La série sur Hokkaidō de Catherine Henriette est exposée à la Galerie Leica, à Paris jusqu’au 28 mars 2026, sous le titre « Le bruit de la neige ».
C’est Gabriel Bauret qui en a écrit le texte que voici.
Il est des photographes – des artistes – qui remettent régulièrement leur ouvrage sur le métier ; qui limitent leur champ visuel avec l’idée de mettre en lumière la diversité des nuances qui le composent. On pense également à des peintres comme Giorgio Morandi qui travaille sans jamais sortir de son atelier ; changeant sans relâche les objets de place – souvent les mêmes bouteilles et les mêmes vases – de manière à renouveler les rencontres de formes et de couleurs qui lui inspirent chaque fois des compositions différentes. Le photographe qui opère en extérieur – paysagiste comme l’est Catherine Henriette – ne peut physiquement intervenir sur le motif : celui-ci lui est donné ; il a toutefois la possibilité d’expérimenter divers angles de prises de vue, ou bien attendre avec patience le moment où la lumière et les couleurs vont façonner le paysage d’une nouvelle manière. En son temps, le peintre Claude Monet avait procédé méthodiquement en choisissant d’installer un atelier face à la cathédrale de Rouen ou en revenant poser son chevalet devant une même rangée de peupliers.
Inutile donc de s’éparpiller : le paysage invite, pour qui sait l’observer, à la contemplation de ses richesses, de ses multiples et infimes variations. À l’issue d’un premier séjour en 2019, Catherine Henriette a décidé de retourner à plusieurs reprises dans cette même région d’Hokkaidō, à l’extrême nord du Japon ; plus précisément à Wakkanai, terminus d’une ligne de chemin de fer, près du cap Sōya. Un littoral où personne n’a vraiment envie d’aller en plein hiver tant le climat est rude, le vent violent, le froid intense, les journées courtes et la lumière rare ; mais familière des séjours en altitude dans les montagnes pyrénéennes, de telles conditions ne l’ont pas effrayée. Le climat tempêtueux en cette partie du Japon est l’occasion pour elle de se confronter à un paysage qui se prête à de multiples restitutions visuelles. Et c’est dans un périmètre réduit – elle ne s’aventure jamais très loin de l’endroit où elle réside –, au cours des quelques heures de lumière de la mi-journée, qu’elle trouve matière à photographier. Peu ou pas de trace de vie, ni de mouvement ; si ce n’est le vol de quelques corbeaux dont les silhouettes noires s’offrent comme autant de ponctuations graphiques à l’intérieur de son viseur. Le lieu est déserté par les pêcheurs, les usines de poissons fermées. Ils ne veulent en cette saison braver une météo hostile pour sortir leurs bateaux : quelques-uns, figés dans le paysage et en grande partie recouverts de neige, sortent de la brume comme des fantômes. Les nuages, le ciel bas, les flocons portés par le vent qui font parfois écran, une mer grise au loin, emplissent ainsi le cadre de l’image. Certaines plantes, quelques tiges de roseaux ou fleurs séchées de tournesols, font de la résistance et émergent des dunes de neige ; ils dessinent de timides traits de couleur contrastant avec un panel de tonalités qui se déploie essentiellement entre le blanc et le gris.
Parfois, au cours de la journée, une éclaircie survient, le soleil cherche à percer la couche nuageuse et l’atmosphère s’en trouve bouleversée.
La photographie de Catherine Henriette s’impose ainsi par de subtiles qualités plastiques en même temps qu’elle est porteuse de sensations : le vide, un monde à l’arrêt, enveloppé par le silence, laissant imaginer ce que pourrait être le bruit de la neige. Mais cette expérience en solitaire est peut-être aussi l’occasion pour elle de se mesurer « à un redoutable face à soi » qui l’invite à « agrandir son espace intérieur » – pour reprendre les termes de l’écrivain Charles Juliet à propos du travail pictural de l’artiste Fabienne Verdier –. Ainsi, la pratique du paysage dans un tel univers ne serait-elle pas pour elle le vecteur d’une quête existentielle ?
Gabriel Bauret
Catherine Henriette : Le bruit de la neige
Jusqu’au 28 mars 2026
Galerie Leica – Paris
26 Rue Boissy d’Anglas
75008 Paris, France
https://leica-camera.com/en-US/Leica-Galleries/Leica-Gallery-Paris














