Qualcosa di Venezia
Fragile, ancestrale, unique, Venise risque aujourd’hui de perdre son âme et la mémoire de sa diversité, écrasée dans le broyage monoculturel du divertissement global standardisé. 1000 de ses habitants quittent Venise chaque année et les Vénitiens ont commencé à vivre dans la mémoire de leur propre ville. Comme le rappelle Salvatore Settis dans son essai « Si Venise meurt », la ville risque de devenir une coquille vide, « une sorte de paradis artificiel pour les riches, une ville qui n’existe pas ». Venise peut mourir d’amnésie et si Venise meurt, « (…) l’oubli de soi sera la seule chose à blâmer ».
En flânant loin des lieux surconsommés par les touristes, mon défi était de chercher la Venise invisible. Ainsi, les petits détails trouvés par hasard sur les murs, les portes, les bords des canaux, la matière qui se défait, le plâtre affecté par le sel ou le vernis qui s’écaille, tout comme des blessures et des cicatrices, deviennent à mes yeux des métaphores de la perte. À travers ces fragments aux couleurs muettes, je cherche à montrer des aperçus de l’âme féminine de la ville et à raconter la menace qui pèse sur sa mémoire fragile et précieuse.
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