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Getxophoto 2025 : John Divola

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Depuis 2007, l’année de sa création, l’identité de Getxophoto pourrait être de concevoir une plateforme servant à aborder les enjeux actuels, au travers des propositions artistiques, afin d’installer un moment collectif de réflexion et de conversation. Comme chaque année, l’événement rassemble ses expositions sous une thématique, à interprétation variable. Après PAUSE et PLAY, REC (Record = Enregistrer) a été choisi cette année, sous la houlette de María Ptqr qui officie à la programmation pour la troisième fois.

Parmi la vingtaine d’artistes invités, de toutes nationalités, l’un d’eux se distingue par une suite de photos aussi saugrenues que cocasses, voire absurdes. L’américain John Divola (1949 Los Angeles). Enseignant depuis 1975, il est le lauréat de plusieurs bourses d’artiste, et a fait l’objet de nombreuses expositions ; en France, à la Fondation Cartier et aux Rencontres d’Arles, mais aussi aux USA, au Mexique, au Japon, en Australie etc… Trois musées californiens lui ont même consacré simultanément une rétrospective en 2013.

Exposé à Arles, donc, il y a 20 ans, Dogs chasing my car in the desert (1995-98) représente une succession de chiens qui prennent en chasse le véhicule du photographe. Dans un parfait exemple de sérendipité, c’est dans le désert de Morongo Valley, au moment où il se rendait sur les lieux de prises de vues de ses maisons isolées (Isolated houses) qu’il croisa ces autochtones peu accueillants. Il décida de les immortaliser à l’aide d’un appareil préréglé et motorisé. Ces images prises à la volée par la fenêtre de sa voiture, d’un noir et blanc radical et bourrées de grain, peuvent d’abord nous faire sourire pour ensuite nous inspirer toutes les réflexions. Faut-il filer la métaphore de l’animal versus l’homme ? Le sauvage et le moderne ? La tentative vouée à l’échec du chien envers la voiture, et l’appareil photographique qui tente d’attraper le réel ? – une des images rassemble toute une pellicule faite sur un seul animal, sans grand succès de cadrage – et tout cela en plein désert, le lieu où il est censé « ne rien se passer ». L’occasion de questionner le conducteur sur l’ensemble de son travail.

 

Jean-Jacques Ader : «Dogs chasing my car in the desert» est assez différent de votre travail habituel – plus statique et sans présence humaine – est-ce le mouvement soudain (de la vie) qui vous a intéressé ?
John Divola : Le spécifique et l’abstrait. L’objet observé et l’observateur sont tous deux dans des positions relatives dynamiques.

JJA : Vous intéressez-vous au contenu d’une image ou à ce que l’image fait de ce contenu ?
JD : Si vous photographiez la tête d’une vache, on va la regarder et penser « vache » avec toutes les associations que l’on a avec ce contexte (le fromage, la vie pastorale, etc.). Il s’agit pourtant d’une vache particulière, à un moment et à un endroit précis, dans un contexte spécifique, à la fois matériel et éphémère. C’est la tension entre ces états qui m’intéresse.

JJA : Certaines de vos séries les plus anciennes sont assez picturales, Cones, Moon, voire Zuma, pourquoi ne pas vous exprimer par le dessin ou la peinture ?
JD : Je suis photographe. Je sais peindre, dessiner et jouer avec l’appareil photo, et ces activités me valent une certaine reconnaissance. Je peux faire une photo intéressante d’un dessin inintéressant. Au départ, je pensais que tout finissait de toute façon par devenir une photographie.

JJA : Vous avez dit : « La photo en tant qu’objet a un rapport avec ce qu’elle représente, un peu comme la peau d’un serpent avec le serpent qui la perd. » Vous pouvez nous en dire plus ?
JD : Une photo est une représentation tangible (industrielle) de l’expérience, de l’action et des désirs humains.

JJA : Chaque photographie est-elle une fiction ?
JD : Oui et non.

JJA : Vous avez photographié des lieux abandonnés ou des bâtiments détruits, est-ce pour montrer la fin des choses ou leur renouveau ? Ou autre chose…
JD : J’aime le fait que ce soit une compétition qui recense et représente une histoire de gestes (y compris les miens). C’est un contexte social non réglementé en pleine entropie, généralement marqué à la fois par la mélancolie de la perte et par le changement.

JJA : Enfin, que devons-nous voir dans vos images ?
JD : Le résultat d’un engagement à un moment et à un endroit précis.

Jean-Jacques Ader

Festival Getxophoto « REC » à Getxo (Biscaye, Espagne) du 29 Mai au 22 Juin 2025,
dans divers lieux de la ville et l’espace public.
Informations : https://www.getxophoto.com/en/2025-edition/artists/

À paraître : John Divola The X-Files, Skinnerboox “Sheila” chez TBW books.

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