Lorsque je me rends à Arles, j’aime faire un tour à La Valise Arlésienne, un magasin de véritables « pépites » photographiques et qui, depuis cette année, abrite également une galerie photographique à part entière. Ma collègue Dinter en avait déjà longuement parlé dans le cadre de l’exposition actuelle « Le Voyage en Égypte » (Nadine Dinter, 7 juillet 2026), mais j’y ai trouvé deux petits bijoux que je tiens à vous faire découvrir.
Le premier est une magnifique photographie d’Antoine Beato (né vers 1835-1906), datée d’environ 1865 et intitulée « Le Studio de Beato à Louxor, Égypte ». Au premier plan, on s’affaire à charger une felouque. À bord et dans l’eau, on aperçoit plusieurs personnes ainsi qu’un âne. De l’autre côté, le grand temple de Louxor, méconnaissable en raison d’une annexe qui a depuis disparu. Sur le bâtiment le plus proche du temple, on peut lire « Photographie », ou l’inscription indiquant le studio d’Antonio
L’histoire des frères Antoine et Felice Beato (vers 1832-1909) reflète l’état actuel de la recherche sur le développement de ce médium : l’histoire de la photographie est encore une science jeune. Diverses sources manquent de clarté ou se contredisent, mais peu à peu, une certaine clarté se dégage. Les frères Beato étaient d’origine vénitienne et résidaient à Corfou, une ancienne colonie vénitienne sous administration britannique. Ils ont ouvert un studio à Pera, Constantinople (Istanbul), en collaboration avec James Robertson (1813-1888), destiné à l’élite ottomane et aux visiteurs européens. Felice (et peut-être aussi Antoine) et Robertson se rendirent ensemble en Crimée en 1855, où ils immortalisèrent la phase finale de la guerre. Les frères se retrouvèrent également dans le nord de l’Inde en 1858-1859, où ils documentèrent les conséquences de la Révolte indienne de 1857.
C’est là que les frères se sont séparés ; Felice s’est rendu en Chine et au Japon, où, à partir de 1863, il a fait la promotion de ce nouveau médium et s’est constitué un large public connu comme l’école de Yokohama. Antoine quant à lui s’est rendu en Égypte, d’abord au Caire, avant de s’installer définitivement à Louxor en 1862, où il a ouvert un studio et vendu des photographies aux touristes. C’est là qu’il a également photographié la délégation du shogun japonais dirigée par Ikeda Nagaoki. Ces derniers rentraient d’une mission à Paris en 1863-1864 (où Nadar les avait également photographiés) et posèrent devant le Grand Sphinx de Gizeh. La photographie d’Antoine illustre à quel point ce médium (la photographie était alors naissante elle avait vu le jour en 1839) s’est rapidement répandu à l’échelle internationale et s’est commercialisé.
Le deuxième objet est un véritable petit bijou de photographie : vous avez sans doute déjà entendu parler du Beau Brownie, le célèbre « boîtier » Kodak au design Art déco. Mais à Arles, j’ai découvert pour la première fois un exemplaire exceptionnel : un appareil photo Kodak Gift n° 1A Junior Art déco en excellent état – « de qualité muséale ».
Le designer industriel et entrepreneur Walter Dorwin Teague (1883-1960) entame en 1928 une collaboration avec Kodak. Cette collaboration s’est sans doute intensifiée à la suite du krach de Wall Street, période durant laquelle on stimule les ventes en proposant des produits d’exception. Dans sa quête d’inspiration, il est sans aucun doute influencé par l’œuvre d’artistes abstraits tels que Piet Mondriaan (alias Mondrian, 1872-1944). Le « Beau Brownie » (1930-1933) est l’un des premiers résultats de cette collaboration. À Noël 1930, l’« appareil photo pliant » Kodak Gift n° 1A Junior Art-Déco fait son apparition sur le marché américain. Il est doté d’un soufflet et d’un revêtement en cuir marron, et est présenté dans un coffret en bois au décor identique. C’est cet appareil photo que vous pouvez voir sur les images, la réponse de Kodak à la crise mondiale de 1929.
Chacun fera un choix différent – et l’offre est extrêmement variée. Vous y trouverez tous les articles imaginables et inimaginables : du ruban de magnésium pour la photographie au flash, livré avec son distributeur ; des lithophanies; ou encore une boîte à cigares avec quatre photos. Laissez-vous guider par vos centres d’intérêt… vous ne serez pas déçu.
John Devos
La Valise Arlésienne
8 rue du Docteur Fanton
13200 Arles
https://www.lavalisearlesienne.com/













