers pour les jeunes : nous fournissons du matériel photo, nous leur apprenons à l’utiliser et à raconter des histoires, et ils repartent avec le matériel. L’idée est de former la prochaine génération de créateurs d’images. Nous avons lancé un premier atelier au Pays de Galles et nous préparons de nouveaux programmes, notamment aux Émirats arabes unis et en Inde.
Travaillez-vous aussi avec des scientifiques ?
Oui, le plus possible. Beaucoup de scientifiques utilisent la bibliothèque Kogia pour la recherche, des publications, des levées de fonds ou de la médiation scientifique. La photographie et la vidéo créent un lien entre la science et le public. Si l’on présente seulement des données, les gens décrochent. Les images, elles, peuvent les toucher.
Ce n’est pas votre première participation au HIPA.
C’est la troisième. J’ai remporté un deuxième prix l’année dernière, et un autre la précédente, deuxième ou troisième place. J’entretiens une relation de longue date avec les Emirats arabes-unies. J’ai vécu quatre ans aux Émirats quand j’étais enfant, et je travaille sur des projets qui me permettront de passer davantage de temps ici pour photographier le désert et la faune locale. L’an dernier, j’ai passé du temps à photographier la nature ici comme ses oasis, et grenouilles du désert. Je ferai la même chose pendant ce séjour.
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